Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Perdre son travail à 50 ans

Émission du 24 septembre 2009

Depuis le début de la récession, le Québec a enregistré une perte de près de 70 000 emplois. Fermetures d’usines, mises à pied massives, taux de chômage en hausse… Derrière les statistiques, on trouve beaucoup de détresse psychologique, et même des suicides.
Perdre son emploi, c’est toujours difficile. Mais pour les gens de 50 ans et plus, ceux qui ont consacré leur vie à la même entreprise, le choc est particulièrement brutal.

Voici l’histoire de deux d’entre eux.

«C’est comme si le ciel m’était tombé sur la tête », dit Lise Forand, ex-employée aux Imprimeries Quebecor, à Magog.

31 mars 2008 : après 37 ans d’existence, l’usine ferme définitivement, et immédiatement, ses portes. Les travailleurs ont quelques heures pour rassembler leurs effets personnels. Le choc est brutal. Pour beaucoup, l’usine n’est pas seulement un travail, mais un mode de vie et une grande famille.
Lise Forand a donné 34 ans de sa vie à Quebecor; elle y a occupé différentes fonctions : journalière, contrôleuse à la qualité, assistante-opératrice…
«Perdre son emploi à 50 ans, c’est très dur moralement, confie-t-elle. On se dit : ‘Qu’est-ce qui est offert pour les personnes de 50 ans et plus?’ Je n’avais aucune idée de ce que mon avenir allait être.»

«C’est inquiétant de perdre son emploi à plus de 50 ans parce le retour au travail est plus difficile, confirme Louise St-Arnaud, de la Chaire de recherche du Canada sur le travail à l’Université Laval. Les perspectives d’emploi sont plus restreintes; il y a encore des préjugés. Les employeurs considèrent que c’est une clientèle de travailleurs qui peuvent coûter plus cher, et donc la perspective d’avenir est plus sombre.»

Dans la région de Magog, de nombreuses usines ont fermé leurs portes au cours de la même période, réduisant d’autant plus les chances de retrouver un emploi. Lise Forand amorce une lente descente aux enfers; elle a « tout » perdu : des collègues, une sécurité financière, l’espoir de s’en sortir.

«Je n’avais plus aucune énergie, raconte-elle. Je n’avais plus le goût de manger, de me lever, de faire le petit train-train, les repas et le ménage. Je n’étais plus capable de rien du tout.»

De nombreuses études établissent un lien entre le chômage de longue durée et une détérioration de la santé physique et mentale. Au cœur du problème : l’estime de soi. «Quand on perd son emploi, explique Louise St-Arnaud, c’est un peu comme si on se faisait dire que ce qu’on faisait n’était pas important. La reconnaissance au travail, c’est la pierre angulaire de la santé mentale au travail. Lorsque c’est touché, c’est une partie de l’estime de soi qui est fragilisée.»

Suivant les recommandations de sa conseillère en recherche d’emploi, Lise Forand cogne à la porte des services sociaux et demande de l’aide. Elle rencontre différents spécialistes, joint les rangs d’un groupe de soutien et commence, finalement, à remonter la pente.
«C’était un baume sur ma plaie; je m’apercevais que je n’étais pas toute seule dans cette situation. On vit les mêmes peines, les mêmes douleurs. »
À travers différents ateliers, les participants découvrent aussi une autre façon de définir leur avenir, au-delà du drame. « On utilise beaucoup le rire aussi!, souligne Pauline Ranger, intervenante sociale au CSSS Memphrémagog. On a même fait une activité de collage, dont le but était un ‘ancrage’ sur des objectifs, des défis futurs. L’idée est de réaliser, au niveau des perceptions, qu’il y a autre chose qui existe.»
«C’est un espoir, ajoute Lise Forand. L’espoir de découvrir quelque chose de différent pour mon avenir.»

