Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

L'hygiène dans les hôpitaux

Émission du 9 septembre 2010

«Êtes-vous préoccupés par les infections dans les hôpitaux ?»

Expert invité : Richard Marchand, Microbiologiste et infectiologue, Institut de cardiologie de Montréal

Diminuer les infections dans les hôpitaux

En Amérique du Nord, près d’une personne sur 10 contracte une infection lors d’un séjour à l’hôpital, une situation qui entraîne 2000 décès annuellement. Malgré ces statistiques inquiétantes, certains hôpitaux visent à éliminer presque complètement ces infections. Avec l’implantation de certaines mesures, il est possible de réduire le risque de contracter une infection nosocomiale de près de 75 %.

Avant tout un problème d’hygiène

Selon Richard Marchand, microbiologiste et infectiologue, la principale cause des infections nosocomiales réside avant tout dans les comportements humains inadéquats ou déviants. On sait, par exemple, que dans les hôpitaux, 50 % des gens sortent des toilettes sans se laver les mains. Et sur la moitié des gens qui se lavent les mains, les deux tiers se rincent simplement les mains à l’eau, sans utiliser de savon ou de désinfectant.

Les médecins, comme tout le personnel infirmier, ont l’obligation professionnelle de se laver les mains avant de passer d’un patient à l’autre. Mais, dans les faits, les professionnels de la santé ne le feraient qu’une fois sur quatre. Pourquoi? Richard Marchand explique que, concrètement, sur un horaire de travail de 8 heures d’une infirmière aux soins intensifs qui passerait 50 fois d’un patient à l’autre, celle-ci doit déjà consacrer plus de 3 heures et demie à remplir des papiers. En comptabilisant aussi le temps alloué à ses pauses et son heure de repas, il ne lui reste qu’à peine trois heures de temps réel pour son travail d’infirmière. Et pour se laver les mains entre chaque patient, c’est plus de 50 minutes de son temps de travail qui serait investi dans ces mesures d’hygiène, ce qui ne lui laisse que très peu de temps pour ses véritables tâches professionnelles. Richard Marchand en conclut qu’il est impératif que les hôpitaux prévoient une véritable culture de sécurité qui se reflète dans l’organisation du travail.

Une culture de la sécurité des patients

À l’Institut de cardiologie de Montréal, on prend le problème très au sérieux. «Un des principaux facteurs en prévention des infections, explique Sylvie Demers, conseillère à la prévention des infections, c’est d’établir une culture de la sécurité des patients dans l’établissement.» L’Institut de cardiologie est un exemple du genre, soutient-elle, puisque dans chaque secteur d’activité, les équipes sont préoccupées par la prévention des infections.

Immeubles vétustes

Richard Marchand nous rappelle que nos hôpitaux datent pour la plupart des années 1950 ou 1960 et qu’ils sont dans un tel état de vétusté que plusieurs surfaces, notamment les plafonds et les planchers, sont très poreuses et difficiles à nettoyer. «Les micro-organismes qui contaminent les surfaces peuvent vivre de façon différente, mais de façon très prolongée, explique-t-il. Par exemple, le virus de l’hépatite B peut vivre facilement trois mois sur une table. Le virus de la grippe, par exemple, de 6 à 8 heures sur une poignée de porte, alors que sur les mains, il ne survivra que 20 minutes tout au plus.»

La désinfection en trois étapes

Sylvie Demers explique que, par exemple, la désinfection du Clostridium difficile se fait en trois étapes. Première étape, un nettoyage avec un mouvement agressif de frottement. Deuxième étape : le rinçage. Et pour terminer : l’eau de javel. «Désinfecter une chambre, ça peut prendre une heure et demie avant que la chambre soit prête. Et dans une journée, il peut arriver qu’on ait une vingtaine de désinfections à faire, d’où l’importance du travail des équipes dédiées à l’hygiène et la salubrité.»

Les défis de la désinfection

«Quand un hôpital achète une pièce d’équipement, soutient Richard Marchand, il devrait toujours s’assurer qu’on a, avec cette pièce d’équipement, une procédure de désinfection. Et ça n’a pas toujours été le cas, surtout avec les équipements informatiques, par exemple. Qu’est-ce qu’on fait avec un clavier quand le bébé a vomi dedans ou que le tuberculeux a toussé dessus?» Les hôpitaux sont, selon lui, aux prises avec de nombreux problèmes de désinfection, parce que ces composantes d’ordinateur n’ont pas été conçues pour être désinfectées. Ce n’est que tout récemment que des pièces d’équipement ont été conçues pour être désinfectées.

«Demandez des mains propres pour vos soins»

Pour se protéger contre les infections nosocomiales, Richard Marchand conseille aux patients hospitalisés d’exiger du personnel soignant qu’ils se lavent ou se désinfectent les mains devant eux. Ce geste serait, selon lui, non seulement un gage de protection, mais aussi une marque de soutien au personnel hospitalier dans sa lutte aux infections nosocomiales.