Une pilule une petite granule

Émission disponible en haute définition

Diffusion terminée

Diffusion :
Diffusion terminée
Durée :
60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Gros plan sur la chirurgie bariatrique

Émission du 26 mars 2009

Aujourd’hui, le seul traitement vraiment efficace est la chirurgie bariatrique, une intervention majeure pratiquée sur l’estomac, et qui n’est pas sans risques. Quels sont les effets de cette chirurgie sur la santé et la qualité de vie des gens atteints d’obésité morbide? Voici leur histoire.

«Quand j’ai annoncé à ma famille que je me faisais opérer, elle a eu peur, raconte Claudia Osorio, 26 ans, quelques jours après son opération. On m’a dit : ‘Ah non, on peut faire autre chose, une diète, arrêter de manger, manger moins… Mais les jours et les mois passant, ils se sont faits à l’idée que c’était la meilleure chose à faire.»
La meilleure chose à faire? Pourquoi ne pas simplement maigrir? Claudia rit de bon cœur : «Qu’est-ce que je n’ai pas fait pour maigrir! Je pense que j’ai tout fait! Mille et une diètes. De l’exercice. J’ai essayé, mais je retombais toujours à cause de la faim. J’avais trop faim. J’étais capable d’endurer deux, trois jours. Mais après, j’avais tellement faim que j’entrais dans le premier resto. Un McDo ou, encore mieux, un buffet. Puis je mangeais tout ce que j’étais capable, et je me sentais déjà mieux.»

Après des années de ce régime, Claudia a développé d’importants problèmes de santé cardiovasculaire. Après une visite chez le cardiologue, la chirurgie bariatrique s’impose comme un ultime recours. Sans l’opération, Claudia risque la crise cardiaque, et la mort à court, sinon à moyen terme.

«Le taux de succès des interventions est monstrueusement plus élevé que les autres techniques, tranche le Dr Pierre Jetté, chirurgien à l’Hôpital Pierre-Boucher. Je ne suis pas en train de vous dire qu’il faut opérer tout le monde. L’idéal, c’est la prévention, les prendre à temps pour éviter qu’ils se rendent là. Mais une fois obèse morbide, le seul traitement scientifiquement et médicalement démontré comme efficace, c’est la chirurgie.»

L’intervention, à l’instar de toute autre chirurgie, comporte des risques. Comme les obèses morbides ont d’importants problèmes de santé - et c’est justement la raison pour laquelle on opère -, les complications post-opératoires, comme un infarctus ou une embolie pulmonaire, sont plus fréquentes. Dans de rares cas, la chirurgie entraîne le décès du patient.

Il existe deux types de chirurgie bariatrique : la première consiste à poser un anneau ajustable autour de l’embouchure de l’estomac, ce qui limite l’appétit et la quantité de nourriture que peut ingérer la personne; la deuxième agit plutôt au niveau de l’absorption des aliments, en réduisant la longueur de l’intestin, ce qui n’affecte ni l’appétit ni la quantité de nourriture.

Quelques jours après son opération – la pose d’un anneau gastrique -, Claudia Osorio était en bonne forme et se montrait impatiente de voir les résultats. À raison de dix livres par mois, la jeune femme devrait avoir retrouvé un poids santé au début de l’année 2010. «C’est comme le début d’une nouvelle vie, je repars à zéro», dit-elle.
Pour que l’intervention soit considérée comme efficace, Claudia devra avoir perdu 50 % de son excès de poids. L’objectif n’est pas de transformer les obèses morbides en modèle de minceur, mais de leur redonner une qualité de vie.

Une nouvelle vie
À la suite d’une chirurgie bariatrique, la personne opérée doit modifier en profondeur son rapport à la nourriture. Le corps ne peut tout simplement plus absorber de grandes quantités d’aliments; désormais, le menu quotidien se limite à trois petits repas, équivalent, en taille, à la grandeur de la paume d’une main. «Maintenir le poids perdu après une opération bariatrique crée des carences alimentaires, explique le Dr Jetté. Il faut compenser en donnant des multi-vitamines. C’est une des raisons pour lesquelles il faut suivre les patients.»

