Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

La douleur chez les enfants

Émission du 19 novembre 2009

On a longtemps pensé que les enfants n’étaient pas aussi sensibles à la douleur que les adultes. Jusqu’à la fin des années 1980, on a pratiqué des chirurgies chez les prématurés sans leur donner ni antidouleurs ni analgésiques. On prescrivait de simples relaxants musculaires.
La science a aujourd’hui démontré que les enfants souffrent autant que les adultes. Et qu’il est primordial de les soulager…

Alexandra se repose sur son lit d’hôpital, après avoir subi une importante chirurgie à la colonne vertébrale à l’Hôpital de Montréal pour enfants. «Comment va ton dos? », lui demande Julie Brouillard, infirmière clinicienne. «Ça fait encore mal», confirme la petite. «Veux-tu me montrer combien ?», renchérit l’infirmière en lui tendant un carton illustré d’une série de visages qui expriment différents degrés d’inconfort, un outil servant à évaluer l’intensité de la douleur chez l’enfant. Alexandra pointe un visage évoquant un léger malaise : la douleur est faible, tolérable. La médication sera ajustée en conséquence.

Alexandra Robitaille Marottte est née avec une malformation congénitale, une forme de spina bifida, qui cause, notamment, une inversion de la courbe naturelle de la colonne vertébrale. L’objectif de la chirurgie était de redresser la colonne, en y insérant une série de vis et de tiges de métal. Afin de soulager les douleurs post-opératoires, Alexandra a été branchée à une pompe délivrant de la morphine; elle l’actionne elle-même en cas de besoin. Cette technologie est parfaitement sécuritaire; l’appareil est programmé pour délivrer une dose horaire maximale. Une enfant qui s’auto-injecte de la morphine?
«Il y a beaucoup d’idées préconçues autour de la morphine, souligne Chantal Frigon, anesthésiologiste à l’Hôpital de Montréal pour enfants. On pense que ça peut créer une dépendance si on doit prendre de fortes doses. C’est faux. Le risque de dépendance chez un patient qui en prend pour des raisons médicales, pour soulager la douleur, n’est pas plus élevé que celui de la population en général.»
Bien entendu, chez les enfants, le suivi doit être plus rigoureux : les doses doivent être calculées avec une grande précision, en fonction du poids de l’enfant, et l’évolution de son état doit être surveillé de très près.

Alexandra bénéficie des avancées de la science. Il n’y a pas si longtemps, on avait tendance à minimiser les effets de la douleur chez les enfants. Des études effectuées sur des prématurés ont clairement démontré l’inverse. «Donner des médicaments antidouleurs de la même famille que la morphine diminuait la réponse de stress des bébés prématurés lors d’une chirurgie, mais aussi le risque de complications, explique la spécialiste. Et ça augmentait leur survie par rapport aux prématurés qui n’avaient pas reçu ce médicament pendant l’intervention.»
Annie Marotte, la mère d’Alexandra, ne doute pas un instant de la nécessité de soulager la douleur de sa fille. «Elle devient triste. On voit la petite eau monter dans ses yeux, elle se met à pleurer, raconte-t-elle. Peu importe l’endroit qui fait mal, on ne pourra jamais être immunisé. En tant que mère, c’est impossible !»

Vivre avec une douleur chronique

La chirurgie subie par la petite Alexandra entraîne des douleurs aiguës, mais heureusement limitées dans le temps. Il en va autrement pour les enfants qui souffrent d’arthrite juvénile, une maladie chronique qui se manifeste par de l’inflammation et des douleurs aux articulations.
On ne connaît pas les causes exactes de cette maladie, mais on sait qu’il s’agit d’une déficience du système immunitaire. L’arthrite juvénile est une maladie incurable, mais la médication peut aider à contrôler les symptômes, dont la douleur. Ce qui n’est pas qu’une simple question de confort, insiste Sarah Campillo, pédiatre et rhumatologue à l’Hôpital de Montréal pour enfants. «Les enfants qui ont eu une douleur chronique pendant un certain moment, une douleur qui n’a pas été diagnostiquée, ni traitée, risquent de développer, à long terme, une amplification de la douleur, un seuil de douleur plus bas que les autres enfants.»
Vivre avec une maladie chronique. Endurer la douleur au quotidien affecte le développement des enfants, non seulement sur le plan physique, mais également sur le plan psychosocial.
Carolane Lévesque, adolescente atteinte d’arthrite, décrit sa grande frustration de ne «pas pouvoir faire ce que tout le monde fait». L’effort physique la fatigue énormément; grimper un simple escalier peut parfois relever de l’épreuve de force. «Je peux en brailler de rage», admet-elle. Ne pas pouvoir faire comme les autres… isole, justement, des autres. Parfois même avec cruauté. Carolane se rappelle des rires des enfants de sa classe; elle était devenue « grassouillette », un effet secondaire de la cortisone (anti inflammatoire).

Les enfants atteints d’arthrite juvénile doivent souvent prendre beaucoup de médicaments, des anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Yannick Bouchard est particulièrement atteint par la maladie; il doit se déplacer en chaise roulante pour les plus grandes distances et consomme quelque 70 comprimés par semaine… Effets secondaires potentiels de ces médicaments? Nausées, maux d’estomac, migraines, parfois un ulcère… Mais d’après les médecins, les bénéfices sont de loin supérieurs aux risques associés. Ergothérapie, physiothérapie, massothérapie peuvent aussi venir en aide à ces enfants et adolescents… que les épreuves ont peut-être fait grandir un peu trop vite?
«Il faut énormément de maturité pour accepter le fait d’avoir une maladie chronique, pense la Dr Campillo. Je crois que ces jeunes deviennent matures plus tôt sur plusieurs aspects de la vie.»

Au Canada, l'arthrite juvénile touche un enfant de moins de 16 ans sur 1 000

Source : Société de l’arthrite

Avez-vous peur des narcotiques ?

Les enfants qui souffrent d’arthrite juvénile prennent beaucoup de médicaments, mais il ne s’agit pas de narcotiques. L’arthrite juvénile est une maladie inflammatoire et se traite donc… avec des anti-inflammatoires.
Les narcotiques – des dérivés de l’opium comme la codéine et la morphine, ou encore des narcotiques synthétiques comme l’hydromorphone, le Dilodil ou le Percocet – sont généralement utilisés pour des douleurs aiguës, par exemple en soins postopératoires ou lors d’un accident, comme une fracture.
Ce sont des substances qui inquiètent bien des gens, qui les associent aux drogues dures, comme l’héroïne. Cette crainte est presque… historique. À la source, on trouve un article du Surgeon General américain paru dans le Journal of the American Medical Association… dans les années 1940 ! L’article décrivait les résultats d’une étude qui établissait un lien entre la prise d’anti-douleurs à la suite d’une opération et le risque de développer une toxicomanie.
L’étude présentait d’importantes failles méthodologiques et, surtout, avait été effectuée auprès d’une population de 1 000 hommes dits «à risque». Beaucoup de ces hommes étaient en prison ou présentaient des problèmes psychologiques.
Jusqu’à maintenant, aucune étude n’a démontré que la prise de narcotiques administrés à la suite d’une opération pouvait entraîner une dépendance.

Ressources

La Société de l’arthrite organise des camps pour enfants et prend les demandes des parents

http://www.arthrite.ca/arthritis home/default.asp?s=1