De la colère à la réinsertion

La détresse psychologique liée à la perte d’emploi peut conduire jusqu’au suicide. Plusieurs études indiquent ce sont les hommes de 50 ans et plus qui sont les plus susceptibles de commettre un geste désespéré.
L’ouvrier ou le professionnel qui se retrouve subitement, et malgré lui, en chômage doit faire un deuil, DES deuils : le deuil des collègues et amis, le deuil d’un sentiment d’appartenance à un milieu de travail, le deuil d’une reconnaissance pour le boulot accompli…
Sur ce chemin, une étape inévitable : la colère. À condition de ne pas s’y perdre.

«J’étais très, très choqué, très frustré, admet René Potvin, qui a perdu son poste de cadre d’entreprise à l’âge de 59 ans. Tu ne penses pas que ça va t’arriver à toi; tu te penses invulnérable, dans un certain sens, après 25 ans.»
«Ça a été une période très difficile, raconte sa conjointe, Francine Lafond Potvin, C’était la première fois qu’on vivait une chose comme ça. En 35 ans de travail, il n’avait jamais perdu d’emploi. Tu te retrouves du jour au lendemain, tu n’as plus rien. »
« Il est passé par toutes sortes d’étapes, poursuit-elle. La déception, la colère. Ensuite, il a fallu qu’il accepte. Ça a été le plus difficile; tant qu’il ne l’avait pas accepté, il n’a pas pu passer à autre chose. »
Comme bien d’autres ex-employés, René Potvin a hésité longtemps avant d’aller chercher du soutien pour faire face à sa situation. Les professionnels, en particulier, de par leur statut, se disent qu’ils n’ont pas besoin d’aide pour retourner sur le marché du travail.
«La honte crée l’isolement », résume Lucie Dubé, conseillère en transition et gestion de carrière à l’Association Midi-Quarante.
L’organisme accueille les personnes de 40 ans et plus en recherche d’emploi, et dont l’âge est une problématique. Journaliers, techniciens, professionnels et cadres viennent y retrouver une confiance en eux-mêmes à travers, notamment un bilan de carrière. « Le bilan permet de renommer nos compétences, de revoir nos priorités professionnelles », explique Lucie Dubé. C’est un outil pour mieux «se vendre» dans la recherche d’emploi, mais aussi pour permettre aux rêves de refaire surface : changer de carrière, se lancer en entreprise, pratiquer le mentorat. Ou prendre sa retraite?

«Il est plus facile d’être un préretraité que d’être un chômeur de longue durée, souligne Louise St-Arnaud. Mais on n’entre pas dans la retraite de la même manière après une perte d’emploi, sans avoir eu de fête de départ. Ce qui est le plus heureux, c’est de réussir progressivement à se réinvestir, à se réengager dans le travail. Et après, de prendre sa retraite, avec toute la fête qui vient avec! »

René Potvin a gagné son pari. À 62 ans, il vient de se trouver un nouvel emploi dans son domaine. Il a accepté un salaire moindre, et a dû ajuster son mode en vie en conséquence, notamment en déménageant dans une plus petite maison. Des regrets? Pas du tout. René Potvin ne travaille plus POUR l’argent, mais pour se sentir bien et utile. « Le travail, je le vois au jour le jour; je ne travaillerai pas jusqu’à 80 ans, mais je veux quand même essayer d’évoluer là-dedans. C’est ce que j’ai dit à mes nouveaux employés : ‘Mon but, c’est de vous former pour me remplacer’.»

Un risque plus élevé d’infarctus

D’après certaines études scientifiques, une perte d’emploi doublerait le risque de souffrir d’un infarctus chez les personnes de 50 ans et plus.
Un facteur non négligeable, compte tenu du fait que c’est généralement à partir de 50 ans qu’apparaissent les maladies cardiovasculaires.

Sources :
http://www.medicalnewstoday.com/articles/45737.php
http://oem.bmj.com/cgi/content/abstract/63/10/683?maxtoshow=
http://contexts.org/crawler/2009/05/11/the-relationship-between-job-loss-and-health/

Ressources

Association Midi-Quarante (Laval)
http://assmq.com

Centre Eurêka inc.
www.centreeureka.org

Centre d'intégration en emploi Laurentides
www.cielaurentides.com

La Cinquantelle
http://www.centredesfemmesdemtl.org