Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Les émotions et le cancer

Émission du 26 février 2009

Chez la plupart des gens, recevoir un diagnostic de cancer provoque un profond questionnement. Pourquoi moi? Qu’ai-je fait pour que ça m’arrive? Beaucoup chercheront des réponses dans leur propre histoire et évoqueront un choc émotionnel, un épisode de vie particulièrement stressant, qui aurait agi comme un déclencheur de la maladie.

Y  a-t-il un lien entre émotions et cancer? Dans la foulée des découvertes de Freud, de nombreux spécialistes de la santé affirmaient, et affirment toujours, que la maladie a une origine psychologique. D’où le développement d’approches alternatives aux traitements médicaux conventionnels, des méthodes qui suscitent beaucoup d’espoir mais aussi beaucoup de controverse.

Dans ce reportage, plusieurs experts font le point sur cette délicate question et deux personnes ayant traversé l’épreuve du cancer, dont l’humoriste Pierre Légaré, partagent le fruit de leurs réflexions.

«J’ai attribué une cause au cancer le jour du diagnostic, raconte Johanne Robitaille Manouvrier. Le couperet venait de tomber. C’était un cancer virulent, qui s’était développé très rapidement. J’avais une masse de la grosseur d’une balle de golf au sein droit; des métastases avaient envahi un ganglion. J’ai été forcée, intérieurement, de me demander ce qui m’avait mené là.»

Johanne avait pourtant, comme on le dit fréquemment, de «saines habitudes de vie» : elle habitait un endroit paisible, mangeait bio, avait un travail qui la passionnait… Alors quoi? Six ans auparavant, elle avait perdu son mari. Un choc émotionnel qui a entraîné, selon elle, un blocage majeur. «J’étais restée figée dans mon passé, dans la douleur de cette perte, confie-t-elle. Pendant de longues années, c’est ce qui m’a empêché de vivre au présent. À travers l’expérience du cancer, j’ai dû retrouver qui j’étais et repenser entièrement ma vie.»

Diagnostiqué avec un cancer de la vessie, l’humoriste Pierre Légaré a lui aussi plongé au cœur d’un bouleversant questionnement avant de trouver SES propres réponses, en dépit des bonnes intentions de son entourage… «Il y en a qui m’ont dit ‘Mange des canneberges’; d’autres, ‘Voici une vidéo, ça vient des Philippines. Le gars entre avec sa main, sans scalpel ni rien, et va chercher la tumeur’; ‘Voici un onguent, la tumeur va sortir à travers la peau ‘; ‘Mange ceci’, ‘ Voici des livres’…  et même la crème Budwig! ‘La crème Budwig, ça, ça ramène!’ À un moment donné, tu dis ‘Merci tout le monde’. Moi, j’avais ma quête, j’essayais de savoir, mais il n’y avait rien de tout ça qui tenait la route. Qu’est-ce qui fait qu’un matin, t’as pas le cancer, et qu’un matin, tu l’as?»

Pour le médecin et psychothérapeute Thierry Janssen, être confronté au diagnostic de cancer, c’est confronter son propre cheminement. «On se rend compte que la vie n’est pas forcément éternelle, et qu’on veut la réussir. Alors on la regarde; on voit les événements qui ne se sont pas bien produits, les choses qui ont été difficiles. Et on a envie de les réparer, de les faire évoluer dans le bon sens. Ce n’est donc pas tellement étonnant, dans ce contexte-là, qu’on s’intéresse à tout ce qui a été d’ordre psychologique, émotionnel, dans notre existence.»

La maladie pousse à l’introspection, au bilan de vie. Mais a-t-elle un sens? Les épreuves du passé peuvent-elles expliquer son apparition? La souffrance émotionnelle cause-t-elle le cancer? Peu de spécialistes s’avancent jusque-là, et la preuve scientifique n’est certes pas faite. Chose certaine, le cancer est une maladie complexe, dont on ne connaît pas encore tous les tenants et aboutissants.

«On est porté à voir le cancer comme une maladie beaucoup plus simple qu’elle est en réalité, pense Annie Tremblay, psychiatre spécialisée en oncologie à l’Hôtel-Dieu de Québec (CHUQ). La recherche actuelle quant à la compréhension du développement du cancer prend une dimension multifactorielle, où on retrouve des facteurs environnementaux, génétiques, des habitudes de vie, des virus. Le stress et la dimension psychologique sont aussi des facteurs à l’étude.»

