Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

L'effet placebo

Émission du 11 novembre 2005

Quand on parle de l'effet placebo, on parle d'un effet qui est produit sur une personne par un placebo, soit une substance inactive et sans effet connu pour traiter une maladie, une pilule de sucre comme on dit souvent. L'effet placebo peut aussi être produit par un traitement sans efficacité reconnue par les scientifiques. Depuis les années 50, partout dans le monde, on s'est intéressé à comprendre les mécanismes qui font en sorte que la simple idée que l'on nous soigne, même avec des médicaments ou des traitements placebo, puisse mener à la guérison.

Dre Diane Pelletier

Médecin de famille, Diane Pelletier a observé que l'efficacité d'une médication était directement liée à l'empathie du médecin pour son patient. Lorsqu'elle prescrit un médicament à un patient, elle commence d'abord par le rassurer. « Juste le fait de parler du problème de santé avec mon patient peut parfois suffire à faire disparaître les symptômes ». À l'inverse, si le médecin est froid, il peut faire échouer un traitement.

Diane Pelletier raconte l'histoire d'une de ses patientes migraineuses. Celle-ci prenait une médication très forte mais généralement efficace pour prévenir les migraines. Or, en cours de traitement, la patiente annonce que le médicament ne fonctionne plus et qu'elle l'arrête par crainte de développer une dépendance. Elle prend maintenant un produit naturel qui fait disparaître ses migraines. Diane vérifie la composition du produit et découvre qu'il contient le même ingrédient actif que le médicament conventionnel, qui pourtant ne fonctionnait plus, aux dires de la patiente !

Dr Serge Marchand

Titulaire de la Chaire conjointe en psychophysiologie de la douleur à l'Université de Sherbrooke, Serge Marchand constate l'importance de l'effet placebo dans la perception de la douleur.

Dans son laboratoire, il induit à ses sujets volontaires un premier stimulus douloureux. Puis, il en induit un deuxième mais après leur avoir donné un placebo, un cachet supposé amoindrir la douleur. Les résultats sont étonnants : les sujets ressentent effectivement moins de douleur après avoir avalé le placebo. Non seulement ils le disent, mais leur réaction physique, la réaction du corps à la douleur, est enregistrée par un appareil de laboratoire. Pour Serge Marchand, il est clair que les attentes d'une personne à l'égard d'un traitement influence son efficacité.

Serge Marchand a aussi démontré que l'effet placebo variait en fonction de l'ordre selon lequel on administrait les traitements. Par exemple, on donne deux traitements aux participants : un placebo sous forme de solution saline et un analgésique. Si on donne la solution placebo en premier, en mentionnant sa piètre efficacité, et ensuite l'analgésique, ce dernier aura moins d'effet que si on le donne en premier en vantant ses effets antidouleur !

Serge Marchand compare la réticence des scientifiques envers l'effet placebo à celui qu'ils avaient envers le stress. « Il y a 40-50 ans, on considérait le stress comme quelque chose d'ésotérique. Aujourd'hui, plus personne ne conteste le fait que le stress rend malade. Je crois qu'on n'est pas loin du mouvement de bascule qui va donner une crédibilité à l'effet placebo comme outil de guérison. »

Danielle Fecteau

Psychologue et hypnothérapeute, Danielle Fecteau est l'auteure de L'effet placebo, le pouvoir de guérir qui l'a amenée à décortiquer quelque 600 à 700 recherches sur le sujet. Ces recherches démontrent que les chances de guérir sont directement liées à la confiance envers un traitement et non à la validité du traitement en soi. Les attentes font la différence. On comprend encore mal comment ces mécanismes agissent. Ce qu'on sait, c'est que les émotions, négatives ou positives, influencent le corps; elles agissent sur plusieurs hormones, bloquant ou excitant leur fonction, ce qui provoque une réaction du système immunitaire. Si on voit les possibilités du traitement, si on a confiance en son thérapeute, bref, si on a des émotions positives, on favorise la production d'anti-corps et d'autres fonctions de guérison dans notre corps.

(Voir aussi l'émission sur l'hypnose)

Le psychiatre Jean-Charles Crombez

Professeur à la faculté de médecine du CHUM, le Dr Crombez a créé la méthode ECHO, une méthode qui vise à accentuer l'effet placebo. « L'effet placebo, c'est l'idée très simple que la croyance en quelque chose peut créer un état de bien-être et favoriser ainsi la santé. »

Le corps possède des mécanismes naturels de guérison. Par exemple, si on se coupe un doigt, automatiquement, le corps va endiguer l'hémorragie et cicatriser la blessure. La médecine aujourd'hui veut guérir la maladie plutôt que d'encourager le corps à se guérir lui-même.

L'autoguérison est au centre de la méthode ECHO. une méthode qui s'apparente à une forme de méditation. On met l'accent sur le bien-être optimal ici et maintenant. Car plus le corps et l'esprit vont ensemble, plus on favorise le processus de guérison. Plus l'individu est entier, dans son corps, dans son esprit, dans ses pensées et émotions, plus il favorise sa santé. À l'inverse, s'il est coupé, s'il est en colère, si la coupure individu-société s'accentue, il risque de nuire à sa santé. Pour guérir, il faut tendre vers la globalité. Les personnes qui pratiquent la méthode ECHO sont souvent des gens qui souffrent d'une maladie physique ou mentale. Ils se rencontrent en petit groupe à une quinzaine de reprises. On leur explique l'approche, on leur donne quelques outils, on pratique et on fait un retour sur l'expérience. On encourage chaque individu à reprendre contact directement avec ses propres facultés d'autoguérison.

En médecine, l'effet placebo est considéré comme suspect. Mais la recherche oblige à considérer de plus en plus son existence. Aux États-Unis, on investit actuellement des millions dans des recherches sur les liens corps-esprit, sur l'effet du mal-être et du bien-être sur la santé. Il y a un réel intérêt de la part de beaucoup d'institutions, et même des compagnies d'assurance, qui voient là un moyen d'économiser des coûts de santé.