Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Dr Kramer, pédiatre et épidémiologiste

Émission du 5 novembre 2009

Michael Kramer, pédiatre et épidémiologiste, a consacré une partie de sa vie à étudier les effets du lait maternel sur la santé des enfants. Ses recherches ont influencé les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé. Rencontre avec un homme qui a vraiment à cœur le bien-être des bébés et des mamans.

«Tout ce qui concerne la grossesse, l’accouchement et les premiers mois de vie m’intéresse énormément, dit le Dr Kramer. C’est là le début de la vie et le début de la santé; de la bonne santé et de la mauvaise santé».
Le pédiatre s'intéresse à l’allaitement maternel depuis le début de sa carrière, dans les années 1970. À l'époque, le taux d'allaitement était très faible en Amérique du Nord. La grande majorité des mères optaient pour le biberon dès la naissance de l'enfant, sans même essayer de donner le sein. Les médecins étaient alors très peu informés et se contentaient de relayer les connaissances transmises par leurs prédécesseurs. «On ne nous a jamais enseigné comment promouvoir l’allaitement, déplore le Dr Kramer. Quand j'étais résident en pédiatrie, on n’avait reçu aucune formation pour savoir comment aider les mères à allaiter.»
Aujourd'hui, les choses ont bien changé, notamment parce que des chercheurs comme le Dr Kramer ont apporté les preuves scientifiques des bienfaits du lait maternel. Dans l'histoire de cette littérature, un moment marquant : une vaste enquête portant sur quelques 17 000 mères et bébés lancée dans les années 1990 en Biélorussie. Le Dr Kramer a conçu ce projet d'envergure dans le but d'éviter les biais inhérents à presque toutes les recherches épidémiologiques effectuées sur l'allaitement. Quand on compare la santé des bébés de mères ayant allaité et celle des bébés de mères n'ayant pas allaité, on arrive presque systématiquement à démontrer la supériorité des premiers sur les deuxièmes, mais ce n'est pas nécessairement À CAUSE de l'allaitement. En Occident, en général, les mères qui allaitent proviennent de milieux plus favorisés; elles sont plus instruites, donc mieux informées des soins et de l'éducation à donner aux enfants; elles se nourrissent mieux, fument moins, etc. La recherche du Dr Kramer a évité ce biais par la randomisation, qui consiste à attribuer de façon aléatoire les participants dans différents groupes. En clair, il a pu isoler le facteur «allaitement» de tous les autres et ainsi démontrer les bienfaits qui sont réellement attribuables à cette pratique.
«Il y a des effets bénéfiques pour l’enfant qui ont été prouvés par notre étude, explique le Dr Kramer. Par exemple, l’effet protecteur contre les infections gastro-intestinales, dans la première année de vie, et contre l’eczéma. On a aussi confirmé l’avantage sur le développement cognitif, c’est à dire le Q.I de l’enfant à l’âge de 6 ans et demi.»
Le lait maternel rendrait donc... plus intelligent? «On ne sait pas si c’est le lait ou le contact entre la mère et l'enfant, mais c’est quelque chose dans l’allaitement. Soit dans le lait, soit dans le contact émotif, soit dans le contact physique, soit dans le contact verbal. Tout ce qu’on sait, c’est qu’en encourageant l’allaitement, on produit des enfants plus intelligents.»
À l'inverse, cette étude n'a pas démontré d'effet protecteur de l'allaitement contre les allergies et l’asthme, la carie dentaire, ou encore le comportement de l’enfant, des thèmes de prédilection de nombreuses études «biaisées» sur l'allaitement. Quant aux facteurs de risque du diabète de type 2 et aux maladies cardiovasculaires, on en saura plus dans un an ou deux. On continue de suivre cette même cohorte d'enfants, aujourd'hui âgés de 11-12 ans.
Le Dr Kramer se réjouit des avancées scientifiques en matière d'allaitement; elles ont permis de revaloriser ce lien mère-enfant auprès des professionnels de la santé. Mais le pédiatre, comme bien d'autres, s'inquiète de la surmédicalisation de la grossesse et de l'accouchement. On provoque de plus en plus souvent les accouchements, le taux de césarienne atteint des records et le nombre de prématurés ne cesse d'augmenter... La science peut-elle jouer un rôle de chien de garde? «Ce qui me rend un peu optimiste, c’est qu'on se base beaucoup plus sur l'évidence scientifique en obstétrique, en pédiatrie, en néonatologie, concède le Dr Kramer. Il y a 20 ou 30 ans, c’était 'les avis des experts'. Maintenant, on essaie de pratiquer la médecine sur une base scientifique, ça me rend plus optimiste. Il y a des corrections à faire, mais je pense qu’on est sur le bon chemin.»