Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Comment s'adapter à la perte d'audition ?

Émission du 17 septembre 2009

Avec l’âge, on entend souvent de moins en moins bien… La surdité progressive – ou presbyacousie - est devenue un problème de santé majeur compte tenu du vieillissement de la population.
Un problème qui mine la qualité de vie des personnes atteintes et les condamne souvent à l’isolement, à une estime de soi-même en friche...

Aujourd’hui, heureusement, on peut y remédier.

«J’ai commencé à avoir des problèmes de surdité à l’âge de 40 ans, raconte Pierre Sicard. Je m’apercevais que je n’entendais pas bien, c’est-à-dire que moi, j’entendais bien, mais les gens ne parlaient pas fort ! »
«J’étais toujours obligé de m’approcher des personnes pour bien comprendre, poursuit-il. Mon épouse me disait : ‘ Pierre, parle moins fort, parle moins fort !’. Ça me choquait! Je me disais en moi-même : ‘ Je ne parle pas fort, j’ai de la misère à me comprendre! Et quand elle me parlait, j’étais obligé de dire : ‘Parle! Articule! Je ne comprends rien ! »

Le plus souvent, la perte de l’audition se produit très sournoisement; elle s’installe progressivement, au fil des ans, jusqu’à avoir un impact majeur sur la vie des personnes.
«On perd quelques décibels par année, et ça se passe tellement lentement que notre cerveau s’habitue à ‘mal entendre’ », explique Daniel Bois, audioprothésiste chez Lobe Santé auditive et Communication.
La surdité se manifeste d’abord au niveau des hautes fréquences, les sons plus clairs, en opposition aux basses fréquences, les sons plus graves. «La personne se promène en forêt à l’automne, cite en exemple Daniel Bois. Elle n’entendra pas craquer les feuilles tombées par terre, ni les oiseaux, mais elle entendra facilement le son d’un moteur à distance. Il y a donc une espèce de contradiction.»
Que se passe-t-il, concrètement?
L’oreille vieillit, elle aussi, comme tout le reste de notre organisme. Avec le temps, les membranes de l’oreille interne deviennent plus rigides, plus épaisses et vibrent moins. Les cellules nerveuses se modifient et meurent. Certains facteurs comme l’hérédité ou l’exposition au bruit peuvent aussi accélérer le vieillissement de l’oreille.
Pierre Sicard a travaillé comme mécanicien pendant dix ans dans une usine de filtration, un environnement avec un niveau sonore élevé et constant.
Cela dit, passer sa vie derrière un ordinateur n’est pas non plus une garantie de bonne santé auditive, tel que le souligne le Dr Anthony Zeitouni, otorhinolaryngologue à l’Hôpital Royal-Victoria. «La presbyacousie, c’est un phénomène qui touche tout le monde, mais à différents rythmes et à différentes intensités. Même sur une île tropicale éloignée de tous les bruits urbains, les gens souffrent d’une surdité qui progresse avec les années.»

S’isoler… ou se traiter

Sans crier gare, la surdité s’installe et modifie insidieusement le rapport de la personne atteinte avec son entourage, jusqu’à créer des conflits importants dans les relations interpersonnelles, voire miner complètement l’estime de soi.

Pierre Sicard en est venu à carrément éviter certaines occasions sociales. Sa surdité l’empêchait de prendre part aux conversations de groupe; ses amis en venaient à se fâcher quand il demandait de répéter ou de parler plus fort. Il se sentait constamment blessé et isolé. «Tu te renfermes sur toi-même, résume-t-il. La perte d’audition te rend malheureux.»
«Il y a une tendance un petit peu naturelle à fuir les situations de communication parce que ce sont des situations problématiques, explique Louise Desautels, psychologue à l’Institut Raymond-Dewar (spécialisée dans la réadaptation des malentendants). La personne a souvent tendance à s’isoler socialement. En situation de groupe, elle peut être très mal à l’aise, avoir peur de ne pas comprendre. Les gens vont faire des blagues, et vont rire. Mais elle, comme elle n’a pas compris, elle ne peut pas rire! Elle se sent très différente des autres, et même diminuée.»

Que faire pour surmonter les problèmes? Deux choses : sensibiliser son entourage à articuler clairement et parler face à la personne malentendante, de façon à ce qu’elle voit les lèvres bouger. Et porter, si possible, une prothèse auditive. Ces appareils permettent d’amplifier les sons et redonnent ainsi accès à certaines fréquences.
Encore faut-il convaincre le patient de leurs bienfaits… Pierre Sicard a souffert pendant 15 ans avant de passer à l’action. Pour lui, porter une prothèse était synonyme de défaite : «Je me disais : ‘Je ne suis pas prêt; je ne suis pas rendu à cet âge-là, encore…Je suis trop actif pour avoir des appareils’. Et puis, je ne voulais pas que ça paraisse!»
Qu’on se le dise, les appareils actuels n’ont pas beaucoup à voir avec les encombrantes prothèses d’autrefois! Ce sont des appareils de haute technologie, performants, faciles à entretenir et confortables, et qui améliorent de façon significative la qualité de vie des personnes malentendantes.
Pierre Sicard se rappelle avec émotion de la première fois qu’il a, à nouveau, entendu le bruit du papier froissé en tournant les pages de son journal. «Pour moi, c’était une nouvelle vie qui reprenait, dit-il. Tout a changé. Maintenant, avec les appareils, toutes les bonnes choses qui se passent, je veux les voir, je veux les entendre.»

