Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

La santé mentale des adolescents

Émission du 7 janvier 2010

Tous les adolescents prennent des risques… et il n’y a rien de plus normal. Adolescence rime avec sexualité non protégée, imprudences au volant ou pratique de sports extrêmes.
Les comportements à risque liés à l’alcool et aux drogues inquiètent tout particulièrement les parents. Aujourd’hui, c’est à 12 ans, en moyenne, qu’on vit une première expérience avec ces substances. La plupart des adolescents continueront d’en consommer par la suite, mais seule une minorité développera une dépendance. Comment savoir si ce comportement est le signe d’un malaise plus profond ou pas ?

«Crise d’adolescence ou adolescents en crise ?, interroge Patricia Garel, psychiatre au CHU Sainte-Justine. La crise a une connotation temporaire tout comme l’adolescence est une période de passage entre l’enfance et l’âge adulte. C’est une période critique parce qu’elle va permettre de démasquer certaines fragilités latentes chez l’enfant. Ce qu’il faut retenir de cette période de crise, c’est le potentiel comme le danger.»

Julien Lévesque, aujourd’hui étudiant au cégep, en sait quelque chose. Il revient d’une balade en enfer, marquée par la surconsommation d’alcool. Au début, comme tout le monde, il boit pour faire la fête. Puis, il s’enfile 6 à 8 bières, voire une caisse au complet, et termine les verres des copains... Au pire de sa toxicomanie, en une heure, Julien pouvait descendre jusqu’aux deux tiers d’un vingt-six onces.
«Au début de mon secondaire 5, je suis parti de chez ma mère pour aller vivre chez mon oncle et ma tante. Je ne voulais pas que ça vire au drame avec ma mère à cause de ma consommation. Ils m’ont vu évoluer; mon oncle a déjà été alcoolique et il ne touche plus à aucun alcool. Ils essayaient, tant bien que mal, de m’avertir que ça allait finir par me frapper.»
Julien brûle la chandelle par les deux bouts. À l’école, il poursuit un programme d’études internationales. Il est studieux, motivé par la réussite, jusqu’à que ce qu’il craque. Au bout du rouleau, Julien accepte de s’aider et rencontre Étienne Gaudet, psychoéducateur au centre Le tremplin de Repentigny.

«Julien s’est présenté en catastrophe, raconte l’intervenant. Il était un peu désorganisé au niveau de la pensée; il avait des symptômes dépressifs, des idées noires : ça n’allait pas. Il était magané, notre ami Julien. Il était disponible pour recevoir de l’aide et il nous attendait les bras ouverts.»
En discutant avec Étienne, Julien a compris que son problème d’alcool cachait une grande détresse. Il a dû y faire face, apprendre à gérer son anxiété autrement. Aujourd’hui, il étudie en audio-visuel au Cégep du Vieux-Montréal. «J’ai des buts; j’ai le moral qui va beaucoup mieux, confie-t-il. Je me sers de la musique pour m’envoler à la place d’une dépendance ou de l’abus de quelque chose. C’est ce qui me permet de m’échapper quand j’ai un petit moment qui est dur.»

Même si la majorité des adolescents tenteront l’expérience de l’alcool, peu d’entre eux développeront par la suite une toxicomanie. On estime qu’environ 5 à 7 % des jeunes, soit le même taux que dans la population en général, auront un problème de consommation.
«Quand on parle d’un problème de consommation, c’est lorsque qu’elle devient centrale dans la vie du jeune, explique Étienne Gaudet. Quand il en a besoin pour s’adapter à sa réalité. Pour sortir, pour rencontrer des gens, pour gérer son stress, son anxiété, son mal de vivre. Quand plusieurs secteurs de la vie du jeune sont touchés par sa consommation.»
«La grande question, c’est : ‘Est-ce que, derrière ce comportement, se profile le début d’une pathologie ?’, résume Patricia Garel. Est-ce le début d’une situation grave et souffrante pour l’adolescent qu’il faut explorer, comprendre, adresser, et traiter ?»

