Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Musique et cerveau

Émission du 29 octobre 2009

Les effets de la musique sur le bien-être sont aujourd’hui bien connus; elle peut notamment favoriser la relaxation et réduire la douleur. De nouvelles recherches montrent que la musicothérapie apporte également des bienfaits aux personnes atteintes d’une maladie neurologique, comme l’aphasie et la maladie de Parkinson.

« Écouter de la musique qu’on aime diminue de 30 % la douleur qu’on ressent. C’est énorme, 30 % !», lance Isabelle Peretz, chercheuse en neurocognition de la musique et co-directrice du BRAMS (Brain, Music and Sound Research), un laboratoire de recherche scientifique montréalais reconnu à travers le monde.
L’impact de la musique sur la réduction de la douleur est un phénomène bien documenté; et c’est pourquoi on recommande d’en écouter à la suite d’une opération chirurgicale ou encore lors d’une séance anticipée chez le dentiste!
L’« effet Mozart », qui veut que la musique classique rende « plus intelligent », est un autre exemple connu de l’action bienfaitrice de la musique sur le cerveau.
« En fait, la musique permet de stimuler, d’éveiller, de récompenser, entre guillemets, le cerveau, précise la chercheuse. Elle lui donne une sorte de vitamine ou de ‘boost’ cérébral qui améliore les fonctions cognitives. »
D’où l’idée de l’utiliser pour aider les personnes atteintes d’une maladie qui affecte ces fonctions, comme l’aphasie. L’aphasie est souvent la conséquence d’un accident cérébro-vasculaire. C’est le cas de Jacques Primeau, qui souffre d’une aphasie de Brocat. « Il nous comprend, il a toute son intelligence, mais il a de la difficulté à prononcer les mots », décrit Danielle Déry, sa conjointe. Il y a quelques mois, Jacques Primeau peinait à dire Oui et Non. Aujourd’hui, il est capable de prononcer son nom, celui de sa conjointe, d’utiliser les formules d’usage courantes, comme Bonjour et Merci, et même concevoir quelques courtes phrases. À la source de ces progrès? Entre autres : la chorale! Une formation exclusivement constituée de personnes aphasiques, presque incapables de parler et qui, pourtant, entament en chœur ‘Le plus beau tango du monde’! Comment est-ce possible?
« Ce sont des mécanismes de synchronisation, de ‘contagion’, explique Isabelle Peretz. Ces circuits neuronaux sont utilisés pour produire, mais aussi pour ‘voir faire’. C’est ce qu’on appelle les neurones miroirs ; ces mécanismes seraient facilités par le chant en chorale. »
Le fait d’être en groupe stimule donc une fonction particulière du cerveau, mais aussi, peut-être, la confiance en soi, d’après Christine Cantin, directrice musicale de la Chorale de l’Association Québécoise des personnes aphasiques. « Le chant choral permet de dire plus de mots; je le constate à chaque semaine. Est-ce que c’est parce qu’ils sont bien ? Parce qu’ils n’ont pas peur d’émettre les mots? Ils sont prêts à essayer cette expérience parce qu’ici, tout le monde accueille les autres. »
Danielle Déry et Jacques Primeau opinent : le soutien du groupe agit comme un baume. « Quand on a chanté ‘Le plus beau tango du monde’, je l’entendais prononcer des mots qu’il ne dit pas, raconte Danielle Déry. On avait appris un tango, au printemps passé, un peu avant l’ACV. C’est un très beau tango. Quand on a chanté ça… les émotions, là… J’ai pleuré; j’étais très émue. Là, ça va; on peut le chanter, puis on sourit. »

Suivez le rythme!

