Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

La sexualité des personnes handicapées

Émission du 12 mars 2009

«Ce qu’on est capable de faire? À peu près tout, mais avec un peu plus de temps. Il n’y a pas de différence à part notre handicap : les besoins sont les mêmes, les contacts sont les mêmes », tranche Marylène Côté, qui souffre de spina bifida, une maladie congénitale qui la prive de l’usage de ses jambes. Son conjoint, Marc-André Mathieu, atteint de paralysie cérébrale, doit aussi se déplacer en fauteuil roulant. Le couple partage une chambre au Centre d’hébergement Centre-ville de Montréal; c’est leur «un et demi», comme l’appelle Marylène.

« Il y a des hauts et des bas comme dans tous les couples mais, en général, ça va bien», poursuit-elle. Le couple a développé une réelle complicité, et ce, jusque dans les situations les plus problématiques… «Marc-André a des spasmes. Parfois, quand il me fait un câlin, je me fais égorger!, raconte Marylène, avec humour. Mais ce n’est pas grave; on en rit… Je pousse une blague et il me lâche, parce qu’il est crampé, lui aussi, et alors le spasme passe…On a réussi à passer à travers son handicap dans le fond.»
Plusieurs fois par semaine, le couple profite de moments privilégiés, seul à seul, dans la «chambre d’intimité», une pièce spécialement aménagée pour faciliter le rapprochement, tant physique que psychologique, entre conjoints handicapés.

La pièce combine équipements spécialisés, dont des lits qui peuvent se coller facilement l’un à l’autre, à un décor évoquant une chambre d’hôtel romantique. Les préposés viennent installer les partenaires dans les lits, chose qu’ils ne peuvent pas faire seuls.

Le Centre d’hébergement Centre-ville de Montréal accueille quelque 200 personnes sévèrement handicapées. Moyenne d’âge : 54 ans. Rien à voir avec les 82 ans des CHSLD! Les résidents ont envie de vivre leur sexualité. Le handicap n’éteint pas le besoin d’affection, ni le désir et, même en cas de paralysie sévère, certaines zones du corps demeurent réceptives aux sensations.

«Il y a différentes façon de stimuler les zones érogènes, explique Guy Taillon, conseiller en intervention au Centre. Ça peut paraître farfelu, mais… on a un très grand commerce de plumes chez nous! Si tu ne peux pas faire de grands mouvements avec ta main ou ton bras, la plume est un bon prolongement pour faire une caresse à ton partenaire.»

«Ici, ce n’est pas comme dans notre société, avec l’hypersexualisation qui fait que tout tourne autour de l’acte sexuel, poursuit le conseiller. Il faut voir la sexualité de façon plus globale : il y a aussi la sensualité, il y a l’amour courtois, le flirt…»

Manger en tête à tête, se confier à l’abri des oreilles indiscrètes, voir son partenaire nu pour la première fois, se caresser, s’embrasser et parfois faire l’amour. La chambre d’intimité est un petit oasis pour la relation de couple.

«C’est du bonheur qu’on permet, souligne Ginette Richard, chef de service au Centre. C’est de l’affection que nous ne pouvons pas donner, ni les familles. Ce sont des moments d’amour et d’intimité. Ce sont plus souvent des moments d’intimité que des moments sexuels qui se passent là, et ils sont essentiels à la vie et au bien-être de nos résidents.»

Marylène et Marc-André sont bien d’accord. «On peut se faire des câlins, des approches plus faciles parce qu’on n’a pas le handicap qui nous nuit : nos fauteuils respectifs. On s’en est bien sorti; on est bien maintenant. Il y a de l’espoir; il y a vraiment un espoir pour continuer et se battre jusqu’au bout.»

Handicapé, avant de perdre sa virginité

À la suite d’un grave accident de voiture qui a failli lui coûter la vie, à l’âge de 16 ans, Robert Chouinard est resté handicapé. Il fait partie de ceux qu’on appelle les «blessés médullaires», les paraplégiques et les quadriplégiques, c’est-à-dire ceux qui ont subi une blessure irréparable à la moelle épinière. Beaucoup plus d’hommes que de femmes sont victimes de ce type d’accidents, et le plus souvent, dans la fleur de l’âge, hypothéquant leur avenir.

«Est-ce que je vais me faire aimer? Est-ce que je vais être capable d’avoir une blonde? Ce sont les interrogations que j’avais, confie Robert. J’étais déjà timide avant, et je me retrouvais avec un handicap sévère. Mes complexes étaient renforcés. Ça a été une période très difficile… Je voyais des gens avec leur petite blonde et moi, je n’en avais pas. Je voulais faire comme les autres, en réalité.»

«La question est au-delà de la sexualité, souligne Frédérique Courtois, chercheure à l’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay de Montréal. La question, c’est : ‘Est-ce que je vais avoir une vie de couple? Est-ce que je vais avoir des enfants? Est-ce que je vais pouvoir à nouveau jouir?’»

Au cours de sa réadaptation, aucun spécialiste n’est venu discuter de vie affective et sexuelle avec Robert. «J’avais 16-17 ans et beaucoup d’interrogations au niveau de l’identité sexuelle que je n’exprimais pas, raconte-t-il. Sauf qu’en dedans de moi, ça bouillait. J’aurais eu besoin, j’aurais vraiment eu besoin d’un soutien sur ce sujet qui me préoccupait. » Au cœur de cette détresse : la crainte de perdre sa virilité.
«Chez les hommes, c’est toute l’image de la dominance qui est affectée, explique Frédérique Courtois. ‘Je veux pouvoir prendre ma femme’. ‘Je veux pouvoir avoir un acte sexuel’. Chez la femme, c’est beaucoup plus l’image corporelle. Les femmes sont très, très, très, jolies. Elles sont bien habillées. Elles sont bien maquillées. C’est comme si ce côté de la séduction devient d’autant plus important qu’elles sont en fauteuil.»

Malgré son handicap, Robert peut être sexuellement actif. Il a des érections, et même des éjaculations. C’est le cas de bon nombre de paraplégiques, dépendamment de l’endroit où se situe la lésion. Les progrès de la médecine ont également beaucoup contribué : viagra, injection intrapénienne et autres traitements permettent aux handicapés d’avoir une vie sexuelle fonctionnelle.

Robert a maintenant une conjointe, et ce qu’il vit avec elle va bien au-delà du sexe… «L’important, c’est de développer tranquillement une complicité avec la personne. C’est là que tout se joue. Quand tu as une vie affective respectueuse et équilibrée, la fusion se fait.»

Chaque année, au Québec, 200 personnes sont victimes d'un traumatisme à la moelle épinière. Soixante pour cent des victimes ont moins de 30 ans.Source : Fondation pour la recherche sur la moelle épinière

Des aidants sexuels?

Plusieurs pays européens font preuve d’un rare avant-gardisme en matière de sexualité des handicapés. En Suisse, en 2003, 12 personnes, soit huit femmes et quatre hommes, ont suivi une formation sur les «soins sexuels», du contact corporel à la masturbation, en passant par les strip-teases, les caresses et les massages érotiques. En fait, des assistants sexuels pratiquent depuis plusieurs années en Allemagne, au Danemark et aux Pays-Bas. Dans ce dernier cas, le service est même remboursé par le régime d’assurance-maladie. Source : Journal La Presse, 18 juillet 2005