Le rôle des parents ? Apprendre à distinguer l’exploration «normale» d’un symptôme de détresse. En commençant par mettre cartes sur table avec son ado, non pas en lui faisant de beaux discours, mais en lui confiant nos propres valeurs et comportements par rapport à l’alcool et aux drogues.
«L’alcool existait chez les Babyloniens il y a 2000 ans avant Jésus-Christ, rappelle Étienne Gaudet. Il fait partie de nos vies. Est-ce qu’on doit apprendre à vivre avec l’alcool ? À transiger avec ses effets? Est-ce qu’on doit apprendre à nos enfants à boire, à être responsable de leur consommation ? Je suis persuadé que oui.»

La dépression n’est pas une déprime

Latentes pendant l’enfance, les fragilités de certains se révéleront à l’adolescence. Des symptômes de troubles de santé mentale qu’il ne faut pas confondre avec les simples remous de la crise d’adolescence... Entre 5 et 10 % des jeunes souffriront de dépression au cours de ce délicat passage à l’âge adulte.
«Quand je suis arrivée au secondaire, il y a eu de gros changements dans ma vie, raconte Maude Lalague. Je suis déménagée sur la Rive-Sud; j’ai dû quitter tous mes amis. Il a fallu que je recommence à zéro; j’avais de la difficulté à m’intégrer. J’ai découvert que j’avais une orientation sexuelle différente des autres. C’est difficile de s’affirmer quand on ne comprend pas nécessairement ce qui nous arrive. On a l’impression qu’il n’y a personne autour pour nous aider.»

Maude s’isole de plus en plus et sombre tranquillement dans la dépression. Elle éprouve une angoisse grandissante, s’adonne à l’automutilation pour soulager sa détresse, mais demeure convaincue qu’elle n’a pas besoin d’aide. Jusqu’à ce qu’elle ne soit plus capable de fonctionner. Finalement, Maude accepte que sa mère l’amène à l’hôpital. «Consulter, pour des parents, c’est difficile aussi, souligne Patricia Garel. Il y un sentiment d’échec; qu’on a mal fait ce travail de parent; que si notre adolescent va mal, c’est de notre faute. Mais la pathologie psychiatrique existe. Malgré la bonne volonté de tout le monde, faire ce qu’on peut ne suffit pas, il faut prendre de l’aide extérieure.»

Le traitement de la dépression clinique combine le plus souvent une aide psychologique à une médication, des antidépresseurs. Chez l’adolescent, trouver le bon médicament – et le bon dosage – est plus complexe que chez l’adulte. Maude a vu son état empirer avec la première médication prescrite; elle avait encore plus d’idées suicidaires qu’avant. Puis, elle a été prise en charge par le docteur Jean-Jacques Breton, pédopsychiatre à l’Hôpital Rivière-des-prairies. Il a trouvé le traitement adéquat et a effectué un suivi thérapeutique à long terme.
«Maude est une adolescente qui avait beaucoup souffert et qui cherchait vraiment à trouver des solutions à ses difficultés, raconte le médecin. Elle a très bien collaboré et elle a évolué. Sur une période d’un an et demi, il y a eu beaucoup, beaucoup de travail.»
«J’ai appris à contrôler mon anxiété, à reconnaître mes symptômes de crise d’angoisse, explique Maude. À relaxer, respirer, me calmer. En ce moment je suis encore sous médication. Je ne considère pas que je suis guérie. C’est une maladie que tu traînes avec toi toute ta vie. Mais ça va mieux, ce n’est pas comparable, vraiment pas comparable !»

Des statistiques… rassurantes ?