« À l’époque, je n’étais pas capable de me laver les cheveux, raconte Diane Patenaude, atteinte de la maladie de Parkinson. Je mettais mes mains sur ma tête et puis là, j’avais beau dire aux mains : ‘Lave, c’est le temps! Elles ne bougeaient pas’. Mon médecin m’a dit : ‘Il y a deux choix. Ou bien tu mets de la musique rythmée dans ta douche. Ou bien tu fais laver par ton conjoint’. Moi, j’ai choisi le conjoint, c’est plus le fun! »
Diane Patenaude a néanmoins constaté l’efficacité de la musique pour mieux contrôler son corps, notamment en prenant des cours de danse avec d’autres personnes atteintes de la maladie de Parkinson. « Le rythme donne un départ aux mouvements. Ça t’aide à partir, à ordonner à tes membres, à tes mains, de fonctionner… et de faire ce qu’ils ont à faire. Ça ne dure pas éternellement, mais ça démarre. C’est un démarreur, la musique. »

Michel Panisset, neurologue et co-directeur de l’Unité des troubles du mouvement du CHUM, explique : « Il y a une espèce d’effet métronome. Un exemple : les gens qui ont un problème particulier de blocage à la marche, où les pieds ont tendance à coller au plancher. Si ces gens-là sont stimulés avec une musique rythmée, ils seront capables de sortir de ce blocage et de commencer à marcher. »
La maladie de Parkinson est une maladie neuro-dégénérative; elle affecte les cellules du cerveau qui produisent la dopamine, une substance essentielle à la formation et à la coordination des mouvements. Ce déficit entraîne des problèmes de tremblement, une certaine rigidité dans les membres et une lenteur dans les mouvements.
« C’est le pilote automatique qui est endommagé, précise le Dr Panisset. Quand on est dans un endroit habituel, dans notre routine, c’est le pilote automatique qui embarque. Alors on a de la difficulté à marcher, à faire des choses avec nos membres. Mais quand on est dans un endroit, dans un contexte où on est capable de court-circuiter le pilote automatique par d’autres structures cérébrales, on a plus de facilité. La danse, c’est une activité qui n’est pas habituelle ni routinière. On ne se promène pas toujours en dansant ou en chantant! »
« Comme dans l’aphasie, la musique permet de synchroniser les mouvements moteurs de la personne à une aide externe, ajoute Peretz. C’est comme une béquille, sauf qu’elle n’est pas physique, elle est auditive. »
Diane Patenaude apprécie les bienfaits de la danse, tant sur le plan physique que sur celui de l'humeur. « C’est thérapeutique, c’est sûr, dit-elle. C’est bon sur tous les plans. C’est bon pour le moral. C’est bon pour la rencontre. C’est bon pour se dépasser. On fait des choses qu’on ne fait pas normalement. Au quotidien, ça m’apporte beaucoup d’énergie. »

La musicothérapie - l’écoute, le chant, la danse – pourrait profiter à une grande variété de personnes atteintes de différentes maladies neurologiques : Chorée de Huntingdon, dystonie, maladie d’Alzheimer et démence… La preuve de son efficacité n’est pas encore faite, mais, en l’absence de tout effet secondaire, il n’y a aucun risque à tenter l’expérience…
« Comme je le dis souvent, souligne Isabelle Peretz. La musique est une caresse auditive, pourquoi s’en priver ? »

Chanter ou écouter de la musique ?

D’après une étude finlandaise effectuée en 2008 (et à laquelle a participé Isabelle Peretz), l’écoute de la musique pourrait avoir des effets bénéfiques supérieurs à ceux des livres audio et même de la rééducation orthophonique chez les personnes aphasiques.
Les chercheurs ont séparé un groupe de 60 patients en trois sous-groupes et les ont assignés à l’une ou l’autre de ces activités. Trois mois plus tard, ils ont constaté que le groupe qui avait écouté de la musique éprouvait moins de troubles de mémoire et d’attention que les autres groupes. Ils présentaient également moins de symptômes de dépression.
Des études plus importantes sont évidemment nécessaires avant de tirer des conclusions définitives. Mais, ce qu’on sait, c’est que les personnes qui ont subi un accident vasculaire cérébral ont tout avantage à être stimulées le plus tôt possible après l’événement. Et la musique fait certainement partie de cette approche.

Sources : Särkämö T, et al "Music listening enhances cognitive recovery and mood after middle cerebral artery stroke, Brain 2008,131:866-876 DOI: 10.1093/brain/awn013
Revue Brain, http://brain.oxfordjournals.org/
Références de l'étude : http://brain.oxfordjournals.org/cgi/search?fulltext=music

Ressources

Association québécoise des personnes aphasiques : http://www.aphasie.qc.ca/

Société Parkinson du Québec : http://www.parkinsonquebec.ca/fr/fr-home.htm