Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Les jeunes transgenres

Émission du 21 janvier 2010

Être une fille dans un corps de garçon ou un garçon dans un corps de fille.
Les transsexuels prennent conscience de leur différence avant même de connaître le mot qui les définit, dès la tendre enfance.
La transsexualité est un phénomène méconnu, tant par le grand public que les professionnels de la santé. Dans ce reportage, spécialistes et témoins en parlent ouvertement, dont Loïc, 17 ans, anciennement Carol-Anne.

«Depuis qu’on m’appelle Loïc, je me sens plus moi-même, raconte le jeune homme de 17 ans. Certains vont encore m’appeler Carol-Anne; ma mère, parfois. Elle m’a quand même appelé Carol-Anne pendant 15-16 ans… C’est sûr que ça m’écoeure, que ça me blesse, mais on fait avec les moyens du bord comme on dit.»

Enfant, Carol-Anne était un vrai «garçon manqué». Elle jouait avec les garçons, pratiquait le hockey, le football, le soccer. Elle refusait systématiquement de porter jupes et robes. Malgré son nom, malgré son corps, Carol-Anne ne s’est jamais sentie comme une fille. «Quand j’ai su c’était quoi ‘transsexualité, transgenre’, j’ai compris ce que j’étais. Je suis une fille physiquement, mais un gars, mentalement. Maintenant, je me fais traiter en gars par mes amis, mon patron, ma famille, depuis 2-3 ans.»

Le Dr Shuvo Ghosh, de l’Hôpital de Montréal pour enfants est le seul pédiatre spécialisé dans les troubles de l’identité de genre au Québec. Chaque année, il reçoit une trentaine de jeunes en consultation. «Au niveau cérébral, l’identité sexuelle est généralement acquise vers l’âge de 5 ou 6 ans, explique-t-il. Ces enfants savent qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond; que ce n’est pas ‘le bon corps’ ou qu’ils se perçoivent différemment.»
À 5 ans, il est toutefois trop tôt pour poser un diagnostic définitif. L’enfant sera suivi sur une période de deux ou trois ans. Si le trouble se manifeste plus tard, chez les enfants qui approchent de l’adolescence, le diagnostic est plus rapide.
«Il peut y avoir une espèce de pensée magique que le corps va soudainement, à l’adolescence, se développer dans le ‘bon sens’», précise Françoise Susset, psychologue. Le «bon sens» étant ce que l’enfant «ressent» comme étant son identité sexuelle. Mais la nature en décide autrement… «Quand le corps ne se développe pas du tout dans le ‘bon sens’, poursuit la spécialiste, le niveau de détresse peut être très élevé. Chez ces jeunes-là, les idéations suicidaires et les gestes suicidaires sont très fréquents.»
Les jeunes transsexuels développent souvent des troubles de santé mentale : comportement agressif, automutilation – ce corps qu’on n’accepte pas! – anxiété et dépression… La question de l’identité sexuelle occupe tout l’espace mental et émotionnel, devient obsession, affectant le fonctionnement global de la personne. Problèmes à l’école, avec les amis, avec les parents. Estime de soi en chute libre. D’où la nécessité, parfois l’urgence, d’intervenir. Mais comment ?

Pour que s’unissent corps et esprit…

La transsexualité n’est pas une «maladie». De plus en plus, comme l’homosexualité, elle est perçue comme une «différence». On ne fera pas d’un garçon quelqu’un qui ne se sent pas comme un garçon. Et idem pour la fille qui n’en est pas une. La transsexualité n’a donc pas à être «guérie», mais nécessite bien souvent des traitements hormonaux et, éventuellement, des chirurgies, pour que s’unissent enfin le corps et l’esprit.
On ne connaît pas les causes de la transsexualité, mais on pense qu’elle se développe pendant le développement du fœtus. Au tout début de la vie, nous ne sommes ni homme ni femme. La différentiation sexuelle s’effectue un peu plus tard, mais peut-être pas correctement – complètement ? – chez certains d’entre nous.
Des traitements peuvent venir en aide aux transsexuels, et même dès l’enfance. Des bloqueurs d’hormones peuvent retarder la puberté. Avec des bienfaits incalculables selon certains, dont «Sylvie», nom fictif, mère d’un garçon devenu fille.

