Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le carnet des animateurs

Les catastrophes naturelles et leurs séquelles

Émission du 18 février 2010

Haïti a été frappé récemment par un terrible tremblement de terre. Avec des conséquences matérielles, politiques et économiques dévastatrices, sans parler des morts, des blessés, et de tous ceux qui resteront handicapés, marqués à jamais dans leur corps par la tragédie. Pour d’autres, ce sont les séquelles psychologiques qui perdureront.

Ce ne sont malheureusement pas les catastrophes qui manquent : Katrina, à la Nouvelle Orléans; le tsunami, en Asie; les événements du 11 septembre, à New York. Le matériel d’étude, si l’on peut dire, ne manque pas.
À Haïti, la population est encore en état de choc. Dans les jours et les premières semaines après une tragédie, les gens font des cauchemars, dorment mal, ont tendance à s’isoler, à se taire. Surtout, ils ont peur que l’événement se répète. Certains ont raconté que la simple vibration d’un camion passant dans la rue suffisait pour qu’ils croient à un nouveau tremblement de terre.
Ces réactions sont normales, et inévitables. D’après Sonia Jacques, psychologue à Médecins sans frontières, il est inutile d’utiliser des traitements psychologiques conventionnels dans cette première phase. Il faut simplement encourager les gens à parler et à reprendre une routine : faire des travaux de nettoyage ou de reconstruction, cuisiner, envoyer les enfants à l’école, si c’est possible. L’idée : retrouver le sentiment d’avoir un peu de contrôle sur sa vie quotidienne.

Normalement, après quelques semaines, les symptômes de choc disparaissent. Mais s’ils persistent au-delà de 3 ou 4 mois, on peut diagnostiquer un syndrome de stress post traumatique. Les séquelles psychologiques persistent à long terme. Il est impossible de prédire qui en souffrira, mais les femmes sont plus à risque. Elles sont aussi plus fragiles devant la dépression. On doit surveiller de près les femmes enceintes; les conséquences peuvent être néfastes pour l’enfant à naître. Les hommes ont plus tendance à abuser d’alcool ou de drogues.

De manière générale, on sait que la prévalence de maladies psychiatriques risque d’augmenter de façon significative dans une population à la suite d’une catastrophe, tel qu’on l’a observé dans les populations asiatiques touchées par le tsunami. Les effets varient, évidemment, d’une population à l’autre, en fonction de facteurs comme la religion, la culture et le statut socioéconomique.

Fait intrigant : le syndrome de stress post-traumatique est beaucoup plus fréquent dans les pays riches que dans les pays en voie de développement. La pauvreté entraîne l’insécurité, et elle est associée à une plus courte espérance de vie. La mort est présente quotidiennement. Les populations très pauvres développeraient donc une forme de résilience au malheur. La spécialiste Sonia Jacques, de Médecins sans frontières, l’a bien résumé : le peuple haïtien a développé des ressources que d’autres n’ont pas parce qu’il a subi plusieurs catastrophes. Ce ne sera pas la première fois qu’on aura parlé, justement, de la résilience du peuple haïtien.