Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

La marijuana est-elle plus dangereuse qu'autrefois ?

Émission du 16 septembre 2010

«La marijuana est-elle plus dangereuse qu’autrefois ?»

Expert invité : Stéphane Potvin, Chercheur, Centre de recherche Fernand- Seguin

Le cannabis d’hier et d’aujourd’hui

«Une chose qu’il faut dire d’entrée de jeu par rapport au cannabis, explique Stéphane Potvin, c’est que le cannabis d’aujourd’hui n’est plus le cannabis d’antan. C’est le cannabis que les hippies auraient certainement voulu avoir dans les années 70.»

Selon ce chercheur au Centre de recherche Fernand-Seguin, les concentrations de cannabis sont effectivement plus élevées aujourd’hui, et même en avançant des chiffres très conservateurs, on peut certainement dire qu’elles ont au moins doublé. Ces différences seraient attribuables aux nouveaux modes de production du cannabis tels que la culture hydroponique.

Plusieurs substances en jeu

Le cannabis contient plusieurs substances : celles qui sont euphorisantes, mais aussi d’autres substances qui sont vraiment néfastes pour la santé. Certaines d’entre elles peuvent notamment entraîner le cancer du poumon. Comparativement à la cigarette, le cannabis a un potentiel cancérigène 5 fois plus élevé.

Cannabis et troubles mentaux

La consommation de cannabis augmenterait de 40 % le risque de souffrir de troubles mentaux. Stéphane Potvin explique que les études scientifiques ont démontré qu’à long terme, la consommation de cannabis augmente légèrement le risque de souffrir de schizophrénie et qu’elle pourrait aussi augmenter le risque de souffrir du trouble bipolaire. Pour les gens qui souffrent de bipolarité, il est aussi possible que la consommation de cannabis aggrave les épisodes maniaques.

Le cannabis aurait aussi des effets sur l’humeur, poursuit Stéphane Potvin. Au départ positif, quand la consommation est modérée, cet effet aurait toutefois tendance à se renverser lorsque la consommation devient plus importante.

Effets sur le cerveau

Dans le cerveau, précise Stéphane Potvin, le cannabis a des effets sur des neurotransmetteurs importants tels que la dopamine, la sérotonine et la norépinéphrine. Cet effet serait variable selon la dose consommée. À petite dose, les cannabinoïdes favorisent l’humeur en augmentant les quantités de sérotonine. Mais à plus forte dose, ces mêmes cannabinoïdes entraînent une diminution de la sérotonine disponible.

Effets à long terme

À long terme, la consommation de cannabis peut aussi jouer un rôle sur la motivation. Des chercheurs tentent actuellement de comprendre si les jeunes qui consomment du cannabis tôt dans l’adolescence sont plus à risque de souffrir de troubles psychiatriques que ceux qui commencent à consommer plus tard.

Consommation occasionnelle

Si les effets psychiatriques du cannabis demeurent marginaux, il ne faut pas oublier que la consommation de cannabis peut entraîner des abus ou une dépendance, une réalité qui préoccupe les spécialistes. Même si à peine 8 à 10 % des gens qui essaient le cannabis deviennent dépendants, ce qui est très faible par rapport à d’autres substances comme le tabac et l’héroïne, il n’en demeure pas moins que c’est un problème qui menace beaucoup de personnes. En effet, puisque la consommation de cannabis est très répandue dans la société et que 30 % des jeunes fumeurs de cannabis seraient des consommateurs réguliers, le risque d’abus ou de dépendance serait loin d’être négligeable.

«Je ne suis pas un preacher, conclut Stéphane Potvin, mais ça devient pour moi un peu difficile, surtout pour les gens comme moi en psychiatrie, de nier qu’il y a des conséquences à la consommation de cannabis.» Selon lui, la solution réside avant tout dans l’éducation, afin de préparer les jeunes à faire des choix éclairés.