Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Accoucher autrement

Émission du 22 octobre 2009

Les Québécoises sont les championnes canadiennes de l’épidurale, d’après la plus récente enquête nationale sur la maternité publiée au printemps dernier. Sept femmes sur dix ont recours à cette forme d’anesthésie au moment de l’accouchement. Le rapport révélait également que les Québécoises manquent cruellement d’information quant aux autres techniques de contrôle de la douleur. Pourquoi tant d’épidurales au Québec?

«J’ai eu sept enfants : les cinq premiers, à l’hôpital, et les deux derniers, dans une maison de naissance, raconte Jennifer Vary. J’avais 19 ans lors de mon premier accouchement; je ne connaissais pas grand chose de la vie et pas grand chose de la maternité! Je n’avais aucune idée de ce qu’était une contraction. J’ai vraiment découvert c’était quoi un accouchement quand j’ai accouché!»
La jeune maman découvre alors… la souffrance, l’intense douleur de mettre au monde. Elle est surprise, complètement déboussolée. «Au bout de 17 heures, j’ai demandé à une infirmière de m’euthanasier! La mort, c’était la seule issue à cette souffrance-là. Les infirmières se sont regardées, puis on dit : ‘On va y aller pour l’épidurale’».
«Je pense qu’on aurait pu me faire n’importe quoi, je m’en fichais, poursuit-elle. Je voulais juste arrêter de souffrir. On n’est pas dans un état d’esprit pour accueillir les conséquences des gestes qu’on va poser. C’est très facile de dire oui. Et je ne le dis pas d’une façon péjorative : on a mal et oui, on veut arrêter de souffrir.»
«Dans la plupart des cas, malheureusement, c’est la première offre qu’on va faire, déplore Isabelle Brabant, sage-femme. Au moment où la femme se dit :’Ouf, là, j’aurais besoin d’aide’, plutôt que de lui offrir de prendre un bain, de marcher, de lui faire un massage, de trouver des paroles qui peuvent aider, on offre la péridurale. C’est un moyen extraordinaire de solutionner un problème de douleur, mais il devrait être situé à la fin d’une longue liste de moyens pour aider une femme qui accouche.»
Mais pourquoi donc, au fond, est-il nécessaire de souffrir pour donner naissance? Jusqu’à un certain point, oui. L’épidurale, surtout si elle est donnée tôt, peut sérieusement freiner le travail, prolongeant la durée de l’accouchement et entraînant parfois certaines complications, dont le recours aux forceps et à la ventouse ainsi que la prise d’antibiotiques à la suite de l’accouchement.
«On doit aussi mentionner un autre effet secondaire, bien que les études soient un peu controversées, ajoute le Dr Guy-Paul Gagné, obstétricien-gynécologue. C’est une observation de tous les professionnels en obstétrique : si on administre l’épidurale trop tôt durant le travail, avant 4 ou 5 centimètres, on augmente beaucoup le risque de césarienne. L’épidurale n’est pas une intervention banale.»
Que s’est-il passé, au Québec, pour qu’on médicalise ainsi l’accouchement? La peur, voire la terreur, de la douleur?
«La culture de la naissance a basculé dans la normalité ‘de ne rien sentir’, croit Isabelle Brabant. Il y a 20 ans, une femme qui disait d’emblée vouloir une épidurale en arrivant à l’hôpital se faisait demander par son entourage : ‘Pourquoi? Qu’est-ce qui te fait penser que tu n’y arriveras pas?’. Maintenant, au contraire, celle qui dit qu’elle aimerait accoucher naturellement, se fait dire : ‘Mais t’es folle, tu vas accoucher à froid? Qu’est-ce qui te prend? Est-ce que tu es masochiste?’».
Depuis quelques années, cependant, on assiste à un retour du balancier. Plusieurs jeunes femmes envisagent un accouchement «le plus naturel possible»; d’autres, déçues de leur première expérience à l’hôpital, cherchent une alternative. Elles sont de plus en plus nombreuses à faire appel aux services d’une sage-femme ou d’une accompagnante, et à demander une place dans une maison de naissance. Jenny s’est laissée convaincre par une amie convertie aux vertus de l’accouchement naturel.
«Je n’avais jamais songé que l’épidurale pouvait être une entorse à ce que la nature a prévu, dit-elle. J’ai eu envie de vivre ça d’une façon un peu plus brute, un peu plus animal. Mon sixième accouchement a été mon plus beau, justement à cause de ce côté très brut.»
À la maison de naissance, soutenue par son conjoint, Jenny se sent en confiance; personne n’est là pour lui dicter comment accoucher. «Ça se passait à notre façon. Puis, j’étais capable de me concentrer et d’accueillir ma douleur parce que c’était elle qui allait me permettre de rencontrer mon enfant. À l’hôpital, j’avais toujours la porte de sortie de l’épidurale. En maison de naissance, j’avais choisi de tout ressentir.»