La consommation de drogue et d’alcool diminue depuis 10 ans dans les écoles secondaires du Québec, d’après une enquête publiée en novembre dernier.
Autour de 60 % des jeunes boiraient de l’alcool, mais la surconsommation n’affecterait que 6 à 12 % d’entre eux. Au nombre des comportements à risque : le «binge drinking», communément appelé chez les personnes d’une autre génération «concours de calage».
Boire une très grande quantité d’alcool en très peu de temps peut entraîner des conséquences extrêmement graves pour la santé : convulsions, coma, et même la mort!
Qu’on se le dise : on peut faire une overdose d’alcool.
Environ 30 % des jeunes consommeraient du cannabis, surtout de façon occasionnelle. L’ecstasy, le cristal meth et les amphétamines sont encore présents, bien que de façon marginale. Ce sont des drogues dangereuses, qui peuvent provoquer de l’arythmie et d’autres problèmes cardiaques.
Ce sont aussi des produits chimiques, fabriqués dans des conditions douteuses, à partir d’ingrédients toxiques comme l’ammoniaque et certains solvants. Et elles sont bien souvent coupées avec des substances obscures, dont le PCP, un calmant utilisé en médecine vétérinaire…

Source :

http://www.stat.gouv.qc.ca/publications/sante/pdf2009/Tabac_alcool2008c4.pdf
http://www.ias.org.uk/resources/factsheets/binge_drinkingmed.pdf

Comment savoir si notre enfant traverse une crise d’adolescence «normale» ou s’il souffre de dépression ?

À la Fondation des maladies mentales, on cite le fameux DSM4, la bible des diagnostics pour les professionnels de la santé. Les critères de diagnostic de la dépression sont les mêmes chez les adolescents que chez les adultes. Cependant, les symptômes peuvent se manifester différemment.
En général, l’adulte dépressif ressent une perte d’intérêt pour ses activités quotidiennes et une certaine forme d’anesthésie émotive. Chez l’adolescent, c’est souvent l’inverse qui se produit : agitation et irritabilité prennent beaucoup de place.
Les brusques changements d’humeur, dans un sens comme dans l’autre, sont aussi un signe que quelque chose ne tourne pas rond. Évidemment, la consommation de drogues et d’alcool, ainsi qu’un comportement agressif, sont à surveiller. Mot-clé : changement inexpliqué.

Ressources

Centre Le tremplin
Centre de désintoxication et de réadaptation en toxicomanie
Pour adultes et adolescents
(450) 657-0071
661 rue Notre Dame
Repentigny

Association des centres de réadaptation en dépendance du Québec
http://www.acrdq.qc.ca/listemembre.php?m=2

Tel-jeunes
service d’intervention par téléphone ou par Internet pour les jeunes
Montréal : (514) 288-2266; Extérieur : 1 800 263-2266
www.tel-jeunes.com

Jeunesse, J'écoute
service gratuit et confidentiel. Chaque jour, les intervenants professionnels de Jeunesse, J'écoute répondent aux appels et aux messages électroniques de jeunes partout au pays.
Montréal : (514) 273-7007; Extérieur : 1 800 668-6868
www.jeunesse.sympatico.ca

Revivre
Le programme Jeunesse de REVIVRE est un ensemble de services axés sur le soutien destiné aux adolescents et jeunes adultes âgés entre 14 et 25 ans souffrant de dépression, de maniaco-dépression ou de troubles anxieux.
Les services offerts sont nombreux : écoute téléphonique, groupes d'entraide, relation d'aide individuelle ainsi que documentation sous forme de dépliants («Les jeunes et les troubles dépressifs», «Les jeunes et les troubles bipolaires»), livres et vidéocassettes.
Montréal : (514) 738-4873; Extérieur : 1 866 738-4873
www.revivre.org
Ligne d’écoute du programme Jeunesse : (514) 529-3081, poste 3
Courriel : programmejeunesse@revivre.org

Livre :

Étienne Gaudet, Drogues et adolescence, Réponse aux questions des parents, Éditions Sainte-Justine, 2009