Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Jeunes en surpoids

Émission du 18 février 2010

Le constat est clair, indiscutable : la prévalence de l’embonpoint et de l’obésité augmente, et la tendance se maintient année après année. Le phénomène est encore plus criant chez les jeunes : le nombre d’ados avec un problème de poids a doublé depuis les années 1980.
Pourtant, tout le monde connaît la recette pour perdre du poids : bouger plus et manger moins. Les mesures de santé publique mises de l’avant – comme le bannissement de la malbouffe dans les écoles et les campagnes de sensibilisation en faveur de meilleures habitudes de vie – n’ont pas donné les résultats espérés jusqu’à maintenant. Et les parents d’enfants aux prises avec un surplus de poids disent avoir tout essayé.
Où sont les solutions ?

«J’ai reçu beaucoup de regards accusateurs; plusieurs personnes peuvent voir cette entrevue et déjà porter des jugements», témoigne Sandra Pitre, mère de Kristina, une enfant aux prises avec un surplus de poids depuis sa tendre enfance.
«Ce que les gens ne comprennent pas, c’est que ce n’est pas la première fois qu’on entend : ‘Mon dieu, ton enfant a un surplus de poids ! As-tu fait quelque chose pour ça ?’ Un médecin nous l’a dit; une voisine nous l’a dit. On n’a pas besoin de se le faire dire. On le sait. On le voit.»

Alors qu’elle était encore bébé, Kristina affichait un bedon un peu plus rebondi que les autres enfants. Et contrairement à ces derniers, les rondeurs de la tendre enfance n’ont pas disparu avec la croissance.
«La première fois que je me suis rendu compte que j’avais un surplus de poids, j’étais en maternelle, raconte Kristina. Tout le monde m’écoeurait. Ils m’écoeuraient parce que j’étais plus grosse que les autres. Ça m’a fait vraiment de la peine».

«C’est certain qu’il y a une composante génétique au surpoids, explique le Dr Laurent Legault, endocrinologue pédiatrique à l’Hôpital de Montréal pour enfants. Même dans notre environnement qui le favorise de façon absolument massive, ce n’est pas tout le monde qui a un surplus de poids. Il y a des gens qui prennent du poids de façon beaucoup plus rapide que d’autres; il y a des gens qui y sont plus sujets.»
Rien de plus clair pour Sandra Pitre, qui, à dix ans, affichait elle aussi un surplus de poids. Elle a connu, très jeune, le cercle vicieux des diètes, avec leurs effets dévastateurs sur la santé et l’estime de soi. Pas question que sa fille endure les mêmes souffrances.
«Kristina n’a jamais été au régime. Mettre un enfant au régime – je le sais, je l’ai été – c’est tout de suite parler de privation. Et privation égale perte de bonheur. Automatiquement. Et on vient encore une fois de mettre l’accent sur la différence, chez un enfant qui se sent déjà différent. S’il n’y a que des légumes dans la boîte à lunch, elle ne le verra pas comme un aliment santé, mais comme un aliment qui la prive d’autres choses.»
Un discours endossé aujourd’hui par la grande majorité des spécialistes. Adieu régimes, place aux saines habitudes de vie… Ce qui ne signifie pas que c’est facile !
«Les habitudes de vie, c’est quelque chose qui est très, très difficile à changer, reconnaît le Dr Legault. Ça touche aux racines profondes de notre être, au quotidien de la famille. C’est ancré, transmis de génération en génération.»
Pour apprendre à mieux manger et retrouver le plaisir de bouger, les seuls conseils du médecin de famille ne suffisent pas. Et les campagnes massives de sensibilisation des dernières années apparaissent de plus en plus comme des coups d’épée dans l’eau. La prévalence de l’obésité augmente, comme celle de très nombreuses maladies, dont le diabète et les maladies cardiovasculaires. La situation est grave, sinon critique : pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, si rien n’est fait pour inverser la tendance, l’espérance de vie diminuera. Toute une génération d’enfants vivra moins longtemps que leurs parents.
«C’est impossible que ça se règle dans les hôpitaux ou dans les bureaux de docteurs, considère Laurent Legault. Il est absolument essentiel d’impliquer les ressources communautaires; elles sont sur le terrain et travaillent vraiment avec les familles; elles connaissent les problématiques que vivent ces gens-là et sont habituellement expérimentées pour offrir des solutions pratiques et applicables.»

Le plaisir avant tout

Les pédiatres et spécialistes de la santé qui travaillent avec le GEPEEP (Groupe d’entraide pour les parents d’enfants avec excès de poids) ne tarissent pas d’éloges à son endroit et décrivent des résultats spectaculaires, tant sur le plan de la perte de poids que de l’adoption de meilleures habitudes de vie.