Si on ne connaît pas tout du cancer, on sait toutefois que le potentiel de guérison est directement lié au stade de développement de la maladie. «Ce qui donne le plus de chance de survie à quelqu’un, c’est le moment du diagnostic, tranche le Dr Jean Latreille, hémato-oncologue au Centre intégré de cancérologie de la Montérégie. Par exemple, si le cancer est limité au sein et qu’il n’envahit pas le reste du système. Que la personne soit positive ou négative, qu’elle prenne de l’alcool ou qu’elle fume, son cancer du sein se guérit avec le geste chirurgical, la radiothérapie, et parfois un peu d’anti-hormones.»

La croyance populaire veut pourtant que l’humeur, le «moral», aide à la guérison. Plusieurs recherches ont étudié les liens entre l’attitude du patient et l’évolution de la maladie, sans résultat concluant. Comme d’autres collègues, le Dr Latreille a été témoin de certains cas étonnants, des «anomalies» que la science ne peut expliquer à l’heure actuelle. «J’ai vu plusieurs patients se dire ‘Il faut que je sois positif, il faut que je sois positif’, mais qui, malheureusement, sont morts en deux ou trois mois d’un cancer dévastateur.

Mais d’autres personnes… un vieux schnouk qui faisait tout de travers, qui buvait, qui fumait, qui mangeait mal, n’était pas fidèle au rendez-vous… et, pourtant, c’est la personne qui répondait le mieux au traitement! Avec des exemples contradictoires comme ça, on commence à se dire que le côté psychologique a un effet… mais je ne sais pas, c’est difficile à dire.»

Guérir : un travail intérieur?
Atteinte d’un cancer du sein virulent, Johanne Robitaille Manouvrier a accepté, mais seulement après avoir pris un temps d’arrêt pour y réfléchir, «l’offre de la médecine classique» : six chimiothérapies dites «lourdes», une chirurgie pour retirer la tumeur et, par la suite, 25 traitements de radiothérapie. Parallèlement à ces traitements, elle a pris en main sa santé, sa vie, notamment en s’adonnant à la méditation. Après seulement deux chimiothérapies, la masse a soudainement disparu.

«C’était un soir, je regardais la télé et puis, tout à coup, j’ai ressenti une douleur extrêmement vive dans le sein, raconte-elle. Ça m’a fait basculer sur le côté et, assez curieusement, le lendemain, la masse avait disparu, et le ganglion enflammé avait lui aussi repris sa place.»

À l’hôpital, on constate les faits avec étonnement et on célèbre l’efficacité de la thérapie. Mais Johanne persiste et signe : «Je n’avais eu que deux traitements de chimio; la masse avait commencé à régresser mais elle était encore là avant cette douleur très vive.» Pour Johanne, il ne fait aucun doute que sa démarche personnelle a grandement contribué à chasser le cancer. «Ce que j’ai compris par la suite, c’est que j’avais opéré certaines choses, intérieurement, qui m’avaient permis de me brancher sur mes ressources profondes. Quand on comprend le message du cancer, ou le message de n’importe quelle autre maladie, et qu’on apporte les ajustements nécessaires à sa vie, on participe activement à sa guérison.»

Pierre Légaré a également vécu un événement semblable, un événement que certains n’hésiteraient pas à qualifier de miracle. À l’époque, la médecine conventionnelle ne pouvait plus rien pour lui. La chimiothérapie pouvait prolonger sa vie, mais pas la sauver. Et c’est alors qu’il a lu la théorie de l’oncologue allemand Hamer (un personnage contesté! Voir encadré), selon laquelle l’apparition d’un cancer est une réponse du corps à un conflit intérieur non résolu.

«Ça a changé en 24 heures, littéralement. C’est instantané, et tu le sens. Il y a une espèce d’immense soulagement. Le lendemain, j’avais faim.» Tous les symptômes de la maladie, dont la douleur, disparaissent, et Pierre commence à reprendre du poids. Quelques semaines plus tard, les tests confirment la rémission.