L’hypnose : une méthode efficace et sécuritaire

Plusieurs professionnels de la santé et de l’accompagnement de grossesse, et même des hôpitaux, remettent en question la surmédicalisation de l’accouchement et offrent des solutions de remplacement pour contrôler la douleur : immersion dans l’eau, ballons d’entraînement, massages, acupuncture et même, hypnose.
Geneviève Deslauriers, enceinte de son premier enfant, a choisi d’explorer cette option à la suite des recommandations d’une amie pour qui l’expérience s’était avérée concluante. «J’ai peur de la douleur mais, en même temps, je vois ça comme une expérience positive. Je pense que l'auto-hypnose m'aide à appréhender cette douleur-là d'une façon beaucoup plus confortable.»
«Cette peur de la douleur est ancrée dans nos moeurs dès notre jeune enfance. On est programmé mentalement : l’accouchement est un événement difficile, intense, qui fait mal. Alors on grandit avec cette idée-là. Et pourtant c'est un processus tout à fait normal dans la vie d'une femme d'avoir un enfant», rappelle Josette Charpentier maître-formateur chez Hypno-Vie, un programme de formation à l’hypnose destiné aux futures mamans.
«C’est un programme où on apprend à gérer ce qui se passe dans le corps; une fois qu’on l’a compris, on peut avoir un accouchement très confortable», explique Dre Nathalie Fiset, l’initiatrice du programme. Médecin et hypnothérapeute, Nathalie Fiset a pratiqué 2850 accouchements, dont plus de 300 avec le soutien de cette technique. Aujourd’hui, même le Collège des médecins reconnaît son expertise.
«On apprend aux femmes comment aller en hypnose; on va leur donner une ‘gâchette’, un mot ou un geste, pour aller rapidement en hypnose. On peut dire ‘mauve’ et voilà, on part. C’est aussi simple que ça. Les femmes choisissent elles-mêmes ce qui les amène en hypnose. Et à force de pratiquer, un peu comme un sport, on devient bon.»
L’hypnose s’apparente à une forme de méditation, à une relaxation très profonde, mais dont on peut sortir à tout moment. «C’est comme la mère louve, elles ont vraiment les sens aux aguets, insiste la médecin. C’est arrivé dans le passé : une patiente en hypnose dont le cœur du bébé descendait… J’ai eu besoin d’elle et, tout de suite, j’ai eu sa collaboration parfaite.»
Geneviève Piszar, maman de trois enfants en bas âge, dont un nouveau-né, n’a que de bons mots pour cette technique. «Avec l’auto-hypnose, en étant plus relaxée, la récupération s’est faite beaucoup plus rapidement. Tout de suite après avoir accouchée, mais aussi au retour à la maison qui a été beaucoup plus facile.»

Sages-femmes demandées

Le Québec compte environ une centaine de sages-femmes, ce qui est loin d’être suffisant pour répondre à la demande. Actuellement, on comblerait à peine 20 % des demandes, d’après l’Ordre des sages-femmes du Québec.
Les sages-femmes peuvent faire des suivis de grossesse et assister les femmes à l’accouchement, que ce soit à l’hôpital ou dans l’une des 11 maisons de naissance sur le territoire québécois.

Hypno-Vie

Après avoir suivi une formation aux États-Unis, la Dre Fiset a lancé le programme Hypno-Vie en 2005. Depuis, elle a formé plus de cinquante instructeurs, dont une trentaine exercent au Québec
Ce programme se déroule sur 4 à 6 emaines; il comporte 4 sessions de formation et des exercices à faire à la maison. La formation est aussi disponible sur CD. Bien entendu, les fremmes qui pratiquent l’auto-hypnose peuvent accoucher dans n’importe quel hôpital. Certaines arrivent avec leur CD en poche ou comptent sur leur conjoint ou leur accompagnante pour les aider à atteindre un profond état de relaxation.
L’hypnose est une technique accessible à tous et à toutes.

Site du programme Hypno-Vie