En cas de surdité sévère : l’implant cochléaire

Perdre l’audition graduellement est une chose. Mais perdre l’ouïe complètement à la suite d’une infection ou d’un accident est un phénomène rare et extrêmement traumatisant. C’est ce qui arrivé à Nathalie Baril, alors qu’elle était encore jeune étudiante : «Je me suis levée un matin, et je n’entendais plus! Ça a été un choc! Un gros choc!»
«Je me suis réveillée et j’ai constaté que j’étais en retard, raconte elle. Je n’avais pas entendu le cadran. Je me suis dit : ‘Bon, peut-être que le chum l’a oublié; ce sont des choses qui arrivent. ‘Je me suis levée; je suis allée dans la douche, mais je n’entendais pas l’eau.»
Nathalie Baril ne sait pas pourquoi elle a soudainement perdu l’ouïe et ne le saura probablement jamais. Dans beaucoup de cas, la cause n’est jamais déterminée, ce qui n’empêche pas qu’elle puisse être traitée. Un implant cochléaire – inséré chirurgicalement dans l’oreille interne – peut grandement aider certaines personnes atteintes de surdité profonde.
Mais avant la grande opération, et la réadaptation qui s’ensuit, une inévitable démarche personnelle : faire le deuil d’un sens perdu. Nathalie Baril a pleuré toutes les larmes de son corps, négligé ses études pendant un certain temps et suivi une thérapie, avant d’«accepter» sa surdité.
«Comme je dis toujours, on n’accepte pas ça. On ne peut pas accepter de perdre la vue, de perdre l’audition. C’est quelque chose qui ne s’accepte pas. La seule chose qu’on peut accepter, c’est de composer avec ça. C’est ce que j’ai fait.»
«Faire le deuil d’une audition parfaite, c’est un processus, précise la psychologue Louise Desautels. Avec les mêmes étapes que pour un autre type de deuil, comme une mortalité ou une perte d’emploi. Il y a un travail qui doit se faire, un travail d’adaptation.»

Nathalie Baril a traversé beaucoup d’épreuves avant d’avoir accès à l’implant cochléaire, dont des infections à répétition dues au port de l’appareil auditif qui, de toute façon, ne l’aidait plus du tout à mieux entendre. L’implant cochléaire a, littéralement, changé sa vie. «Comme un gros boost de confiance», dit-elle, un sourire en coin. Un exemple, parmi tant d’autres, d’une grande épreuve devenue une petite aventure de rien du tout? Commander une pizza par téléphone…

Comme Pierre Sicard, Nathalie se rappelle avec précision et grande émotion du moment où elle a entendu, à nouveau, un son familier : celui de la pluie sur un parapluie…

La surdité frappe de plus en plus tôt

Les consultations pour des problèmes d'audition sont deux fois et demie plus nombreuses chez les personnes dans la vingtaine qu'il y a 10 ans, selon l'Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec (OOAQ).
Bien que la preuve scientifique n’ait pas encore été établie, on soupçonne l’écoute abusive, et à des niveaux sonores trop élevés, des MP3, Ipod et autres «walkman», d’être responsable de cette augmentation.
Les fabricants de prothèses auditives surfent sur la vague et proposent maintenant des appareils aux couleurs flamboyantes, et même décorés de dessins évoquant des tatouages!

Implant cochléaire : quelques chiffres

En 2008-2009, 143 personnes ont reçu un implant cochléaire au Québec.

Actuellement l’opération se pratique uniquement à l’Hôtel-Dieu de Québec. Seules les personnes ayant une surdité sévère affectant les deux oreilles peuvent avoir accès à cette opération.

Il n’y a pas de liste d’attente pour les enfants Pour les adultes, un délai maximal de 4-6 mois est maintenant effectif, délai parfois plus court que pour une chirurgie orthopédique ou cardiaque élective. À noter que les patients en détresse sont priorisés. Le patient devra dormir 1 nuit à l’hôpital, puis il peut retourner à la maison. L’activation de l’implant se fait après 1 mois, à Québec, en vue de centraliser et concentrer l’expertise et offrir les meilleures chances au patient d’obtenir un réglage optimal. Cette programmation peut durer de 2 à 5 jours. Enfin, le patient sera référé à un centre de réadaptation décentralisé pour la réadaptation qui dure quelques semaines. En tout, de l’évaluation à la programmation en passant par la chirurgie, le patient ne passera pas plus de 8 jours à Québec.

En mai dernier, le gouvernement du Québec annonçait le dépistage systématique de la surdité chez les nouveaux-nés. Plus l’implantation est pratiquée tôt, meilleures sont les chances de réadaptation.

Ressources

Régie de l'assurance maladie du Québec.
Pour en savoir plus sur les critères de remboursement des prothèses auditives, consultez le site de la RAMQ.
http://www.formulaire.gouv.qc.ca/cgi/affiche_doc.cgi?dossier=286

La RAMQ peut subventionner l’achat d’un appareil en remboursant directement l'audioprothésiste ou le fournisseur. Il faut toutefois choisir parmi les modèles sélectionnés par l’organisme et, bien sûr, répondre à certaines conditions : degré de surdité, âge, etc.