Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Tony Leroux n'entend pas à rire avec le bruit

Émission du 12 mars 2009

«Mon père a travaillé pendant quarante ans comme soudeur dans des fonderies, sur un chantier naval, raconte Tony Leroux. C’était un environnement de travail extrêmement bruyant. Il a été exposé à des niveaux de bruit très, très élevés, et il a développé assez rapidement une surdité, une surdité qu’on qualifie de ‘surdité professionnelle’ ou ‘surdité due à l’exposition au bruit’. Pendant que j’étais enfant, puis adolescent, mon père avait déjà cette surdité, et ça avait des effets sur son comportement à la maison.»

La pollution par le bruit est un phénomène qu’on connaît beaucoup mieux aujourd’hui qu’autrefois, et sur lequel, surtout, on peut agir. C’est ce qui motive le chercheur. «J’ai besoin de me pencher sur des sujets qui touchent les gens afin qu’on puisse améliorer leur réalité. Le bruit, c’est un problème sur lequel on a une prise. On est capable de faire changer des choses.»

Le bruit est perçu comme un signal de danger par le corps, lequel réagit pour faciliter la fuite ou le combat. Le sang se retire du système digestif; les battements cardiaques s’accélèrent, la tension artérielle grimpe, etc. Des problèmes de sommeil s’ensuivent, lesquels peuvent mener à la dépression, à une surconsommation de médicaments.

Bref, vivre non loin de l’autoroute ou de l’aéroport peut sérieusement nuire à votre santé!

Les enfants qui fréquentent une école ou une garderie situées non loin des grandes artères peuvent aussi développer des problèmes d’apprentissage.

Tony Leroux plaide pour une réglementation plus sévère, une prise de conscience des autorités face à ce problème. Comment se fait-il qu’en 2009 on construise encore des condos et des centres de la petite enfance sur le bord des autoroutes?

Un thermostat du bruit?

Dans le cadre du cours «Bruit et audition», Tony Leroux invite ses étudiants à passer à l’«action-intervention» en offrant leur expertise aux citoyens aux prises avec un problème de pollution sonore. Cette année, l’équipe travaille avec un groupe du Plateau Mont-Royal, un arrondissement quadrillé par plusieurs grandes artères. Camions, autobus, voitures y font radicalement grimpé le niveau de bruit. Le projet consiste à élaborer une «cartographie du bruit» - le nombre de décibels varie selon le secteur, le coin de rue, le passage autorisé ou non de camions, etc. - , de façon à pouvoir établir des liens entre le niveau de bruit et les problèmes de santé de certains résidents.

Avec une telle étude en main, le Regroupement de citoyens pourra ensuite défendre ses revendications auprès des autorités municipales et ainsi, selon le cas, abaisser la limite de vitesse sur telle ou telle rue ou modifier le trajet des camions et autobus dans le secteur.

Tony Leroux se décrit comme un «pragmatique», qui souhaite la création d’«environnements sonores» agréables, sans effets nocifs sur la santé et qui favorisent la communication entre les gens. Il rêve du jour où les instruments de mesure du bruit deviendront tellement faciles à utiliser que «tout le monde pourra en accrocher un à côté de son thermostat dans la maison». En étant capable d’évaluer le niveau de bruit, on peut appuyer ses revendications et faire changer les choses.

«Actuellement, on n’est qu’un tout petit groupe d’individus à faire ça. Mon rêve serait qu’on soit beaucoup plus nombreux mais, pour y arriver, il faut que ça passe par une démocratisation de la mesure! Il faut que tout le monde soit capable de dire : ‘Ici, c’est trop élevé’.»

Les citoyens qui veulent soumettre des projets peuvent le faire en s’adressant au Laboratoire d’orthophonie et d’audiologie de l’Université de Montréal. www.bruitsociete.org