Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Audrey Lessard, un médecin pas comme les autres

Émission du 22 octobre 2009

Audrey Lessard est sourde, mais son handicap ne l’a pas empêché de devenir médecin! Elle est la première femme sourde à devenir médecin au pays. Voici son courageux parcours.

«J’ai toujours dit à tout le monde que je voulais être docteur, lance Audrey Lessard, avec la voix de son interprète. On me disait toujours que ce serait impossible parce que j’étais sourde. Seuls mes parents me disaient que c’était possible. Il n’y avait pas de modèle, ça n’existait pas. J’allais être la première.»

Audrey Lessard est née en 1982 sans anormalités apparentes : c’est à l’âge de cinq mois que les médecins de l’Hôpital Sainte-Justine diagnostiquent le handicap. Ses parents l’élèvent en lui offrant tous les outils nécessaires pour favoriser son intégration à la société. «Ma mère et mon père m’ont beaucoup encouragée à lire sur les lèvres et à apprendre à articuler, raconte-t-elle. Ils voulaient que j’apprenne le français avant la langue des signes, pour que je puisse m’intégrer plus facilement dans la société.»

Enfant, Audrey est inscrite à l’école normale; une interprète l’assiste, mais ce n’est pas toujours facile… «J’étais toujours la dernière de la classe, mais la première en mathématiques!, dit-elle. Le plus gros défi, c’était surtout l’attitude des enfants par rapport à mon handicap. Certains pouvaient être vraiment méchants.»

Pendant toute sa scolarité, l’un des grands défis d’Audrey sera d’avoir accès à un bon interprète. Quatre interprètes différents se succèdent pendant son secondaire; huit, pendant ses études universitaires. «Ça demande des personnes très motivées et qui aiment apprendre, souligne la jeune femme. Les termes médicaux, il n’y a pas de signes pour ça!» Audrey passe de longues heures avec ses interprètes pour leur apprendre les bases du langage médical afin qu’ils puissent suivre les cours avec elle.

D’abord inscrite en pharmacologie, Audrey bifurque en cours de route vers la podiatrie, la spécialité médicale pour la santé des pieds. «Un domaine où on peut encore être pionnier», fait-elle valoir. À la clinique, la jeune médecin rencontre ses patients avec, à ses côtés, une interprète qui lui sert de voix. Patricia Béland, ce sont ses yeux et ses oreilles. Comment réagissent les patients? Un peu étonnés, au départ, mais rapidement rassurés. La communication est fluide, tout ce qu’il y a de plus «normale», sinon qu’elle se fait à trois.

Peu de personnes atteintes de surdité se rendent aussi loin que Audrey Lessard, tant dans leurs études que dans leur carrière, Et c’est en partie pour changer ces statistiques qu’elle rédige actuellement un livre.
«Je veux mettre en valeur tous les défis que j’ai eu à surmonter, témoigne-t-elle. Pour moi, être ici à la clinique, c’est comme le sommet du mont Everest. Je veux surtout montrer aux parents comment ils peuvent aider leur enfant atteint de surdité. Malgré tous les obstacles, je n’ai jamais abandonné, j’ai toujours eu le même rêve. J’ai suivi la trajectoire de l’objectif que je m’étais fixé à l’âge de trois ans : devenir docteur.»

Sous-titres du portrait

Audrey Lessard est une jeune femme déterminée. Malgré le fait qu'elle soit sourde de naissance, elle a relevé le défi de travailler en médecine podiatrique. Audrey travaille assistée d'une interprète lors des consultations avec ses patients. Et on peut dire aujourd'hui qu'elle a gagné, non seulement la confiance de tout le monde, mais aussi toute leur admiration.

[musique]

[voix de l'interprète]

- J'ai toujours dit à tout le monde que je voulais être docteure. Ils me disaient toujours que ce serait impossible parce que j'étais sourde. Seulement mes parents me disaient que c'était possible. Il n'y avait pas de modèle, ça n'existait pas.

J'allais être la première.

Il y a une possibilité d'avoir le fémur droit plus long un petit peu.

Je suis née avec une volonté de faire avec beaucoup de détermination. Et en faisant face à d'énormes obstacles, à chaque mois, chaque semaine, mon caractère s'est développé.

Je vais vous demander de vous pencher comme ceci. Ok.

Relevez-vous juste un petit peu.

J'ai fait mes deux premières années universitaires à l'université de Sherbrooke en pharmacologie. J'ai réalisé que le travail de laboratoire n'était pas fait pour moi parce que j'avais besoin du contact humain.

Je vais vous demander de passer ici à l'arrière, on va aller marcher.

J'ai donc changé de programme pour la médecine podiatrique.

