Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Brigitte Harrisson, dans la tête des autistes

Émission du 25 mars 2010

Jeune, Brigitte Harrisson a été cataloguée surdouée… et très bizarre. En réalité, elle était autiste. Elle a pourtant réussi, au prix d’efforts surhumains, à devenir travailleuse sociale, un métier difficile pour les autistes parce qu’ils ont du mal à entrer en relation avec les autres.
Aujourd’hui, Brigitte Harrisson est une conférencière courue au Québec et ailleurs dans le monde. Elle explique aux gens comment ça se passe dans la tête d’un autiste, et a développé des outils pour aider ces derniers à mieux communiquer avec ceux qui les entourent.

« Il y a différents types d’autisme, explique Brigitte Harrisson. Il y a différents degrés. Le mien est assez avancé, même si l’autisme, par définition, ce n’est pas simple !»
Ou peut-être, à l’inverse, que la réalité des autistes est trop simple pour nous ?

« Un non-autiste, ça se contredit aux 2 phrases tandis qu’un autiste c’est très, très constant, poursuit-elle. Les non-autistes sont souvent dans des crises existentielles à n’en plus finir. Pour nous, c’est assez simple la vie; ce n’est pas très compliqué. On est peut-être trop simples pour vous. C’est peut-être cela. C’est peut-être pour cela qu’on est compliqués. C’est peut-être cela, l’idée.»

Brigitte Harrisson a été diagnostiquée autiste à 38 ans, et pour elle, aucun doute dans son esprit que sa vie aurait été bien différente si elle l’avait su plus tôt. Enfant, elle manifestait une sensibilité sensorielle extrême. Elle portait des vêtements qui présentaient toujours la même texture; ne buvait son lait que s’il atteignait, d’une fois à l’autre, la même hauteur dans le verre; et pouvait faire une crise si la porte de sa chambre n’était pas entrouverte exactement de la même façon que la veille… « Toujours», « Exactement», « Même» : des mots-clés pour comprendre l’univers des autistes, qui évolue autour de la répétition, des rituels, de la routine. Leur sécurité intérieure dépend beaucoup de ces repères, de ces «marqueurs», dans le jargon.
Pour Brigitte Harrisson, comme pour beaucoup d’autistes, c’est à l’adolescence – à l’âge où la communication, la socialisation, prennent une place de plus en plus grande, et que papa et maman ne peuvent plus assumer ce rôle – que les choses se sont véritablement corsées, jusqu’à devenir, par moment, extrêmement souffrantes.
Dans les pires moments, elle tombe en « crise sensorielle», qui ressemble à une crise d’épilepsie. La personne perd le contrôle de son corps, a des convulsions. L’autiste demeure conscient de la réalité, mais il est incapable de la décoder.
« Je passais beaucoup de temps à essayer de trouver le pourquoi, à essayer de comprendre le sens des situations sociales, raconte Mme Harrisson. Je comprenais le son, mais le sens m’échappait. C’était de la corvée, continuellement. J’étais grosse comme ça ( la dame montre son auriculaire) et souvent malade, épuisée, comme beaucoup d’autistes d’ailleurs.»

Vérités et mensonges

Brigitte Harrisson est aujourd’hui une conférencière reconnue, l’une des rares personnes capables de présenter, à la fois, un regard intérieur et extérieur sur la problématique de l’autisme. Elle a aussi développé plusieurs outils pour venir en aide aux autistes et faciliter leur intégration sociale en collaboration avec Lise St-Charles, intervenante et spécialiste des troubles envahissants du développement.

« On a développé un modèle intégrateur qui s’appelle SACCADE, pour Structure et apprentissage cognitif continu adapté au développement évolutif. J’aime ça parce que le cerveau des autistes est saccadé, ça tombe bien comme nom !»

Ce modèle permet de mieux comprendre la perception des autistes, celle qu’ils ont d’eux-mêmes et ensuite, celles qu’ils ont des autres, de leur environnement. Une perception radicalement différente. Pour saisir cette réalité, le dessin d’un enfant autiste : une grosse tête, mais un corps formé de multiples bulles; le schéma corporel n’est pas fini, les frontières sont floues entre soi et l’univers… D’où l’importance des repères.
Brigitte Harrisson donne un autre exemple : « Un enfant très autiste, qui est en garderie, est habitué à l’odeur de son éducatrice. Une journée, l’éducatrice décide de se mettre un parfum. L’enfant est tout seul. Il n’a plus d’éducatrice pour la journée; il ne reconnaît plus son éducatrice.»
En grandissant, l’enfant autiste apprend à s’adapter à cet étrange univers qu’est le nôtre, où les choses, théoriquement, se distinguent facilement les unes des autres… Encore que ça dépend des points de vue…
« On a une communication directe, pas de sous-entendus, fait valoir Brigitte Harrisson. C’es-tu le fun ! C’es-tu le fun d’avoir la vérité pure et simple ! On a cette espèce de difficulté ou d’incapacité totale à mentir, à manipuler. On ne peut pas manipuler des émotions qu’on ne décode pas, hein ? Il y a une espèce d’intégrité, d’honnêteté, qui est là.»

Le programme SACCADE

Le programme SACCADE est offert à toutes les écoles qui en font la demande; il comprend des services de formation et d’animation, incluant des livres et des jeux. Dans le cadre d’une recherche pour en mesurer l’efficacité, il a déjà été testé dans trois écoles de la région de Montréal auprès d’enfants de différents âges. Les résultats devraient être publiés au cours de la prochaine année et s’annoncent prometteurs.

ConsulTed
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