Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Lymphomes

Émission du 25 mars 2010

Les joueurs de hockey Mario Lemieux et Saku Koivu ont tous deux été frappés dans la vingtaine par un lymphome, un cancer du sang. Le lymphome est le cancer le plus fréquent chez les moins de 30 ans, bien qu’il touche également les personnes âgées.
C’est un cancer souvent invisible, difficile à dépister parce qu’il peut se développer dans n’importe quelle partie du corps. Mais les chances de guérison sont excellentes !

«Rocky, c’est un chien que Sébastien m’a acheté juste avant que je rentre à l’hôpital pour la greffe. C’est un cadeau de rémission !», lance Krystel Vincent. Dans six mois, le fameux terme de cinq ans sera complété, et la jeune femme pourra se considérer officiellement guérie.

Le lymphome est un cancer des lymphocytes, les principales cellules du système immunitaire. On les retrouve dans les ganglions, mais aussi un peu partout dans le corps.

Krystel Vincent a été frappée par la maladie à 19 ans, alors qu’elle s’apprêtait à commencer sa nouvelle vie d’étudiante universitaire. «J’étais vraiment dans un élan, je volais de mes propres ailes !», dit-elle. Mais son corps n’a pas suivi… La jeune femme se réveille alors chaque matin avec une intense douleur à la poitrine qui l’empêche de respirer normalement. Si elle boit de l’alcool, des maux de dos insoutenables apparaissent presque instantanément. S’ajoutent à ces symptômes des épisodes de sueurs nocturnes, qui la laissent complètement trempée. Puis, la fièvre se met de la partie. Visite chez le médecin. Tests et analyses. «J’étais rendue à un stade quatre, le stade le plus haut d’un lymphome hodgkinien. J’étais rendue aussi loin parce que je n’avais pas de tumeurs apparentes. Généralement, ça va sortir dans le cou, les aisselles, l’aine. Moi, je n’avais aucun ganglion enflé, nulle part. C’était dans la poitrine jusqu’au bassin. Tout était caché.»
Tout était caché, et rien n’indiquait que Krystel, une jeune femme en pleine forme, allait souffrir d’un cancer. En fait, on ne connaît pas les causes du lymphome. Mais ce qu’on sait, c’est que son incidence a augmenté de 50 % entre 1975 et 2000 ! Il reste stable depuis lors. Que s’est-il passé ? «Quelque chose de spectaculaire», d’après le Dr Claude Perreault, chercheur à l'Institut de recherche en immunologie et en cancérologie de l'Université de Montréal.

Le vieillissement de la population – les personnes âgées, comme les jeunes dans la vingtaine, étant plus à risque de souffrir de cette maladie – ne suffit pas à expliquer cette augmentation radicale. Plusieurs hypothèses sont étudiées. D’abord, la hausse de la consommation des médicaments immunosuppresseurs dans le traitement des cancers et d’une nouvelle maladie, le sida. Ensuite : l’exposition élargie à une grande variété de microbes. Or, on sait que le risque de lymphomes augmente avec la fréquence des infections.
«Il y a cinquante ans, vous étiez exposé aux microbes de votre patelin à 5 kilomètres carrés. Maintenant, avec les voyages en avion, vous êtes exposé aux microbes de la planète, explique le Dr Perreault. Les humains vivent de plus en plus longtemps; le système immunitaire est attaqué par des microbes qui viennent d'un peu partout sur la planète. Donc, on a à se défendre beaucoup plus souvent. Chaque fois qu'on se défend contre un microbe, on demande à quelques-uns de nos lymphocytes de proliférer un million de fois. Par exemple, si vous êtes infecté par un virus de la grippe, vos lymphocytes sont capables de reconnaître ce virus-là et vont se diviser très, très, très rapidement. Alors si on demande à des lymphocytes de proliférer très rapidement, il risque de se produire une erreur : le lymphocyte normal va devenir un lymphocyte cancéreux.»

Il y a deux catégories de lymphomes : les lymphomes de Hodgkin et les lymphomes non hodgkiniens. Et il y a de nombreuses sous-catégories de lymphomes. Chacun de ces types de lymphomes se comporte différemment, et se traite donc de façon différente.