On voit une élévation de l'omoplate au niveau droit par rapport à la gauche pendant le cycle de la marche en période dynamique. Une antéversion légère de la hanche droite.

Je ne connaissais pas la podiatrie, mais j'avais entendu qu'il y avait un nouveau programme à l'université du Québec à Trois-Rivières. J'ai fouillé le programme et tous les cours m'intéressaient. Je suis entrée dans la deuxième promotion et j'ai gradué au mois d'avril 2009.

La première fois que les patients me rencontrent, ils sont un peu surpris, surtout les personnes âgées. Des fois, ils ne savent plus qui regarder: moi ou l'interprète?

Avez-vous déjà eu un traitement par un médecin de famille ou essayé des produits en pharmacie?

- Les produits en pharmacie oui, mais pas de traitement par un médecin de famille.

- On a développé des trucs. Par exemple, quand le patient est assis sur la chaise, moi je suis devant et l'interprète est à côté, mais légèrement reculée. Ce qui fait que si le patient tourne la tête, il ne voit pas l'interprète. Alors, le patient comprend qu'il doit me regarder.

- Respirez à fond...

- Ok.

- Pendant mes quatre années d'université, j'ai eu huit interprètes. C'était tout un défi. Il fallait que je prenne beaucoup d'heures supplémentaires en dehors des cours pour lui expliquer la base à l'interprète pour qu'elle se sente à l'aise dans la classe. Souvent, elle ne comprenait pas le sens des termes médicaux.

Patricia va faire un bandage.

[Patricia, l'interprète]

Ça fait deux ans que je travaille avec Audrey. Ici, mon travail, c'est de gérer la communication, que tout se passe bien, s'assurer que tout a été bien compris. Puis aussi, on a ajouté à mon rôle d'interprète le rôle d'assistante. C'est sûr qu'on apprend à se connaître. On se regarde plusieurs heures par jour. On a une complicité qui se développe aussi. On sait ce dont on a besoin même sans se parler. Donc, ça devient une facilité au niveau du travail.

- J'ai trouvé que le rapport entre le docteur Lessard et moi, malgré les communications qui doivent passer par personnes interposées, allaient très, très bien.

Ça, j'enlève ça demain.

- Exactement, dans 24 heures.

- Il y a comme un intermédiaire de plus qui facilite la compréhension et qui ne nuit pas parce que normalement, quand quelqu'un écoute, je ne sais pas comment il a pensé dans sa tête. Alors là, c'est Patricia qui reformule. Alors, j'entends ce qu'elle a compris. C'est rare que ça arrive dans une communication, ça.

[musique]

- À ma naissance, mon état physique était normal. Mes parents ont découvert seulement trois mois plus tard que j'étais sourde. Quand ils ont découvert cela, ils ont pris leur courage à deux mains et ils ont décidé de m'offrir la meilleure éducation possible et la meilleure intégration dans la société.

À gauche, à droite ou les deux?

- Celui de droite.

- Est-ce que c'est la première fois que ça arrive?

- Oui.

- Ce qui m'a sauvée, c'est que mes parents m'ont beaucoup encouragée à lire sur les lèvres et à apprendre à articuler. Dès l'âge de trois ans, je l'avais appris. Ils ne voulaient pas que j'apprenne le langage des signes en premier. Ils voulaient que j'apprenne le français.

- Ok, c'est les deux choses qui fait le plus mal: monter les escaliers et fléchir le genou. Très bien.

- Dans la vie de tous les jours, je fonctionne sans interprète. Ce que j'aime, c'est que pour pouvoir communiquer avec moi, les gens n'ont pas le choix de me regarder dans les yeux et moi aussi.

- Faire une isolation, une isolation pour soulever et ne pas piler dessus.

Puis, qu'est-ce que vous avez prescrit au niveau du patient?

... Oui. Est-ce qu'il a une botte ? Un genre de soutien ?

- Les sourds veulent que la LSQ, le langage des signes québécois, soit reconnu comme langue officielle au Québec comme aux États-Unis. Le ministère de l'éducation a refusé. Je suis d'accord parce que ça va forcer les sourds à écrire et à lire plus. Je pense que je suis la seule qui est contre cela.

[musique]

- Il y a quelques années, j'ai commencé à écrire un livre. Je veux mettre en valeur tous les défis que j'ai eus à surmonter. Pour moi, d'être ici à la clinique, c'est comme le sommet du mont Everest. Mais je veux surtout montrer aux parents qui ont des enfants atteints de surdité comment et ils peuvent les aider. Malgré tous les obstacles que j'ai connus, je n'ai jamais abandonné parce que j'ai toujours eu le même rêve. J'ai suivi la trajectoire de mon objectif que je m'étais fixé à l'âge de 3 ans, devenir docteure.