Une pilule une petite granule

Émission disponible en haute définition

Diffusion terminée

Diffusion :
Diffusion terminée
Durée :
60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le carnet des animateurs

Uranium : quand des médecins montent au front

Émission du 25 février 2010

En décembre dernier, jugeant la santé publique menacée, 20 médecins ont invoqué leur devoir d’intervention et menacé de démissionner si le gouvernement du Québec ne faisait rien pour freiner un projet d’exploitation d’uranium dans la région de Sept-Îles.
La compagnie minière a finalement retiré son projet. Mais l’histoire ne fait peut-être que commencer : au-delà de 70 projets d’exploration d’uranium existent actuellement au Québec, sur la Côte Nord, en Outaouais, dans les Laurentides et le Grand Nord.
Faut-il en avoir peur ?

L’uranium sert principalement à l’armement et à alimenter les centrales nucléaires. Le Canada a été, et demeure, le premier pays producteur de ce minerai au monde; il a d’ailleurs fourni l’uranium qui a servi à la fabrication des bombes américaines pendant la Deuxième Guerre mondiale. Cependant, depuis 1965, un moratoire oblige les pays qui achètent de l’uranium canadien à ne l’utiliser qu’à des fins pacifiques.

L’uranium est un produit radioactif. Il possède un très gros noyau, ce qui le rend instable. À cause de la grosseur du noyau, il a tendance à se fissurer pour donner des atomes plus petits et, ce faisant, il émet des particules - des protons, des neutrons, des photons. C’est ce qu’on appelle la radioactivité nucléaire. Ces radiations sont extrêmement dangereuses pour la santé; elles peuvent causer des cancers, des dommages à l’ADN, des malformations congénitales. Des recherches ont également démontré que le simple fait d’habiter à proximité d’une centrale nucléaire augmentait les risques de différentes maladies, dont la leucémie chez les enfants.

Ces risques sont-ils les mêmes si on habite à proximité d’une mine d’uranium? Peu de recherches ont été effectuée sur cette question, et celles qui existent ont été financées par les compagnies minières. Les médecins de la Côte-Nord ont d’ailleurs demandé des études indépendantes.

Il faut aussi prendre en compte les risques futurs. Trop souvent, au Québec, des entreprises ont exploité des ressources naturelles pour ensuite, une fois le filon épuisé (c’est le cas de le dire !), partir sauvagement en laissant un site complètement détruit, sinon carrément dangereux. Dans le cas de l’uranium, on extrait de la terre des milliers de tonnes de roches; on les concasse et on les fait baigner dans des produits chimiques pour en tirer l’uranium. Les conséquences environnementales sont énormes, à l’image des montagnes de roches contaminées par des produits chimiques et radioactifs. Le radon, par exemple, est un gaz radioactif qui peut être transporté par le vent à des kilomètres... Les eaux de pluie peuvent aussi contaminer la nappe phréatique et d’autres terrains, et ce pendant des milliers d’années.

Les gens de Sept-Îles ont gagné une première bataille. Mais la guerre est-elle terminée ? Rien n’est moins sûr. Lorsque la compagnie minière s’est retirée, elle a invoqué la baisse du prix de l’uranium, ce qui empêchait de rentabiliser l’exploitation. Lorsque le cours du minerai remontera, la compagnie reviendra donc peut-être à la charge.