Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Nancy Guberman

Émission du 29 octobre 2009

Avez-vous été sollicité pendant la campagne de levée de fonds pour le cancer du sein? De plus en plus de gens soutiennent la cause, et certains d’entre eux militent pour que davantage de fonds soit investi dans la recherche sur les origines et traitements de la maladie.
Nancy Guberman, une survivante du cancer du sein, est l’une d’entre elle. Elle est également professeure à l’École de travail social de l’UQAM et membre d’Action cancer du sein Montréal. Portrait d’une battante.

« Quand tu as le cancer du sein, tu n’es pas responsable. Que tu sois obèse ou que tu n’aies pas allaité, tu n’es pas responsable de ta maladie! »
C’est avec une conviction intime et profonde que Nancy Guberman aborde le thème de la prévention du cancer, une cause qui lui tient à cœur depuis de nombreuses années. Touchée par cette maladie il y a onze ans et désormais guérie, elle a traversé cette dure épreuve comme le reste de son existence, avec une volonté inébranlable de comprendre et changer les choses.
Rien ne la destinait « statistiquement » à être atteinte par le cancer du sein : elle n’avait aucun antécédent familial, menait une vie dite « saine »… « Je mangeais bien, je faisais de l’exercice, je n’abusais pas de l’alcool, je ne fumais pas, j’avais allaité ma fille… , raconte-t-elle. Pourquoi avais-je quand même un cancer? Pourquoi moi? »

À l’annonce du terrible diagnostic s’est ajouté le sentiment d’être totalement perdue face aux divers traitements expérimentaux qui lui étaient offerts, sans qu’elle ait en main toute l’information nécessaire pour choisir judicieusement. « Pour moi, cette période d’inconnu, de ne pas savoir comment j’allais être traitée, c’était presque la pire période de ma maladie », se rappelle-t-elle. Ne désirant pas être transformée en cobaye et demeurant fidèle à sa nature volontaire, Nancy Guberman s’est engagée dans la bataille contre la maladie sans se soumettre aveuglément aux propositions des spécialistes, allant jusqu’à « magasiner » son oncologue et négocier avec son chirurgien la date de son intervention. Ce qu’elle retient de l’expérience? Il est possible de conserver son pouvoir et sa dignité dans la prise de décisions.
C’est en faisant ses propres recherches que Nancy Guberman a découvert Action cancer du sein Montréal. L’organisme lui a transmis des informations et des outils pour mieux lutter contre la maladie, dont un guide de procédures en soins oncologiques produit par le gouvernement fédéral. Des question ont surgit, ouvrant la porte d’un autre combat, social cette fois. « C’est avec ACSM que j’ai commencé à mener un peu plus loin ma réflexion. Est-ce que ce sont vraiment nos habitudes de vie et notre génétique qui causent le cancer du sein? Ne faudrait-il pas aussi regarder du côté environnemental? »
Dans les années soixante, Nancy Guberman descendait dans la rue pour dénoncer le rôle joué par des entreprises canadiennes dans les atrocités commises contre les populations civiles pendant la guerre au Vietnam. Bien avant d’avoir le cancer du sein, féministe dans l’âme, elle interrogeait l’attitude trop souvent directive et paternaliste du monde médical envers les femmes. D’autres enjeux sociaux, comme la pauvreté, l’ont amenée à une carrière universitaire orientée vers l’action. « Je suis une personne qui aime aller à la source des choses et qui veut que les choses changent; je tiens à faire partie d’un groupe qui mène des batailles sur le fond, la prévention. »

De l’arsenic dans le rouge à lèvres

Nancy Guberman descend encore dans les rues, portant cette fois la pétition de l’ACSM en faveur d’une réglementation canadienne sur les produits cosmétiques. En Europe, plus de 1000 produits potentiellement toxiques sont soumis à un contrôle gouvernemental. Au Canada, on n’en dénombre que 200.
« Chaque jour, nous sommes exposés à des éléments dans l’environnement qui représentent un risque potentiel, comme les gaz d’échappement et les pesticides, mais aussi à d’autres produits, tels que les cosmétiques. On met des cancérigènes sur notre visage, sur nos cheveux », s’insurge Nancy Guberman. Des exemples? Du mercure et de l’arsenic dans certains rouges à lèvre offerts en magasin.
« L’État ne peut pas raisonnablement laisser ces choix de consommation aux individus, qui sont mal informés et préparés. Il doit réglementer ces produits », défend-t-elle. Pour y arriver, une seule solution : la science. C’est lorsque cette dernière a clairement identifié le tabagisme comme une cause du cancer des poumons qu’on a finalement mis en place une réglementation sévère sur la consommation de ces produits. L’ACSM a adopté cette stratégie et milite pour un meilleur financement de la recherche sur les causes environnementales de la maladie.
Pour l’instant, ce sont surtout les compagnies pharmaceutiques qui bénéficient des fonds de recherche. On travaille au développement de nouveaux médicaments, au détriment d’autres types de recherches plus axées sur la prévention.

Nancy Guberman reconnaît, bien sûr, que ces traitements lui ont sauvé la vie, mais elle juge que beaucoup plus d’efforts devraient être faits pour que le recours à ces traitements devienne de moins en moins nécessaire. « J’ai eu de la chimiothérapie, de la radiothérapie, j’ai pris du tamoxifène pendant 5 ans. Ce sont des traitements très, très, très durs, témoigne-t-elle. J’espère que ma fille n’aura jamais à subir ce type de chose et c’est pourquoi je travaille tellement sur la prévention. »

Ressources

Site Action cancer du sein de Montréal : http://www.bcam.qc.ca/siteweb/index1.html