«Je n’ose pas dire que j’ai eu une guérison spontanée, poursuit l’humoriste. Il est possible que je sois mort dans trois mois, que l’état de bien-être dans lequel je me trouve ne soit que provisoire. Je n’en ai aucune idée. On est ‘dans l’humain’, et tout se peut.»

Hamer : prudence!
La Médecine Nouvelle Germanique, l’approche développée par Ryke Geerd Hamer, est radicalement remise en question par les autorités médicales. La méthode, qui a aussi inspiré la Biologie totale, fait l’objet de nombreuses plaintes et poursuites à travers le monde, . Le Dr Hamer a été accusé et condamné pour pratique illégale de la médecine. La MNG recommande l’abandon de tout traitement médical, ce qui a entraîné l’aggravation de la maladie et le décès de nombreuses personnes atteintes de cancer.

 

Une médecine de plus en plus ouverte
Les cas de Johanne Robitaille Manouvrier et de Pierre Légaré stimulent notre imaginaire et s’inscrivent comme de belles histoires de combat contre la terrible maladie… Mais la réalité est généralement plus terne, et les guérisons miraculeuses sont plutôt l’exception que la règle. «Je n’ai pas eu beaucoup de rémissions spontanées», tranche le Dr Latreille. Le spécialiste convient toutefois qu’il a constaté des réponses surprenantes au traitement, des régressions majeures du cancer – et ce, même parfois sans traitement - chez certains patients ayant entrepris des démarches personnelles.

D’un suivi en ostéopathie à un programme d’exercices en passant par les régimes alimentaires, la psychothérapie, l’art-thérapie, la méditation ou le yoga, les pistes explorées par les personnes atteintes de cancer sont nombreuses, diverses, et pas toutes d’égale valeur. L’efficacité des approches complémentaires et alternatives sur l’évolution de la maladie demeure, plus souvent qu’autrement, encore mal évaluée par la science. Ce qui n’empêche pas les spécialistes de la santé de faire preuve d’ouverture, et même d’y voir un potentiel de guérison.

«Je pense que la plupart des médecins de nos jours sont assez ouverts, considère le Dr Latreille. Sans devenir nécessairement convaincus, ils admettent qu’il y a des choses que l’on ne comprend pas.»

«Plus la science évolue, plus elle est obligée de faire acte d’humilité, croit Thierry Jenssen. L’être humain, le vivant tout court, est éminemment complexe.» Le psychothérapeute cite en exemple l’effet placebo, un pouvoir de suggestion bien réel, données scientifiques à l’appui. «Par le sens attribué aux choses, par nos croyances, nous avons le pouvoir de générer en nous des forces de guérison qui sont souvent spectaculaires.»
À condition, bien sûr, pléonasme oblige… de croire en soi.

«Réfléchis par toi-même et mets tout en doute, conseille Pierre Légaré. Mets Hamer en doute, mets la médecine conventionnelle en doute. Cherche à travers cela, cherche en dedans.»

Près de 40 % des Canadiennes et 45 % des Canadiens seront atteints du cancer au cours de leur vie. (Statistiques canadiennes sur le cancer 2008)

Études : match nul
De nombreux chercheurs à travers le monde se penchent sur les liens potentiels entre les émotions et le cancer… avec des interprétations contradictoires. Pour une étude tendant à démontrer que le stress constitue un facteur de risque du cancer du sein; une autre n’établit aucune association entre la fréquence du cancer dans des familles ayant perdu un enfant en bas âge, et qui ont donc vécu un stress émotionnel extrêmement intense.

On sait, par contre, que le cancer affecte l’état psychologique du patient. De 30 à 40 % des gens qui reçoivent un diagnostic de cancer souffriront d’une dépression. D’ailleurs, au Québec, tous les patients suivis en oncologie peuvent avoir accès à un service de soutien psychologique.

Ressources
DOSSIER
Cancer in the parents of children with cancer, 14 décembre 1995 (NEJM)

Cancer survival in parents who lost a child: a nationwide study in Denmark (2003, British Journal of Cancer)

Major life event – diagnosis of schizophrenia in offspring and risk for cancer. (2004, British Journal of Cancer)