Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Marc-André Lefebvre, sortir de l'itinérance

Émission du 18 mars 2010

On peut dire de Marc-André Lefebvre qu’il a réellement touché le fond du baril. Toxicomane et itinérant, sa vie a ressemblé à des montagnes russes depuis l’âge de 18 ans. Après des tentatives ratées de désintoxication, des séjours en prison pour possession de drogues et même des tentatives de suicide, il a finalement trouvé sur son chemin l’aide nécessaire pour commencer à s’en sortir.

«Je me suis rendu jusqu’à quêter sur le bord des rues, raconte Marc-André Lefebvre. J’avais l’impression de voler le monde quand je quêtais... parce que je savais, au fond, que je suis capable de remettre quelque chose à la société, que je peux être utile ici.»

L'Accueil Bonneau lui a ouvert toutes grandes ses portes lorsqu'il en a eu besoin. Il craignait de ne pas y être accepté à cause de son apparence, qui cadre bien peu avec l'image qu'on se fait d'un itinérant. Mais les gens de l’Accueil ont compris qu'il avait bien des choses à apprendre pour retrouver son autonomie, dont la constance dans l'engagement envers soi et les autres, et la capacité à fonctionner sans drogue ni alcool. L’Accueil Bonneau est devenu une grande famille.

Marc-André Lefebvre a éprouvé des difficultés d’intégration très tôt dans sa vie. «J'étais rebelle, je n'acceptais pas la vie familiale que j'avais», dit-il. Alcool, marijuana, drogues… L’adolescent consomme et fait des fugues. Il découvre un sentiment de bien-être et de liberté. Chaque fois que l’attachement se présentera dans sa vie, il laissera tout tomber, pour retrouver cette liberté, pour la rue. «Je me disais : ‘Là, c'est fini, je sors de l'engrenage de la société. Je me détache de ça, je deviens un spectateur et laisse passer le temps.’ Ce moment précis arrive lorsque j'ai des responsabilités et de l'argent dans les poches. Ça devient trop pesant. Je fuis, tout simplement.»

Avec le soutien d’une intervenante, Marc-André Lefebvre apprend aujourd’hui à surmonter ses peurs, et ses problèmes de toxicomanie. «J'ai encore du mal à accepter que je ne pourrai plus jamais boire d'alcool, même socialement, sans me détruire, admet-il. Avec l'aide de mon intervenante, je suis capable de ‘m'introspecter’, de voir pourquoi je consomme de l'alcool, pourquoi j'en ai besoin pour me sentir mieux.»

Marc-André Lefebvre a un toit bien à lui depuis deux ans et ne se considère donc plus comme un itinérant. Résident-surveillant à la Maison Paul-Grégoire, il gère l'accessibilité des aires communes de la résidence, une source de beaucoup de fierté. «Ça me fait du bien d'avoir cette responsabilité-là, souligne-t-il. J'essaie, justement, de prendre mes responsabilités dans ma vie une fois pour toutes. En résidant ici, ça me donne un sentiment d'appartenance qui est important pour moi.» Il travaille également aux cuisines de l’Accueil Bonneau.

Dans une autre vie, Marc-André a été père de famille. Il a deux garçons, mais il a perdu tout contact avec eux. Conséquence d’un de ses innombrables auto-sabotages… «Chaque fois que j'arrive à un plafond de stabilité, la frousse me prend. Je me sens étouffé, et je fous tout en l'air.» L’homme n’a pas perdu l’espoir de les revoir un jour, et ainsi s’excuser pour son absence. «Je n’ai pas rempli mon contrat avec eux. À un moment donné, peut-être, la vie va s’arranger…pour que je puisse les rencontrer… et faire mon mea culpa, peut-être, avec eux…».