Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Obésité : le Dr Garrel se bat pour faire changer les mentalités

Émission du 16 septembre 2010

Peut-être avez-vous déjà eu des préjugés à l’égard des personnes obèses? Vous n’êtes pas les seuls. Sommité dans le domaine de la nutrition et l’obésité au Québec, le Dr Dominique Garrel, endocrinologue, s’efforce depuis des années de changer les mentalités. Il se bat contre les préjugés à l’égard des personnes obèses et pour leur droit à être traitées dans la dignité.

«L’obésité est une maladie chronique, une maladie de toute la vie, mais qui n’a été reconnue comme maladie que récemment, que depuis quelques années et il y a encore une grande partie du corps médical et des intervenants en santé et du public qui ignorent cela et qui ne traitent pas ces patients comme s’ils étaient des patients, mais qui continuent à les traiter comme s’ils étaient des gens qui ont des mauvaises habitudes et qui n’ont pas de volonté.»

Les obèses victimes d’ostracisme

Pour le Dr Dominique Garrel, les patients qui souffrent d’obésité sont régulièrement victimes d’ostracisme. La preuve : plusieurs de ses patients sont surpris de se faire examiner physiquement et palper le ventre, puisqu’ils n’ont jamais été touchés par un médecin auparavant. «L’obésité est un peu comme une lèpre, soutient-il, puisque plusieurs médecins vont jusqu’à ne pas toucher la personne.»

Le Dr Garrel déplore que très peu d’efforts soient investis dans la lutte contre l’obésité. «Si ce n’était qu’un problème esthétique, on pourrait dire “tant pis pour ces pauvres gens”, mais non, c’est un problème médical grave, car l’obésité, comme on ne la soigne pas, elle ne se stabilise pas, et la plupart des personnes obèses continuent à prendre du poids toute leur vie.» Et plus le surpoids est important, plus il devient nécessaire d’imposer aux gens des traitements chirurgicaux.

Une véritable épidémie

Le nombre de personnes obèses est actuellement en pleine explosion : 30 % de cas d’obésité aux États-Unis, 25 % de cas au Canada. Selon le Dr Garrel, les États-Unis atteindront 50 % de cas d’obésité dans 10-15 ans si rien n’est fait.

Devenir obèse en mangeant bien

Dans certains cas, il ne suffit que de 100 calories superflues par jour pour entraîner une condition d’obésité sur une période de 4 ans. Ce qui est difficile, soutient le Dr Garrel, c’est que ces 100 calories ne sont même pas mesurables et que même en suivant les conseils du Guide alimentaire canadien, mais en mettant 2 cuillerées à table d’huile d’olive excédentaire dans une salade, il est possible de se diriger vers l’obésité. «Des tas de gens sont devenus obèses tout en mangeant très bien, et n’ont aucune mauvaise habitude alimentaire.»

Le Dr Garrel croit que près des deux tiers des gens sont susceptibles de devenir obèses, selon la théorie du gène économe. «Le gène économe, précise-t-il, c’est l’adaptation par la sélection naturelle d’individus qui sont capables de profiter au maximum d’une situation d’abondance pour résister à une famine.» Ces traits métaboliques et de comportement, sélectionnés par l’évolution, seraient aujourd’hui devenus néfastes en raison de notre mode de vie.

Un travail d’équipe

«Je ne m’occupe pas de patients obèses tout seul.» Pour le Dr Garrel, il est important que les patients obèses soient traités avec une approche multidisciplinaire, ce qui favorise grandement les chances de succès des patients.

Si un patient essaie de se traiter seul, ses chances de succès sont d’environ 1 sur 1000. Accompagné d’un intervenant, comme un médecin, un psychologue ou une nutritionniste, ce taux de succès monte à peine à 5 %. Avec une approche multidisciplinaire, comme une équipe qui suit le patient pendant une période de 6 mois, les chances de succès grimpent à 25 %.

Mais gare aux attentes irréalistes : «Quand on parle de réussite, on ne parle pas de normaliser le poids, mais de le réduire suffisamment pour améliorer la qualité de vie et diminuer la fréquence des maladies qui viennent avec l’obésité.»

La faute aux gènes ?

Dominique Garrel met aussi les patients en garde contre les pensées fatalistes : «Ce n’est pas parce que c’est génétique qu’on n’y peut rien. Au contraire, quand c’est génétique, on a une meilleure compréhension du phénomène et on peut mieux intervenir avec les habitudes de vie.»

Victimes des charlatans

L’échec de la médecine favoriserait aussi l’explosion d’un marché de charlatans qui abusent de la crédulité des patients obèses, déplore le Dr Garrel. «On tolère que toutes sortes d’escrocs et de bandits exploitent grossièrement ces gens de façon honteuse, ce qui serait tout à fait inacceptable si on parlait de cancer du sein ou de crise cardiaque par exemple, des maladies qui sont socialement acceptables.»

La solution : l’éducation

C’est par l’éducation que passera la solution, croit le Dr Garrel. «Il faut faire pression pour que l’on connaisse l’ampleur du problème. L’éducation est extrêmement importante. Les gens doivent se rendre compte que c’est sérieux et qu’il faut traiter les obèses de façon respectueuse.»

Pour en savoir plus sur le sujet, consultez le livre de Dominique Garrel : «Question de maigrir, la vérité sur l’obésité… pandémie du siècle», publié aux éditions Marcel Broquet. http://www.marcelbroquet.com/boutique/product_info.php?cPath=43_34

Le Dr Garrel s’est aussi battu pour donner l’heure juste sur les mythes alimentaires et il est à l’origine du site web Extenso, un portail d’information scientifique sur l’alimentation.
Pour le consulter, http://www.extenso.org/