Fondé à Shawinigan en 2005, le GEPEEP propose un programme qui s’adresse à toute la famille, et ne cible donc pas «l’enfant et son problème». On y offre un suivi à long terme dont l’objectif est de modifier en profondeur les habitudes de vie. Tout y passe, de la lecture des étiquettes sur les produits alimentaires à la découverte d’une activité physique qu’on AIME, en passant par l’impact des styles parentaux sur la relation avec la nourriture. Tout, sauf les régimes !
«Les enfants en surpoids ne devraient pas être mis au régime, tranche Céline Raymond, nutritionniste et responsable du Comité de soutien au développement au GEPEEP. On ne veut surtout pas limiter la croissance de l’enfant. On souhaite plutôt que son IMC – son indice de masse corporelle – s’améliore, c’est-à-dire que sa taille progresse plus vite que son poids.»
Pour y arriver, le GEPEEP mise sur une alimentation nutritive… et le plaisir. «Il ne faut pas qu’on vive dans la restriction, renchérit la spécialiste. Il y a la dimension nutritive, mais il y a aussi la dimension psychologique. L’alimentation doit être une source de plaisir, peu importe l’âge.» Une approche qui a séduit Sandra Pitre. «L’arrivée du GEPEEP a changé beaucoup de choses pour nous; c’était exactement ce que je cherchais et je n’ai pas été déçue.»
Alors que les parents apprennent trucs et conseils pour cuisiner santé, les enfants redécouvrent peu à peu le plaisir de bouger, sans se sentir marginalisés et sans obligation de performance. Jean Lemoyne, kinésiologue, explique que l’approche classique, avec des objectifs précis visant à augmenter la condition physique, n’est pas très efficace auprès de cette clientèle. «Plutôt que de nourrir le préjugé qu’il faut absolument souffrir et suer pour faire de l’activité physique, une approche beaucoup plus large suggère de l’intégrer à la vie de tous les jours. Un exemple très simple : marcher pour aller à l’école !»
Kristina, qui a toujours été sédentaire, s’entraîne maintenant trois fois par semaine avec sa mère ! «Kristina aime danser et chanter, souligne Sandra Pitre. On a découvert l’activité physique qui nous convenait à toutes les deux; on saute sur les plateaux, au rythme de la musique, et on fait quelques exercices de musculation. On se motive l’une et l’autre.»
Sandra n’est pas seule à soutenir sa fille dans sa démarche. Toute la famille a adopté de meilleures habitudes alimentaires. Aucun aliment n’est interdit, mais on connaît maintenant le prix des excès. «Ça serait très injuste de retrouver un gâteau au chocolat sur la table et que seule Kristina ne puisse pas en prendre ! Ce serait impossible. Il faut que tout le monde embarque. Aujourd’hui, chez nous, tout le monde est conscient de ce qu’il mange. Quand on choisit un aliment qui est moins bon, pour une raison ou pour une autre, on sait qu’il faudra le dépenser plus tard. C’est ce qui a changé dans notre famille.»

Et Kristina a maigri. «Je suis toujours aussi gourmande, là !, s’exclame-t-elle, un sourire en coin. Mais j’ai appris à contrôler ma faim; je prends moins de choses sucrées; je sais comment ça marche.»
Comme le souligne sa mère, au bout du compte, ce n’est pas une histoire de kilos mais une histoire de santé, physique et intérieure.
«Oui, je me trouve plus belle, dit Kristina, sans hésitation. Ça a changé vraiment beaucoup de choses. Je ne me sens plus à l’écart des autres; j’ai appris à me faire respecter.»

L’effet yoyo ou la «fausse» famine

Aujourd’hui, des jeunes filles âgées d’à peine 10 ans se mettent au régime. On sait pourtant que les diètes sont loin d’être la meilleure solution pour perdre du poids.
Plus encore, on comprend de mieux en mieux comment elles contribuent au problème par ce qu’on appelle l’effet yoyo. On se met au régime, on maigrit; on recommence à manger, on reprend plus de poids que ce qu’on avait perdu… Un cercle vicieux bien connu des habitués des régimes.
Que se passe-t-il? L’hypothèse scientifique veut que le corps perçoive la diète comme un épisode de famine et qu’il cherche donc ensuite, lorsqu’on recommence à manger normalement, à accumuler des réserves en prévision de la prochaine période de privation.
Ce qu’on a également observé : plus on commence jeune à faire des régimes, plus cet effet sera prononcé.

Source : Effet yoyo. Les recherches de Field et al., 2000; Korkelia et al., 1999; Stice et al., 1999.

Au Québec, une fillette sur trois âgée de 9 ans a déjà tenté de perdre du poids.

Source : Équilibre, Groupe d’action sur le poids.

Ressources

GEPEEP

Le Groupe d’entraide pour les parents d’enfants avec excès de poids (GEPEEP) s’adresse aux familles ayant au moins un enfant âgé de 5 à 12 ans en excès de poids de la région de Shawinigan.

Le camp d’été familial est cependant ouvert aux familles de tout le Québec Le séjour aura lieu au Camp Val Notre-Dame, à Hérouxville, en Mauricie, du vendredi 20 août au dimanche 22 août 2010.

Coordonnées :
(819) 247-1099 (boîte vocale)
info.gepeep@gmail.com
http://www.gepeep.org
Centre-de-la-Mauricie/Mékinac
C.P. 21041
786, rue Lambert
Shawinigan (Québec)
G9N 4E4

Équilibre, groupe d’action sur le poids parrainé par le ministère de la santé et des Services sociaux du Québec, ainsi que par l’Agence de santé publique du Canada.
http://www.equilibre.ca/

Kino Québec

http://www.kino-quebec.qc.ca/

On y retrouve, notamment, les courbes IMC pour les jeunes de 2 à 18 ans.
L’IMC pour «indice de masse corporelle» est une mesure internationale déterminant l’intervalle de poids santé. Il se calcule en divisant le poids exprimé en kilogrammes par la taille au carré exprimée en mètres : IMC = poids (kg)/taille (m2).