Jacques Beauchemin a souffert d’un lymphome non hodgkinien. «Ils m’ont expliqué que ça ne se guérissait pas; ils pouvaient le stopper, mais pas le guérir, raconte-t-il. Huit traitements de chimiothérapie, de la chimio assez forte. On l’a stabilisé. Mais 6 mois après, il est revenu, et très agressif. Ils ne pouvaient pas me dire combien de temps… mais à un moment donné, on a laissé sous-entendre que ça ne dépasserait pas un an. On a parlé de la greffe de moelle osseuse.» Mario Beauchemin, le petit frère de Jacques, a joué le rôle du donneur, ce qui lui a sauvé la vie.
«J’étais craintif, avoue-t-il. Je n’aime pas beaucoup les hôpitaux, les médecins. C’est moi qui suis le plus peureux de la famille ! Mais c’était moi qui étais compatible avec mon frère. Première des choses : tu sauves une vie. Puis, c’est pas n’importe quelle vie, c’est mon frère.»

La greffe de moelle osseuse

Aujourd’hui, on peut guérir de 75 % à 90 % – selon le type de lymphomes – des personnes atteintes par ce cancer. Au cours des dernières décennies, le traitement du lymphome a connu une petite révolution, et des chercheurs d’ici font leur marque en la matière. L’Hôpital Maisonneuve-Rosemont est considéré comme un centre d’excellence mondial dans ce qu’on appelle «la thérapie cellulaire». Les lymphomes ne se traitent pas comme les autres cancers.
«Le cancer du sein et le cancer du poumon, par exemple, sont des cancers localisés, qui sont traités avec la chirurgie, explique la Dre Sandra Cohen, hématologue à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont. On enlève le cancer et les patients sont souvent guéris. Le lymphome, étant donné que le lymphocyte est un globule blanc qui se trouve un peu partout dans le corps, est par définition un cancer disséminé. Il y en a un petit peu partout, alors la chirurgie n’est pas une option de traitement pour le lymphome.»

Lorsque les traitements de chimiothérapie ne donnent pas de résultats, on envisage donc la greffe de moelle osseuse. Il y a deux sortes de greffes : l'autogreffe et l'allogreffe. L’autogreffe consiste à prélever au malade de la moelle. L'individu est ensuite soumis à une chimiothérapie intensive. Puis on lui redonne la moelle prélevée pour reconstituer son système immunitaire. Cela permet d'utiliser des doses élevées de chimiothérapie impossibles à tolérer autrement. L'allogreffe est une greffe de la moelle d’un donneur, ce qui ajoute en complexité, mais aussi en avantages. «Le système immunitaire du donneur est capable de rejeter les cellules lymphomateuses du receveur, précise le docteur Perreault. Autrement dit, à la chimiothérapie, on ajoute une autre dimension qu'on appelle l'immunothérapie.»

Jacques Beauchemin, qui a reçu la moelle de son frère, recommence une nouvelle vie, dans tous les sens du terme… «Je suis obligé de recevoir tous les vaccins, comme un bébé. La varicelle, toutes les maladies infantiles… Au début, je trouvais ça drôle à dire, mais c’est normal. Je recommence en neuf, comme un bébé.»

Krystel Vincent a repris ses études… à l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie, avec le Dr Perreault. «Je travaille dans un laboratoire à essayer de trouver des traitements contre le cancer. Je sais très bien que je suis encore en vie grâce à la recherche et je trouvais important de redonner un peu de cela au monde de la recherche.»

En 2009, 7 500 lymphomes ont été diagnostiqués au Canada

Source : Société canadienne du cancer

Le don de moelle osseuse

Les techniques de greffe de la moelle osseuse se sont grandement raffinées. Autrefois, on devait prélever la moelle à partir de l’os du donneur, comme le bassin. C’est une intervention assez lourde, qui doit se faire sous anesthésie, en salle d’opération, et qui peut se révéler très douloureuse. Aujourd’hui, le plus souvent, on greffe plutôt des cellules-souches, qu’on va chercher directement dans le sang, ce qui est beaucoup plus aisé pour les donneurs.
Le plus souvent, les greffes se pratiquent entre frères et sœurs. Mais il est aussi possible de trouver un donneur compatible dans une banque de donneurs, comme celle d’Héma Québec. Trente milles personnes sont inscrites au registre québécois. Ce registre est rattaché au registre canadien, qui comporte 220 000 donneurs, et au registre international, pour un grand total de 11 millions de donneurs potentiels.

Ressource :
www.hema-quebec.qc.ca/francais/index.htm