Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Peut-on soigner la pédophilie ?

Émission du 10 septembre 2009

Les crimes de nature sexuelle, en particulier lorsqu’ils sont commis sur des enfants, ne sont tout simplement pas tolérés par la société. On comprend pourquoi.
Alors comment expliquer le comportement des agresseurs? La pédophilie est-elle une maladie? Et surtout, se traite-t-elle?
C’est la conviction des spécialistes du CETAS (Centre d’entraide et de traitements des agressions sexuelles). Rencontre avec des pédophiles repentis.

«Comment ça se fait que j’ai eu une attirance pour une enfant de 12 ans? À cet âge-là, elle n’était même pas formée. Elle n’avait pas de seins, cet enfant-là. Ce n’était pas une femme, c’était une enfant!», raconte Jean-Guy, la voix brisée par les remords. L’homme est suivi par le CETAS depuis plusieurs années; il a agressé une fillette de son entourage. Il était lui-même père…

«C’est tabou de parler du traitement des agresseurs; ce n’est pas une activité populaire comme sauver quelqu’un du feu… C’est aider les ‘méchants’», reconnaît Katia Lavallée.
Aider les «méchants», oui, pour ne plus jamais qu’ils le soient… Or l’agresseur sexuel n’a pas l’air, justement, d’un méchant. Dans la très grande majorité des cas, le pédophile n’attend pas sa proie à la sortie de l’école, les poches pleines de bonbons et autres surprises. Il s’appelle Papa et Papounet ou Pierre, le chum de maman, parfois mon oncle Jean, et même grand-papa Jacques. Pierre, Jean, Jacques a un travail, une maison, une conjointe et souvent des enfants.

«Seule une petite proportion des agresseurs sexuels présente un intérêt prédominant, parfois exclusif, pour les contacts sexuels avec les enfants», précise la psychologue et directrice du CETAS Katia Lavallée.
Les «intérêts déviants» se développeraient au même moment que les «intérêts normaux», pensent les spécialistes, soit au début de l’adolescence, lors de la prise de conscience de l’orientation sexuelle. «Les intérêts sexuels déviants seraient déjà en place à cet âge-là, mais ils ne seront pas nécessairement agis’ ; ils peuvent être latents pendant 20 ans, 30 ans», ajoute Katia Lavallée.
Claude a agressé la fille de sa conjointe, âgée de 8 ans, mais se dit très attirée par les femmes. «Et par les adolescentes aussi…, ajoute-il avec hésitation. Mais pas par celles de l’âge de ma victime… Ça a été un événement de circonstance; c’était elle qui était là et c’était elle qui allait y passer.»

Un événement de circonstance? Quelles circonstances?

«Dans la population, il y a des hommes qui n’ont jamais de fantaisies déviantes; il y a des hommes qui ont des fantaisies déviantes, mais qu’ils ne mettent pas en action, et il y a des hommes qui ont des fantaisies déviantes et qui vont les mettre en action, explique Benoît Dassylva, psychiatre à l’Institut Philippe-Pinel de Montréal. Pourquoi certains sont capables de se retenir et d’autres pas?» Plusieurs facteurs peuvent faciliter le passage à l’acte, dont la désinhibition toxique (l’alcool et la drogue lèvent les «freins» habituels).
«Ce n’est pas une excuse mais c’est qui m’a permis de me dire ‘O.K.’, raconte Jean-Guy. J’étais seul, sans conjointe, ni copine. Je vivais un manque de sexualité depuis un certain temps. Et plutôt que d’aller aux bonnes places pour y chercher l’affection nécessaire, je me suis servi d’un enfant...»

Une grande détresse psychologique précède généralement le passage à l’acte. Beaucoup de pédophiles souffrent d’anxiété sociale, éprouvent de graves difficultés relationnelles avec les adultes… et trouvent ainsi un certain apaisement, une confiance en soi renouvelée lorsqu’ils sont en présence d’enfants. Bien sûr, plusieurs ont eux-mêmes été agressés pendant l’enfance, mais pas tous! Et d’autres enfants agressés ne deviendront jamais des agresseurs…
En toile de fond : le manque d’empathie; l’agresseur confond ses besoins avec ceux de l’enfant et ne comprend pas les conséquences de ses gestes sur autrui.
«C’est seulement quand la petite m’a demandé d’arrêter que je me suis rendu compte que je n’étais plus… correct», admet Claude.

