Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Les fractures chez les personnes âgées

Émission du 26 novembre 2009

Les personnes âgées craignent beaucoup les chutes, et elles ont bien raison ! Pour elles, tomber est souvent synonyme de fractures, ce qui peut entraîner une longue période d’invalidité et de réadaptation.
Avec le vieillissement de la population, les fractures sont en voie de devenir un problème de santé public majeur. Et on prévoit que le nombre de lits occupés par ces cas risque d’exploser dans les prochaines années. D’où l’importance de la prévention.

«C’est un accident stupide !, raconte Pauline Morier. J’ai voulu répondre au téléphone en sortant du bain et, ayant les pieds mouillés, j’ai glissé sur le plancher et j’ai fracturé mon fémur. Crounch !». Madame Morier n’a pas mis les pieds chez elle depuis trois mois; elle a d’abord été traitée à l’hôpital avant d’être transférée dans un centre de rééducation.
Son histoire n’est pas très différente de celle de bien d’autres personnes âgées, une clientèle à fort risque de chute, et de fractures.

«Les personnes âgées font moins d’exercice, et travaillent donc moins leur équilibre et la force de leurs membres inférieurs, explique Sophie Laforest, professeure de kinésiologie à l’Université de Montréal. Elles ont parfois des problèmes de vision et de proprioception; elles ont une moins bonne perception d’elles-mêmes dans l’espace. Ce sont tous des facteurs qui, combinés, augmentent les risques de chute.»
La médication peut aussi être un facteur de risque, particulièrement la prise de psychotropes, qui peuvent avoir un impact sur l’équilibre. Et comme les personnes âgées prennent beaucoup de médicaments; il s’avère particulièrement important de les informer des effets secondaires qui peuvent y être associés.
Évidemment, des conditions de santé bien précises peuvent augmenter le risque de chutes et de fractures. Au banc des accusés : l’ostéoporose. La déminéralisation des os les fragilise, et les rend donc moins résistants au choc. Une maladie qui affecte plus fréquemment et plus sévèrement les femmes.
«Plus de 50 % des femmes âgées de 65 ans auront atteint un niveau d’ostéoporose faisant en sorte qu’une chute peut provoquer une fracture, précise le Dr Alain Roy, chirurgien-orthopédiste. À 80 ans, c’est pratiquement 100 % des femmes; elles auront un niveau de minéralisation de l’os si faible que le moindre traumatisme peut entraîner une fracture.»
Le traitement des fractures chez les personnes âgées est le même que chez les patients plus jeunes, mais les risques de complications secondaires sont beaucoup plus élevés. Comme la qualité de la structure osseuse est moindre, les implants – plaques de métal, vis, etc. – se fixent moins bien et risquent de se détacher, ce qui, le cas échéant, nécessitera une deuxième intervention. D’autre part, les personnes âgées souffrent bien souvent de différentes maladies, cardiaques, pulmonaires, rénales, etc. Leur état de santé est déjà plus précaire, ce qui affecte leur capacité de récupération. Perdre sa mobilité s’accompagne aussi d’une perte de confiance en soi, laquelle peut sérieusement miner l’autonomie de la personne.

«Le sentiment de dépendance, c’est le pire sentiment qu’une personne active peut avoir, pense Pauline Morier. Cette fracture-là a ébranlé ma confiance. Je fais très attention en hiver; quand c’est glissant, j’ai des crampons, je sors avec ma canne avec des pics et je ne prends pas de chance. Et là, je me dis : c’est chez moi, où je pense que c’est sécuritaire, que c’est arrivé !»
Nathalie Houle, l’ergothérapeute qui a accompagné Mme Morier dans sa rééducation, croit que sa patiente a en main tous les outils nécessaires pour réintégrer son quotidien. «Madame est beaucoup plus consciente des risques de fracture; elle applique vraiment bien tous les principes pour prévenir les chutes, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du domicile. Son cas est très encourageant.»
En ergothérapie, on mesure l’«impact fonctionnel» de la fracture, l’impact sur la capacité d’une personne à accomplir ses activités quotidiennes : se lever du lit, prendre une douche, s’habiller, prendre son déjeuner, faire le ménage, cuisiner, conduire, utiliser le transport en commun, etc. Bref, on évalue le niveau d’autonomie du patient et on lui offre des traitements et des services adaptés à son cas, et favorisant le plus possible cette autonomie.

Intervenir rapidement

Les trottoirs glacés sont souvent responsables des chutes accidentelles… mais pas autant qu’on pourrait le penser. En effet, 80 % des chutes surviennent à domicile !
Chez les personnes âgées, la fracture de la hanche est particulièrement fréquente et redoutée parce qu’elle entraîne souvent des complications et une longue réadaptation.
«Je suis tombée à côté de mon lit, raconte Huguette Dumouchel. Je me suis ‘enfargée’ dans un tapis. Il me restait deux pas à faire pour monter dans mon lit, mais le tapis était là et je ne l’ai pas vu. Les pieds m’ont parti, je me suis écrasée sur ma jambe.»
Huguette Dumouchel a été opérée pour une fracture de la hanche. Deux interventions, la deuxième dès le lendemain de la première, ont été nécessaires pour arriver à fixer les implants. L’état de santé déjà précaire de bien des personnes âgées risque de s’aggraver si on n’opère pas rapidement, ce qu’on pratique généralement dans un délai de 24 à 48 heures. La même logique s’applique à la rééducation. «Si ces gens-là sont immobilisés longtemps et ne sont pas capables de reprendre la marche, le risque de mortalité dans la première année est très important, de l’ordre de 25 % », souligne le Dr Roy.
Le patient doit donc redevenir actif le plus rapidement possible après l’opération. L’objectif ? Retrouver la plus grande mobilité possible, bien sûr. Mais aussi prévenir le risque de rechute, notamment par la pratique de différents exercices.
Le programme PIED – programme intégré d'équilibre dynamique – s’adresse aux personnes âgées autonomes qui vivent dans la communauté. Par le biais de différents exercices, on cherche à renforcer la masse musculaire des membres inférieurs, ce qui aidera à empêcher une chute en cas de déséquilibre. On travaille également sur l’équilibre, la perception de l’espace environnant. On stimule différents organes, comme la plante des pieds, pour augmenter les sensations. Et nul besoin d’attendre la fracture pour s’y mettre !, pense Sophie Laforest. «Au quotidien, tout le monde peut se tenir une minute debout sur une jambe, par exemple en se brossant les dents. Ou faire le tandem – poser les pieds l’un devant l’autre – en écoutant les nouvelles du soir. Pas besoin d’attendre d’avoir des gros problèmes d’équilibre !»

Vingt-huit mille Canadiens sont victimes d’une fracture de la hanche chaque année.

Source : Institut canadien d’information sur la santé (ICIS)

Ressources

Le programme PIED est offert dans tout le Québec. Les gens intéressés doivent contacter leur CLSC ou leur CSSS pour savoir à quel endroit le programme est offert près de chez eux.

http://www.santepub-mtl.qc.ca/programmechute/listeagence.html