Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Le don d'organes

Émission du 25 novembre 2005

Il y a annuellement près de 900 receveurs en attente d'un organe au Québec. Et chaque année, 50 % de ces personnes décèdent sans avoir pu trouver d'organe. Pourtant, un seul donneur peut sauver plusieurs vies puisqu'on peut prélever plusieurs organes dont le coeur, les poumons, les reins, le foie, le pancréas et les intestins.

Dans un sondage Léger & Léger mené en 2004, plus de 80 % des Québécois interrogés déclaraient vouloir faire don de leurs organes après leur décès. Pourtant, de tous ceux qui signent leur carte d'assurance-maladie pour donner leur consentement, seulement 2 % deviendront des donneurs. Les raisons en sont multiples. La plus importante est sans aucun doute la cause du décès. Peu de gens meurent de mort cérébrale, le seul cas où on peut, en ce moment, prélever des organes au Québec. La mort cérébrale et la mort cardio-respiratoire Cette situation pourrait bientôt changer. Pour augmenter le bassin de donneurs potentiels, le Dr Pierre Marsolais, intensiviste à l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal, voudrait faire accepter les dons d'organes dans les cas de mort après arrêt cardio-respiratoire. Il travaille actuellement sur le protocole qui encadrera ce type de don d'organes.

Aux États-Unis, le don d'organes après arrêt cardio-respiratoire est accepté depuis 10 ans et représente 30 % des transplantations. Aux Pays-Bas et en Espagne également, on peut prélever les organes d'une personne décédée à la suite d'un arrêt cardio-respiratoire. Ce type de dons soulève cependant de nombreuses questions éthiques : Peut-on déclarer la mort même si le cerveau n'est pas complètement mort ? Quand cesse-t-on de réanimer quelqu'un ? Quels sont les degrés de dommage au cerveau qui justifient un tel geste ?

François Pothier, éthicien, a présidé le comité de travail sur le don d'organes à la Commission de l'éthique de la science et de la technologie. Après deux ans, le comité a formulé des recommandations qui mettent en avant le soutien aux familles, son consentement éclairé, la transparence et la sécurité du processus de prélèvement. Le temps dont on dispose avec le défunt est une autre variable dont il faut tenir compte. Car pour éviter que les organes ne se détériorent, les adieux doivent souvent être écourtés. D'où l'importance de bien encadrer le don d'organes à la suite d'une mort par arrêt cardiaque.

Le Dr Marsolais a présenté devant la commission les quatre catégories de donneurs par arrêt cardiaque qui sont reconnues ailleurs dans le monde et dont pourrait s'inspirer le Québec. Ce sont des patients qui ne sont pas en état de mort cérébrale mais qui se trouvent en arrêt cardio-respiratoire depuis moins de 30 minutes (sans manoeuvre de réanimation) ou moins de 2 heures (s'il y a réanimation).

Catégorie 1 : Patient dont le décès par arrêt cardio-respiratoire est constaté à l'arrivée à l'hôpital.

Catégorie 2 : Patient dont le décès survient lors de son transport vers l'hôpital alors qu'une réanimation était en cours. Le réanimateur décide du moment de son interruption.

Catégorie 3 : Patient qui va faire un arrêt cardio-respiratoire de façon imminente. Par exemple : un arrêt thérapeutique qui amène le réanimateur à stopper tout effort de réanimation, ce qui entraîne l'arrêt cardio-respiratoire, et donc le décès. Ou le patient en phase préterminale d'une affection incurable dépendant d'un soutien artificiel (respirateur ou autre).

Catégorie 4 : Patient en mort cérébrale qui fait un arrêt cardio-respiratoire irrécupérable. L'Espagne a reconnu les quatre catégories de mort par arrêt cardio-respiratoire et ne connaît aucun problème de pénurie d'organes. Elle a aussi réglé le problème de sensibilisation au don d'organes en adoptant le principe de consentement présumé, un consentement qui prévoit que les personnes qui REFUSENT le don d'organes sont responsables de communiquer avec les autorités pour qu'on les exclue de la liste de donneurs.

Les infirmières de liaison S'il encourage le don d'organes, le Dr Marsolais veut bien sûr le faire dans le respect des familles. « On veut s'assurer qu'on ne brusque pas les familles. On ne veut surtout pas leur donner l'impression que le don d'organes est notre unique préoccupation. On veut développer une relation de confiance entre la famille et le médecin. Voilà pourquoi on insiste, dans le protocole, pour mettre en place des équipes spécialisées composées entre autres d'infirmières de liaison qui jouent un rôle névralgique lorsqu'il est question d'établir un lien de confiance. »

Anne-Marie Lagacé est une de ces infirmières de liaison à l'hôpital du Sacré-Coeur. À ce titre, elle coordonne les échanges entre le médecin et la famille et apporte à cette dernière un soutien tout au long du processus. Elle sensibilise aussi les médecins à reconnaître un donneur potentiel. Car ils sont nombreux, médecins comme infirmières, à oublier d'identifier un donneur potentiel qui vient de mourir. « Mais le coeur de mon travail, c'est la famille. Elle est en état de stress et ne comprend pas tout ce que lui dit le médecin. Mon rôle consiste à leur répéter l'information autant de fois que nécessaire. Si la famille refuse le don d'organes, je continue de les supporter. Si elle accepte, le processus est enclenché. On place un appel à Québec-Transplant qui vient sur les lieux et rencontre la famille. Puis on organise le transfert vers l'hôpital qui procédera au prélèvement des organes. » La présence de l'infirmière de liaison est capitale pour informer et accompagner les familles. Car les proches peuvent s'opposer au don d'organes, même si le défunt a signé sa carte de consentement.