Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le carnet des animateurs

L'euthanasie

Émission du 26 novembre 2009

On parle beaucoup d’euthanasie en ce moment au Québec, mais ce n’est pas la première fois ! Le débat occupe les esprits depuis de nombreuses années : déjà, en 1990, on avait effectué un sondage sur ce sujet auprès de la population du Québec. Environ 80 % des personnes sondées s’étaient alors dites en faveur d’une forme ou une autre d’euthanasie.

La question est aussi débattue ailleurs au Canada, en Europe, en Asie, et même dans certains États américains. Au Québec, les médecins prennent maintenant position publiquement. Deux fédérations, celle des médecins spécialistes et celle des médecins omnipraticiens, se sont prononcées sur le sujet. Le Collège des médecins travaille également à l’élaboration d’une position officielle quant à l’encadrement légal des soins de fin de vie. Environ 75 % des médecins seraient favorables à l’euthanasie.

Il est important de préciser que le débat actuel porte sur l’euthanasie, et non sur le suicide assisté. Quelle est la différence ? L’euthanasie se définit comme un geste médical, posé dans un contexte de soins à un patient qui est en fin de vie. Le suicide assisté est plutôt le fait d’un individu qui prend lui-même la décision de mettre fin à ses jours, seul ou entouré de ses proches, par exemple à l’aide d’un médicament prescrit par un médecin. Bref, le médecin n’intervient pas directement.

L’euthanasie a été légalisée dans certains pays européens. Tôt ou tard, on devra trancher ici aussi. Les avancées de la médecine permettent de garder en vie des personnes aux prises avec des conditions de plus en plus complexes. Par exemple, des cancéreux en phase terminale peuvent maintenant survivre, et souffrir, très longtemps alors que la maladie les aurait emportés rapidement autrefois.

Dans la réalité, on a pourtant l’impression qu’on pratique déjà certaines formes d’euthanasie, comme débrancher un patient plongé dans un coma irréversible. Est-ce légal ? Le code criminel est très précis. Un article de loi définit clairement ce qui constitue un homicide et qui peut en être accusé, c’est-à-dire «quiconque qui, directement ou indirectement, par quelque moyen que ce soit, cause la mort d’un être humain». Un autre article de loi spécifie que «nul n’a le droit de consentir à ce que la mort soit infligée». Autrement dit, même si le patient donne son accord, le médecin qui pose un geste de fin de vie pourrait, en théorie, être accusé de meurtre. Cette loi, combinée aux pressions du malade, des proches et de la famille, rend la tâche du médecin extrêmement complexe, un professionnel de la santé qui, par définition, a été formé pour sauver des vies et non pour y mettre fin.

D’où l’importance de poser des balises ! Le Collège des médecins souhaite d’ailleurs que la loi soit modifiée pour que la cessation des soins soit plutôt reconnue comme un geste de compassion, à l’instar de ce que défend le Dr Marcel Boisvert, un pionnier en soins palliatifs. Plutôt que de parler d’euthanasie, le Dr Boisvert propose de se questionner sur la réalité des personnes mourantes et sur les circonstances qui permettraient d’abréger leurs souffrances, avec leur accord ou celui des proches, lorsqu’elles demeureront inconscientes.

Chose certaine, on constate une ouverture de la population sur cette question. Un sondage récent révèle que 83 % des Québécois sont favorables à l’euthanasie, ce qui confirme les résultats du sondage effectué il y a vingt ans.