Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

L'homéopathie

Émission du 23 septembre 2010

«Croyez-vous en l’homéopathie ?»

Expert invité : Jean-Louis Brazier, pharmacologue

Les grands principes de l’homéopathie

Pour le pharmacologue Jean-Louis Brazier, il est important de tout d’abord comprendre que l’homéopathie est fondée sur trois grands principes :

1 – la similitude : soigner le mal par le mal. On donne une quantité infinitésimale de quelque chose qui produirait le même symptôme que la maladie qu’on veut combattre.

2 – les dilutions : les produits homéopathiques sont fabriqués à partir de dilutions successives afin d’obtenir des produits extrêmement dilués.

3 – la dynamisation : quand les produits sont dilués, il faut leur donner de l’énergie. C’est le principe de la dynamisation qu’on obtient en agitant les produits au fur et à mesure qu’on les fabrique.

Rien à voir avec la vaccination

Contrairement à ce que certains croient, l’homéopathie ne fonctionne pas selon le même principe que le vaccin. «Ça n’a rien à voir avec la vaccination, explique Jean Louis Brazier. La vaccination, c’est des petites doses de quelque chose qui donne des anticorps. L’homéopathie, ça ne joue pas du tout sur les anticorps.»

Qu’est-ce que l’homéopathie ?

Les médicaments homéopathiques sont fabriqués à partir d’extrait de produits issus de la nature, comme une plante, un minéral ou un animal. Cet extrait est ensuite dilué dans l’eau puis inséré dans un granule sucré ou dans un onguent.

Mais Jean-Louis Brazier croit qu’avec les onguents, on se situe vraiment à la limite de l’homéopathie. «On n’est plus du tout dans la pensée initiale du créateur de l’homéopathie, M. Samuel Hanneman. Pour lui, il n’y avait que les solutions qui fonctionnaient et même le sucre, ce n’était pas bon.»

La personnalisation

«Un autre principe important dans le traitement homéopathique, explique Jean Louis Brazier, c’est la personnalisation. Ça consiste à prendre un individu et à l’interroger sur un certain nombre de signes, parce que le médicament homéopathique qu’on va donner va dépendre de la personne en entier.» Cette personnalisation de l’approche homéopathique traditionnelle implique, par exemple, que deux personnes qui souffrent d’asthme seront traitées par des médicaments différents, puisque leur interrogatoire détaillé aura mené à deux traitements homéopathiques distincts.

Pour Jean-Louis Brazier, il est clair que si on va chercher chez le pharmacien un petit tube de granules pour traiter un mal d’oreille, on n’est plus dans l’approche homéopathique traditionnelle.

Est-ce que ça fonctionne ?

Si on prend le point de vue d’un chimiste, il est difficile de croire en l’efficacité de l’homéopathie, croit Jean-Louis Brazier. Car avec de tels niveaux de dilution, on finit par avoir dilué une goutte dans 50 000 milliards de milliards de milliards de fois le volume de la Terre. Donc, pour le chimiste, il ne reste clairement plus rien de la substance initiale à l’intérieur du granule ou de la solution homéopathique.

Pour le pharmacologue, l’effet se mesure par la réception d’une molécule par un récepteur. Mais s’il n’y pas plus de molécules pour atteindre le récepteur, il est difficile pour le pharmacologue de croire que ça peut fonctionner.

Les études scientifiques et les dernières méta-analyses n’ont pas non plus démontré que l’homéopathie pouvait avoir un réel effet thérapeutique supérieur à l’effet placebo.

Seulement dans la tête, l’effet placebo? Pas si sûr… «L’effet placebo, c’est un effet réel qui peut se mesurer, explique Jean-Louis Brazier.» En effet, il semble que plusieurs études ont démontré que l’effet placebo entraîne des effets réels dans le corps, par exemple la sécrétion d’endorphines et d’autres substances qui vont diminuer la douleur ou entraîner d’autres formes de guérison.

Alors, l’homéopathie, ça fonctionne ou non? Jean-Louis Brazier croit que si ça fonctionne, c’est surtout parce que dans l’effet placebo, il y aussi beaucoup de facteurs impliqués, comme l’attention et les soins que l’on porte à une personne qui est malade. Pour ce pharmacologue, il s’agit de formes de conditionnement qui peuvent améliorer l’état de santé et qui expliquent le résultat d’études avec placebo.

Contre-indications

Dans les cas de pathologies qui doivent obligatoirement être traitées de façon conventionnelle, l’homéopathie devient contre-indiquée si elle est utilisée seule, soutient Jean-Louis Brazier. Remplacer le traitement conventionnel par l’approche homéopathique serait, selon lui, non-éthique et à proscrire. Par contre, une approche complémentaire peut être envisagée, nuance-t-il : «L’homéopathie peut être acceptable en complément à la médecine conventionnelle, à la rigueur, parce qu’elle peut apporter le petit plus qui permettrait d’aller plus loin, si la personne croit que ça peut aider.»

Garder l’esprit ouvert

Ce point de vue critique demeure toutefois la vue objective du scientifique, conclut Jean Louis Brazier. Mais si le scientifique n’est pas fermé d’esprit, il peut conserver la porte ouverte à de nouvelles recherches scientifiques qui démontreront peut-être dans le futur que des médicaments hautement dilués peuvent effectivement avoir un effet thérapeutique.

Au Québec, les ventes annuelles de remèdes homéopathiques sont estimées à 50 millions $.