«Dans le cas de ma fille, ça a été comme un ange tombé du ciel !, s’exclame-t-elle. Les bloqueurs ont arrêté tous les phénomènes corporaux qui commençaient à se développer sur elle : la voix qui mue, les pousses de poils, toutes ces choses-là… Ça a enlevé un poids incroyable.» En payant le prix d’un deuil ? La perte du «petit garçon» qu’on a élevé et qui ne deviendra jamais un homme ? «Non, tranche Sylvie. Moi, j’avais un enfant qui n’était pas toujours heureux; j’ai gagné une fille qui est magnifique et splendide. Que j’ai un garçon ou une fille, ce que je veux, c’est un enfant en santé et heureux.»

Loïc Lapointe a lui aussi entrepris le long cheminement de la transformation complète. «Je suis tanné du corps que je suis», dit-il. À 17 ans, il est prêt, physiquement et mentalement, pour la prise d’hormones mâles qui lui donneront les caractéristiques physiques qui lui manquent tant… et en supprimera d’autres, dont les menstruations. À 18 ans, Loïc aura accès à la «grande opération».
«Je pense que Loïc est vraiment prêt pour considérer les étapes de la transition, confirme le Dr Ghosh. Il a lu assez concernant le sujet, mais il reste des choses à faire. Il reste des choses à discuter avec moi et avec les autres professionnels de la santé mentale. Et puis des tests du sang pour savoir ce qui se passe avec les hormones et la santé générale.»
Loïc est entre bonnes mains. L’équipe du docteur Ghosh sera là pour le soutenir dans sa démarche et lui donner ainsi la force d’affronter les préjugés tenaces.

Les choses évoluent tranquillement, d’après le pédiatre. La communauté médicale commence à faire preuve d’une certaine ouverture bien que, socialement, la transsexualité demeure tabou.
«Pourtant, ce sont des gens qui ont besoin d’aide, de soutien, plaide le Dr Ghosh. Ce sont des enfants qui souffrent en silence, pendant longtemps, et qui deviennent des adolescents et des adultes avec de nombreux problèmes de santé mentale et physique. Alors comment nous, pédiatres, pourrions-nous seulement ignorer leur existence ?»

Détresse et préjugés

Les jeunes transgenres sont victimes de beaucoup de préjugés, tout particulièrement à l’école.
Une étude américaine effectuée auprès de 300 jeunes transgenres, âgés de 13 à 20 ans, a révélé que la grande majorité d’entre eux ne se sentent pas en sécurité à l’école. La moitié des jeunes interrogés affirment avoir subi une forme ou l’autre de violence physique; un quart ont même été victimes d’une agression.

Au Québec, une recherche sur l’homophobie menée auprès de 5000 jeunes du secondaire et du cégep confirme l’existence d’une grande détresse psychologique chez les jeunes transgenres, de même que chez les jeunes gais et lesbiennes.

De manière générale, les intervenants en milieu scolaire et les professionnels de la santé sont mal outillés pour faire face à ce genre de situation. Les jeunes se tournent vers leurs pairs, y trouvent peu d’écoute; certains obtiennent du soutien de la part d’un professeur ou d’une autre «personne significative». Mais, plus souvent qu’autrement, ils se retrouvent seuls avec leur problème. Certains iront jusqu’à se procurer des hormones sur le marché noir…
Rappelons que le seul programme pour les jeunes transgenres est offert à l’Hôpital Montréal pour enfants.

Source :

Recherche en cours menée par Line Chamberland, sociologie, UQAM.

Ressources

http://www.masexualite.ca

http://www.alterheros.com

Association de parents d’enfants transgenres
http://www.transparentcanada.ca

Association des transsexuels du Québec
http://www.atq1980.org
Ligne d’écoute et de référence : 514-254-9038

Guide à l’intention des parents d’enfants transgenres
http://www.ctys.org/about_CTYS/FamiliesInTransition.htm

Le Néo (Association de jeunes allosexuels de Lanaudière oeuvrant auprès des jeunes gais, lesbiennes, bisexuels et transsexuels de Lanaudière) : Guide de démystification de l’identité sexuelle.
83 rue Saint-Louis
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