Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Nimâ Machouf, épidémiologiste et humaniste

Émission du 26 mars 2009

«Avec le VIH, on ne s’ennuie jamais, dit-elle. C’est une nouvelle maladie. On n’a que 25 ans de recul. On vit avec l’évolution de l’infection, l’évolution des nouveaux traitements. Et les patients qui vont de mieux en mieux. Tout ça pose de nouvelles questions. Il y a toujours plein de choses à apprendre.»

À la clinique, l’épidémiologiste fait de la recherche sur tout ce qui touche à la question du VIH, des comportements sexuels jusqu'à la santé des personnes atteintes. Elle compile également toutes les données sur la clientèle, un travail apprécié par les collègues cliniciens.

«Nimâ nous ramène à une rigueur au niveau scientifique, fait valoir Réjean Thomas, fondateur de la Clinique et médecin bien connu. C’est super intéressant pour les médecins; ça nous permet d’avoir un portrait réel de notre clientèle et d’avoir un regard pour améliorer la prise en charge de nos malades.»

Le travail de la chercheure sert également aux projets et publications scientifiques. «Nimâ est devenue une experte en VIH clinique, ajoute le médecin. Il y a souvent des expertises en épidémiologie qui sont plus proches de la santé publique, par exemple en prévention. Mais Nimâ a une expérience avec nous, les médecins cliniciens, et commence à très bien connaître les traitements, leur histoire, des choses qui sont normalement peu connues par les épidémiologistes.»

L’Afrique, c’est éthique
Nimâ Machouf est également engagée dans différents projets de recherche et de formation en Afrique, par le biais de Médecins du monde et du groupe ATARAO de l’Université de Montréal.

«Seulement 10 à 20 % des patients infectés vivent dans les pays industrialisés, explique-t-elle. Alors si on veut travailler sur la question du VIH., on ne peut pas juste travailler ici.» L’Afrique, on le sait, est durement touchée par l’épidémie de sida. Et l’accès aux traitements fait encore couler beaucoup d’encre; l’enjeu ne se limite pas aux coûts des médicaments. «Médecins sans frontières a gagné un prix Nobel pour l’accès aux antirétroviraux en Afrique. C’est très bien qu’ils aient accès aux médicaments mais s’ils ne le prennent pas correctement, le virus devient résistant. Si le virus devient résistant, on n’a pas 50 sortes de médicaments génériques.»

Pour éviter ce dérapage, il n’existe qu’une solution, d’après Nimâ Machouf : se sentir… concerné. Mondialisation oblige, de plus en plus de personnes voyagent d’un continent à l’autre, et avec eux les virus et les microbes. Aujourd’hui, l’Afrique; demain, l’Amérique. Et vlan pour l’ethnocentrisme occidental… Au-delà de notre petit nombril de citoyen planétaire choyé, peut-être qu’un certaine forme de décence, profondément humaine, s’impose. «Si on a les moyens de contrôler une maladie, ça serait absolument non éthique de le garder pour nous, s’insurge Nimâ Machouf. Nous comptons pour 10 ou 20 % des personnes atteintes et nous allons le refuser à ce 80 %, à la majorité, parce qu’ils ne sont pas ici? On a le moyen de contrôler la maladie, alors toute personne infectée devrait avoir le droit de pouvoir se faire traiter. La santé, ce n’est pas un luxe. C’est un droit.»

Une cause autant qu’une maladie
À Montréal, au Canada, bref, en Occident, on meurt de plus en plus rarement du sida. À l’échelle du globe, on compte pourtant encore quelque 2 millions de décès par année. Aujourd’hui, de 30 à 40 millions de personnes sont infectées par le VIH, et quelque 3 millions de nouveaux cas s’ajoutent chaque année. Le sida demeure un fléau.

Le virus, dit-on, est particulièrement intelligent, ce qui retarde le développement d’un vaccin efficace.Face à un tel ennemi, et devant l’injustice de l’épidémie, beaucoup de gens qui travaillent dans le milieu du VIH en ont fait une véritable cause des droits humains, selon Nimâ Machouf. «Pour moi aussi, c’est la même chose, reconnaît-elle. Mais j’ai beaucoup d’autres engagements sociaux et politiques, par exemple au sein de la communauté iranienne de Montréal. Je suis très impliquée dans l’avancement de la cause des femmes dans le monde, au Québec comme en Iran, et aussi dans l’accès à la santé en général. Dans le fond, ce sont toutes des causes qui sont reliées d’une certaine manière.»