Jennifer Schultz a subi une chirurgie bariatrique il y a cinq ans. Une femme belle, qui paraît en pleine forme, avec un poids tout ce qu’il y a de plus proportionnel à sa taille. Un poids qu’elle a maintenant toutes les chances de conserver jusqu’à la fin de ses jours. Grâce à l’opération, bien sûr, mais aussi à sa propre prise en charge psychologique.

«Quand on subit l’opération, raconte-t-elle, on est opéré au ‘physique’, mais pas au ‘mental’, et c’est très difficile de gérer les deux ensemble. Alors je trouve que c’est une très bonne idée de parler avec une psychologue. Moi, elle m’a vraiment aidée à comprendre pourquoi je choisissais la nourriture comme récompense.»

Après une chirurgie bariatrique, impossible de… «manger ses émotions»! D’autres stratégies devront être développées pour gérer ses sentiments. Conseil de psy : en cas d’obsession «poutine», Claudia sort son cahier et ses crayons à dessin, le temps que ça passe.

Les relations personnelles et sociales peuvent aussi être complètement bouleversées à la suite de l’opération. «Beaucoup de gens seront beaucoup plus heureux, mais ce peut être aussi très confrontant pour certains couples, avertit Sylvie Goulet, psychologue à l’Hôpital Royal-Victoria. Parfois, il y a un conjoint qui prend beaucoup soin de l’autre, et lorsque cette personne-là devient plus forte, ça change la dynamique du couple. Après une chirurgie bariatrique, la moitié des couples seront plus heureux; les autres le seront moins et se sépareront peut-être. Alors il vaut mieux se préparer avant la chirurgie.»

Pas de place pour les doutes et les regrets chez Jennifer Schultz. «La chirurgie bariatrique a changé ma vie; je suis plus heureuse maintenant que je ne l’ai jamais été. Je n’ai jamais su que c’était possible d’être si heureuse. Ça a beaucoup à faire avec le poids perdu, d’avoir maintenant un poids normal. Je suis fière de moi.». Jennifer s’était séparée de son conjoint un peu avant l’opération. « Pendant deux ans je me suis concentrée sur mes problèmes à régler et sur le bien-être de ma fille. Puis au bout de ce temps, j’étais prête à entrer en relation à nouveau avec un homme. J’ai retrouvé un ancien ami et maintenant nous filons le parfait amour. Ça n’a rien à avoir avec la relation avec mon ex. Je ne suis plus la même femme. »

Vers une «vraie» pilule-miracle ?
Ce ne sont pas tous les obèses morbides qui, comme Jennifer Schultz et Claudia Osorio, ont accès à la chirurgie bariatrique au Québec. D’après la Coalition contre l’obésité morbide, environ 3 500 personnes seraient en attente, avec des délais variant de six mois à sept ans. Environ 1 000 personnes seraient opérées chaque année. L’anneau gastrique coûte 4 500 $ plus taxes et n’est pas couvert par la RAMQ, contrairement à l’Ontario et le Nouveau-Brunswick qui remboursent ces frais.
Une iniquité que les progrès scientifiques d’ici quelques temps feront peut-être disparaître, si l’on se fie aux prédictions du Dr Jetté. «L’obésité est un problème majeur, extrêmement important en termes de sous dépensés, en termes de quantité de gens touchés. Il y a énormément de recherches qui se font, tant du côté chirurgical que du côté non chirurgical, comme l’aspect hormonal. Je suis certain que d’ici 15, 20, 50 ou même 2 ans, quelqu’un va sortir un comprimé, une injection ou une technique quelconque, qui sera beaucoup, beaucoup plus simple que la chirurgie bariatrique et qui va arriver au même résultat.»

Ressources
Coalition contre l’obésité morbide
http://www.lepoidsquitue.com

Ce qu’il faut savoir

Diète et exercices ne font tout simplement pas maigrir les personnes atteintes d’obésité morbide. Moins de 3 % arriveront à maintenir une perte de poids après un an; 1 %, après trois ans; et tout près de zéro après cinq ans. En comparaison, les interventions bariatriques sont efficaces chez plus de 95 % des patients après cinq ans.

Nouveau

Le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec a annoncé le vendredi 15 mai 2009 son plan d’action en chirurgie bariatrique. Ce plan inclut la gratuité de la bande gastrique. Gratuité effective depuis l’annonce officielle du 15 mai dernier.