Traiter pour prévenir

«La source du problème c’est l’agresseur, il faut traiter la source du problème, tranche Katia Lavallée. Quand on traite l’agresseur, on réduit la possibilité qu’il fasse d’autres victimes. C’est aussi important, et probablement plus, que l’aspect punitif. C’est fondamental.»
«La personne qui commet une agression sexuelle ou un attouchement sexuel n’est pas automatiquement un rebut de société ou un animal, avance Jean-Guy. C’est quelqu’un qui est malade. C’est quelqu’un qui a un problème à régler. Tout le monde a le droit d’avoir des soins. Je suis un être humain, moi aussi. C’est ce que j’aime au CETAS; ils n’excusent pas notre geste, mais ils nous parlent comme un être humain.»
Au CETAS, on s’attaque à ce qu’on appelle dans le jargon le «cycle délictuel». Sauf pour quelques rares prédateurs sexuels, l’agression est rarement spontanée, plutôt le résultat d’un long cheminement. Idées, émotions, situations difficiles, développement d’une fantasmatique déviante… Le pédophile pose des gestes concrets pour gagner la confiance de l’entourage et de l’enfant lui-même, de manière à se retrouver seul à seul avec lui. «Le cycle délictuel, c’est tout ce qui constitue les ‘mauvaises décisions’; tous les éléments qui mènent à un passage à l’acte sur un enfant», résume Katia Lavallée.

Cela dit, thérapie ou pas, la grande majorité des agresseurs d’enfants… n’agresseront plus, contrairement à la croyance populaire. «Tous pédophiles confondus, c’est un maximum 15 à 20 % qui récidivent», précise Benoît Dassylva. Ce qui ne signifie pas que la pédophilie se guérisse… «On ne cesse pas d’être hétérosexuel ou homosexuel, pas plus qu’on ne cesse d’être attiré par les contacts sexuels avec les enfants, souligne Katia Lavallée. On peut apprendre à vivre avec; on peut apprendre à ne pas ‘agir’ cet intérêt-là. Mais ça ne se guérit pas, ça se contrôle.»
Mais est-ce que ça se prévient? En théorie, oui; dans les faits, rarement. Peu de pédophiles «en devenir» vont chercher de l’aide; la pression sociale, l’horreur associée à une telle fantasmatique, rendent la chose presque impossible. Qui plus est, les services d’aide ont l’obligation légale de divulguer l’identité du client aux autorités en cas de situation potentiellement abusive. Résultat : les agresseurs ne sont traités qu’une fois qu’ils sont passés à l’acte, qu’ils ont été dénoncés, arrêtés, et même souvent seulement une fois la peine purgée.
«Je savais, avant que ça se produise, que j’avais une attirance envers les plus jeunes, raconte Claude. J’aurais dû consulter avant. Pour ne pas que je puisse briser la vie d’une personne, et briser ma vie à moi aussi. Je voudrais aider ceux qui sentent qu’ils ont une attirance envers les plus jeunes. Il faut consulter, ne pas attendre d’avoir fait la gaffe. Il est trop tard rendu là…. Pis, ça fait mal…»

«La plupart veulent cesser ces comportements-là, soutient Katia Lavallée. C’est souffrant d’avoir cette problématique-là… Quand c’est fini, quand l’excitation sexuelle est retombée, qu’est-ce qui reste? La culpabilité, la honte, la peine. Ils le savent, après, qu’ils ont fait mal.»

«Avant de commettre cet acte-là, tout le monde m’aimait, confie Jean-Guy. Aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup de monde qui m’aime. J’ai perdu des emplois. J’ai perdu ma femme. J’ai perdu ma maison. J’ai perdu ma famille. J’ai tout perdu, moi.» Y compris sa dignité de père… «Mon enfant, je ne la vois que douze heures par mois. Et il faut qu’il y ait quelqu’un toujours à côté de moi. Vous savez, il n’y a rien de facile dans ce qu’on fait… Pour les actes que j’ai faits, je paye, puis je paye, puis je paye. Mais ça ne me fait rien de payer parce que je l’ai mérité, vous savez…»

La pédophilie est-elle une maladie?

On ne possède encore qu’une connaissance partielle de cette déviance sexuelle. Mais les scientifiques et les médecins s’entendent : la pédophilie doit, comme tout autre trouble mental, être traitée. La pédophilie est répertoriée dans le DSM, la bible des diagnostics en santé mentale.

Castration chimique

La castration chimique – la suppression totale de la libido - est une méthode peu utilisée. En fait, il est plus juste de parler d’hormonothérapie, un traitement médical qui abaisse, à des degrés divers, le niveau de testostérone. D’autres médicaments peuvent également être prescrits aux agresseurs de façon à mieux gérer les problèmes associés, tels que l’anxiété sociale.

Au Québec, en 2007, 903 infractions sexuelles ont été commises envers des jeunes de moins de 17 ans.
Source : Sécurité publique, Gouvernement du Québec

Ressources

CETAS (Centre d'entraide et de traitement des agressions sexuelles)
8, boul.de la Salette #101-C
Saint-Jérôme (Québec)
J7Y 5C8
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CETAS@b2b2c.ca