Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Dre Renée Pelletier, de médecin à patiente

Émission du 21 janvier 2010

La Dre Renée Pelletier est un médecin qui comprend ce que ce peuvent ressentir les malades puisqu’elle a elle-même traversé deux fois l’épreuve du cancer.
Après avoir exercé en Afrique, ce médecin au parcours exceptionnel consacre aujourd’hui sa vie à aider et soigner les réfugiés qui demandent asile au Canada.

«Je n’ai pas demandé la maladie, mais elle a été une école pour moi, croit Renée Pelletier. Je suis devenue un médecin différent. Les patients avec un cancer peuvent parfois dire : ‘On sait bien, vous, docteure, vous ne savez pas c’est quoi !’. Alors, si ça se prête, je vais m’ouvrir; il y a un endroit où deux personnes peuvent se rencontrer dans l’intensité d’un vécu. La maladie de nos patients nous confronte à notre propre peur de la maladie et à notre propre peur de la mort.»

Au CLSC Côte-des-Neiges, Renée Pelletier côtoie quotidiennement la souffrance, et le mal-être, des demandeurs d’asile. «Beaucoup de gens ont connu la torture, la violence; des femmes ont été violées. Il y a beaucoup de stress post-traumatique, beaucoup d’anxiété, beaucoup d’angoisse, beaucoup de troubles de sommeil, beaucoup de cauchemars.»
«Une médecine sans frontière» non seulement du corps, mais aussi du cœur et de l’âme. «Quand on demande aux gens comment ils vont, bien souvent, ce n’est pas le bobo physique qui va sortir. Un patient m’a déjà dit : ‘Docteur, j’ai mal à mon âme’. On voit des gens qui pleurent, qui vivent de grands moments de panique et d’anxiété. Alors, c’est une médecine avec une approche globale de la personne.»

De la science au sens de la maladie

Renée Pelletier a été frappée par un cancer des ganglions alors qu’elle n’avait pas encore trente ans. La mal a été découvert par hasard, grâce à des examens médicaux de routine, entre deux séjours en Afrique. «Je suis tombée de haut ! Les projets s’écroulent; on a l’impression que la mort est toute proche. À 28 ans, c’était dur, très dur.», raconte-t-elle.
La jeune médecin garde toute sa confiance; elle subit deux chirurgies, des traitements de radiothérapie, une longue hospitalisation. Elle retrouve la santé… et repart pour l’Afrique! Avec l’accord des médecins. Quelque temps plus tard, elle se marie et a deux enfants. La maladie ne l’a pas privé de ce qui lui tenait tant à cœur.

Trente ans plus tard, Renée Pelletier doit à nouveau affronter son vieil ennemi, logé maintenant dans un sein.

«Dans mon vécu de patiente, ce que j’ai trouvé le plus difficile, c’est le sentiment d’impuissance. On est habitué d’avoir un certain contrôle sur notre vie et, tout à coup, on n’en a plus aucun ! Il faut abandonner, s’abandonner à la science des hommes.»

Cette double épreuve l’a amenée à plonger au cœur de sa propre humanité, dans cette éternelle quête de sens. «La maladie nous amène aux frontières de ce qu’on est comme être. À un certain moment, on rencontre la dimension spirituelle, ce qu’on appelle le sens de la vie, le sens de toute notre intériorité. Et ça questionne. À travers la maladie, il y a beaucoup de questions sans réponse. Le passé est ébranlé, le présent est bousculé et le futur est questionné.»

En chemin, Renée Pelletier a finalement trouvé le lâcher prise, qui soulage du poids de l’incompréhension. Et dans cette sérénité renouvelée, se dégage, finalement, un sens.
«Quand on est malade, ce n’est pas juste le corps qui est malade. Quand on traite, ce n’est pas juste le corps qu’on traite. Quand on guérit, ce n’est pas juste le corps qui guérit. Mais moi, je crois que quand on meurt, c’est juste le corps qui meurt.»