Une pilule une petite granule

Émission disponible en haute définition

Diffusion terminée

Diffusion :
Diffusion terminée
Durée :
60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Annie Girard, greffée du coeur et marathonienne

Émission du 19 novembre 2009

Annie Girard est une jeune femme de 36 ans à qui les médecins avaient donné quelques années à vivre. À moins d’une transplantation cardiaque. Elle a reçu son nouveau cœur il y a deux ans et, aujourd’hui, elle court le marathon ! Histoire d’une survivante qui a le cœur à la bonne place !

«Courir, c’était un vieux rêve, raconte Annie Girard. Au secondaire, quand on courait pour s’échauffer, je n’étais pas capable; tout le monde riait de moi! Alors je me suis dit, ‘Avec ce nouveau cœur-là, je vais pouvoir courir !»
Annie Girard a terminé un parcours de 10 kilomètres lors du Marathon des Deux Rives. Elle s’entraîne maintenant pour le demi-marathon, soit le double en kilomètres. Inévitable question : pour une greffée du cœur, n’est-ce pas un peu… risqué?

«Les greffés doivent recouvrer une capacité d’effort; leur survie en dépend », rappelle le Dr Bernard Cantin, cardiologue à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Évidemment, ce ne sont pas tous les greffés du cœur qui courront le marathon au terme de leur remise en forme. Annie Girard a la «jeunesse» de son côté, seul avantage, peut être, à une vie hypothéquée dès le départ.
La cardiomyopathie hypertrophique est une maladie héréditaire rare, une malformation congénitale du muscle cardiaque. Les parois du cœur sont plus épaisses, plus rigides, ce qui empêche le muscle de se remplir convenablement de sang. Les effets? «Les mêmes que les gens qui ont eu un infarctus qui a grugé une partie de leur cœur, explique le Dr Cantin. Les patients sont essoufflés et n’ont plus de capacité à l’effort.»
C’est ce que ressentait Annie, sans comprendre pourquoi, pendant les cours d’éducation physique et les récréations à la petite école… «À 10 ans, tu ne penses pas que tu peux avoir un problème au cœur. Alors je n’en parlais pas, je pensais juste que je n’étais pas bonne en sport !»
La maladie a été diagnostiquée par hasard, lors d’un examen de routine, à l’âge de 18 ans. Les problèmes ont commencé peu de temps après : hospitalisation, médication puis, à 24 ans, opération à cœur ouvert. Mais rien n’y fait : huit ans plus tard, la greffe s’impose comme unique solution. «Ça été un coup de poing en pleine face, confie Annie. Même si j’étais malade, d’une certaine façon, pour moi, c’était fini la maladie. J’allais simplement vivre avec ça le restant de mes jours.»
«Le cheminement a été difficile, poursuit-elle. Je ne comprenais pas pourquoi ça m’arrivait; j’étais fâchée. J’avais tout fait pour être en forme. Je n’ai jamais fumé, je ne buvais pas, je m’entraînais, je mangeais bien. J’avais beaucoup de colère. Mais j’ai fini par accepter; je me suis dit que ça allait être pour le mieux.»

Courir pour la première fois

À la suite de la chirurgie, Annie souffre de dépression. Elle doit prendre beaucoup de médicaments et doit demeurer isolée pour éviter tout risque d’infection. Elle prend beaucoup de poids, au point de ressentir de la gêne quand elle retourne au gym pour se refaire une santé… et tester son nouveau cœur. «Si j’avais pu rentrer dans le plancher, je l’aurais fait ! Je ne voulais pas que personne me regarde ! Mais six mois plus tard, quand j’ai couru ma première minute… Je n’aurais pas pu faire ça avant, même pas courir une minute; je n’étais pas capable de courir du tout. C’était un sentiment de liberté, beaucoup de joie. J’avais l’impression que tout était possible à ce moment-là. À chaque minute qui se rajoutait, c’était merveilleux. Je n’avais plus besoin de me concentrer à survivre.»
Annie Girard ne ressent plus l’injustice de son état; elle jouit maintenant d’un bien-être physique et mental sans équivalent avec sa vie d’autrefois. « Ce n’est pas arrivé pour rien, croit-elle. Au début je me disais : ‘Pourquoi ça m’arrive à moi tout ça…. Je ne mérite pas ça’. Il n’y a pas une raison pour l’AVANT, mais il y a une raison pour l’APRÈS. Si j’ai une troisième chance dans la vie – ce n’est pas beaucoup de gens qui ont ça ! -, j’ai décidé que ça devait servir à quelque chose. Si je suis encore là, c’est pour faire quelque chose de bien.»

L’espérance de vie d’une jeune greffée du cœur est d’environ 20 à 25 ans. Une autre bataille se prépare pour Annie. Mais d’ici là, la médecine aura évolué; d’autres traitements seront disponibles. Si des fonds suffisants sont alloués à la recherche. Alors Annie court, pour elle comme pour les autres.

Environ 50 personnes ont reçu une greffe du cœur au Québec en 2008.

Ressources

Fondation des maladies du cœur du Québec
http://www.fmcoeur.qc.ca/site/c.kpIQKVOxFoG/b.3669779/k.BC38/Accueil.htm

Institut de cardiologie de Montréal
www.fondationicm.org

Institut de cardiologie de Québec
http://www.icquebec.org/en/index.php