Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

La dépression

Émission du 18 novembre 2005

Selon l'Organisation mondiale de la santé, 150 millions de personnes souffrent de dépression chaque année, et cette maladie est aujourd'hui la première cause d'incapacité dans les pays industrialisés. Au Canada, 8,1 % des Canadiens ont souffert d'une dépression majeure en 2002-2003.

Rien n'explique tout à fait une dépression. Tous les individus font face à l'incertitude, à l'adversité, à la perte de ceux qu'ils aiment, etc. Mais la personnalité, le caractère, les valeurs de chacun peuvent augmenter ou diminuer la vulnérabilité à la dépression. Dans certains cas, la dépression se passe de génération en génération. Aussi, les femmes sont en général plus affectées par la dépression que les hommes, ainsi que les personnes âgées, les homosexuels et les personnes qui souffrent de maladie chronique. Les sociétés occidentales, plus individualistes, présentent des taux élevés de dépression.

La plupart des gens répondent bien aux antidépresseurs pour guérir la dépression. Ceux-ci ralentissent l'absorption de neurotransmetteurs dans le cerveau, la sérotonine, la norépinéphrine ou la dopamine. Le psychiatre prescrit un antidépresseur selon les effets secondaires qu'ils provoquent : quelqu'un qui souffre d'insomnie peut se faire prescrire un antidépresseur qui est sédatif; quelqu'un de léthargique, un antidépresseur qui dynamise. Il faut une grande expertise pour arriver à prescrire le bon antidépresseur au bon dosage. Même s'ils se montrent efficaces pour toute la gamme des dépressions, il reste qu'un tiers des personnes ne répondent pas du tout aux antidépresseurs. Aussi, il faut savoir que les effets des antidépresseurs ne sont visibles que 4 semaines après le début du traitement. Ce délai explique que plusieurs personnes cessent le traitement parce qu'elles ne constatent aucune amélioration immédiate de leur état.

Andrew Solomon

Andrew Solomon est journaliste au New Yorker et au New York Times. À la suite d'une deuxième dépression, il écrit Le diable intérieur : anatomie de la dépression, ouvrage qui tente de mieux comprendre la dépression et qui recense les traitements disponibles aujourd'hui. M. Solomon a vécu trois dépressions. La première ne lui a donné aucun signe annonciateur, a duré 2 ans et lui a coûté 70 000 $ en thérapies, en médicaments et en arrêts de travail. Les deuxième et troisième dépressions sont survenues après qu'il ait arrêté ses médicaments. Aujourd'hui, il sait qu'il devra prendre des antidépresseurs toute sa vie. « Avec la psychothérapie, ils ont été la clef de sa rémission », dit-il.

Pour éviter une rechute, il faut apprendre à reconnaître les signes précurseurs, les comportements qui aboutissent à la dépression. Il faut discuter avec son médecin. Il faut rationaliser sa vie émotive et être capable de se dire que ça ira mieux demain. Quand on a été déprimé une fois, le cerveau devient plus facilement dépressif, presque de façon automatique. Andrew Solomon peut sentir un épisode dépressif se pointer le nez. Pour éviter qu'il ne se cristallise, il réduit le stress, dort des heures plus régulières, fait de l'exercice et évite de s'isoler.

Dre Alina Czarlinska

Psychiatre à l'Hôtel-Dieu de Montréal, Alina Czarlinska croit qu'une combinaison d'antidépresseurs et de psychothérapie est le meilleur moyen de se sortir d'une dépression. Il faut voir les antidépresseurs comme un médicament indispensable au patient, comme l'est l'insuline pour le diabétique. On ne développe pas de dépendance aux antidépresseurs. La réponse aux traitements, le pouvoir de rebondir dépend de chaque personne et de son histoire. Ce n'est pas juste une question biologique, c'est aussi le support familial, les amis et la relation avec son médecin. La médecine alternative ainsi que le mode de vie peuvent aider à rétablir l'humeur, mais dans les cas de dépression légère seulement, pas dans les cas graves.

Le Dr Czarlinska dénonce le fait que plusieurs personnes vivent avec une dépression non soignée depuis des années. Mais le problème quand on retarde les soins, c'est que le traitement est plus difficile. La personne ne dort plus depuis des mois, le cerveau ne se repose plus, sa chimie s'est modifiée.