Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Fernand Turcotte, un médecin qui fait avancer le débat public

Émission du 4 mars 2010

Les propos du Dr Fernand Turcotte ne font pas toujours l’unanimité! Ce spécialiste de la médecine préventive publiait, en 2005, la traduction d’un ouvrage américain : Dois-je me faire dépister contre le cancer ?
L’ouvrage questionnait l’utilité de plusieurs tests de dépistage, et en a choqué plus d’un ! Mais il a aussi beaucoup fait réfléchir…
Fernand Turcotte a l’habitude de prendre part aux débats de santé publique, et ce depuis l’époque où on s’interrogeait encore sur les bienfaits d’un monde sans fumée…

« Je n’ai pas choisi le tabac. C’est le tabac qui s’est imposé, affirme le Dr Turcotte. C’est la principale cause de mortalité prématurée qui frappe notre population, et de loin ! Le tiers des mortalités coronariennes s’explique par le tabagisme, presque 40 % des mortalités par cancer. Alors, ça allait de soi pour quelqu’un qui est spécialisé en santé publique de s’intéresser au problème le plus important. »
Pourtant, le chemin vers l’établissement de notre actuel monde sans fumée, ou presque, a été pavé de gros cailloux ! Le Dr Turcotte et ses collègues militants ont essuyé quelques insultes au passage… « Nous, les professionnels de la santé, détestions travailler sur le tabac. Parce que travailler sur le tabac, c’était comme travailler dans les égouts : c’est sale, ça pue et l’odeur nous colle après ! On passait pour des ayatollahs antifumeurs. »

« En raison de mon obligation professionnelle, je suis obligé d’être contre la tuberculose, explique le Dr Turcotte. Mais ce n’est pas parce que je suis contre la tuberculose que je suis contre les tuberculeux. C’est le même problème qui se pose avec le tabagisme. »
La lutte contre le tabagisme s’inscrit, comme bien d’autres efforts et mesures, dans l’un des grands axes d’action de la médecine préventive. La science de la réduction des facteurs de risque des maladies. « Quand on a découvert, par exemple, que le goitre endémique était dû à un manque d’iode dans la diète, ça a été un jeu d’enfant, après ça, de choisir un aliment que tout le monde consomme, le sel de table, d’en ajuster le contenu en iode et de faire disparaître la maladie. »
C’est aussi grâce à la médecine préventive que des maladies infectieuses, comme la variole, ont disparu et que d’autres, comme la polio, sont en voie de l’être.

Plaidoyer pour la science

Aujourd’hui à la retraite, le Dr Turcotte poursuit toujours son combat pour la santé publique à travers, notamment, un meilleur accès à l’information médicale, de façon à susciter des débats nécessaires. Il traduit bénévolement des ouvrages américains qui remettent en question les protocoles officiels des autorités médicales, par trop souvent calqués sur les intérêts de l’industrie pharmaceutique. Un cas, parmi d’autres : les médicaments contre le cholestérol, une mine d’or pour les pharmaceutiques, mais de la poudre aux yeux pour les autres… L’efficacité de ces médicaments a seulement été démontrée chez les personnes qui ont survécu à une première crise cardiaque et qui souffrent d’hypercholestérolémie.
« Le médicament le plus prescrit au Canada est inutile pour 96 % des gens qui le consomment, tranche le Dr Turcotte. Ce sont mes collègues qui ont identifié le rôle du cholestérol dans l’histoire naturelle de la maladie coronarienne. Mais je m’aperçois tout à coup que ce que je croyais être une contribution importante de ma discipline à l’amélioration du sort de l’humanité a été détourné de ses fins et sert au contraire à empoisonner un peu plus la vie de mes concitoyens. »
Outre les risques pour la santé d’une telle surmédicalisation, ce sont des coûts astronomiques qui sont imposés à toute la société. La surconsommation de médicaments – le sur-traitement – est directement lié à une autre tendance de la pratique médicale actuelle : le dépistage de masse systématique. Dans certains cas, comme celui de la prostate, il est totalement inutile (note : il est ici question du dépistage de masse systématique, et non pas individuel, en cas de risque). Le fait est que bien peu d’hommes meurent de cette maladie. Le développement de ce type de cancer est si lent que la plupart des hommes atteints décéderont d’une autre cause avant même d’apprendre qu’ils en souffrent, à moins d’un test de dépistage, bien entendu.
En clair? « Ça n’a aucun impact réductif sur la mortalité. »

Fernand Turcotte plaide pour la tenue de débats publics, basés sur les faits scientifiques, loin des convictions et des glissements de sens méthodologique propres aux gourous et aux charlatans de tout acabit, à l’instar de ce qui se pratique aux États-Unis. « C’est un débat qui est fait loyalement, par des scientifiques qui sont respectés, qui ont l’avantage d’être de vrais professionnels désintéressés et à l’abri de tout conflit d’intérêt. »