Une pilule une petite granule

Émission disponible en haute définition

Diffusion terminée

Diffusion :
Diffusion terminée
Durée :
60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Maux de dos : en guerre contre la douleur

Émission du 23 septembre 2010

Quatre-vingts pour cent de la population se plaindra un jour ou l’autre d’un mal de dos. Il n’est donc pas étonnant qu’on en parle comme la «maladie du siècle».

C’est le cri du cœur de Catherine, 33 ans, publié dans une lettre ouverte du journal La Presse qui nous a inspirés à préparer ce reportage. Souffrant de douleurs intenses au bas du dos causées par des hernies discales, et incapable de trouver des solutions pour soulager sa douleur, Catherine se voyait déjà obligée de renoncer à sa carrière et à plusieurs projets d’avenir. Parce que son histoire ressemble à celle de beaucoup d’autres, nous avons tenu à l’accompagner dans sa démarche.

L’histoire de Catherine

«J’ai commencé à avoir mal au dos en mai 2009, se souvient Catherine Prévost. Quand j’ai commencé à avoir mal, j’étais relativement positive.» Convaincue que la guérison serait rapide, Catherine n’aurait jamais pu s’imaginer que son problème perdurerait et lui minerait l’existence pendant si longtemps.

«Dans le pire de la douleur, se souvient-elle, j’avais de la difficulté à faire des mouvements de base, comme me pencher pour attacher mes souliers et monter l’escalier avec mes sacs d’épicerie, ou même me retourner la nuit.»

Accessoiriste en télévision et en cinéma, Catherine travaille souvent dans les décors et doit déplacer des meubles ou soulever de lourds objets, tout en vivant régulièrement un haut niveau de stress. Malgré son mal de dos, elle a continué à travailler assez longtemps, mais la douleur était difficilement supportable. À certains moments, elle boitait et devait consommer de fortes quantités de médicaments antidouleur pour poursuivre ses activités professionnelles.

Après une série d’examens médicaux, un premier diagnostic tombe : deux hernies discales et un nerf comprimé. Ce dernier étant rattaché à son nerf sciatique, cette compression lui entraînait des douleurs à la jambe et dans le dos.

Les multiples causes des maux de dos

Quelques mois plus tard, Catherine consulte le Dr Serge Marchand, neurophysiologiste au Centre hospitalier de l’Université de Sherbrooke. Selon ce spécialiste de la douleur, plusieurs facteurs peuvent causer des douleurs lombaires : «La raison qu’on connaît le mieux, c’est la fameuse hernie discale, c’est-à-dire une compression des disques entre les vertèbres qui entraîne une pression sur un nerf.» D’autres explications sont aussi possibles, notamment lorsque des vertèbres se touchent et s’usent, ou dans des cas de douleurs musculaires.

Pierre Mainville, omnipraticien à la clinique de la douleur du CHUM, confirme que les problèmes de dos sont très fréquents dans la société nord-américaine «La lombalgie représente peut-être 40-50 % des cas qui nous consultent à la clinique de la douleur. On a souvent dit que c’est le mal du siècle, mais je ne crois pas que ce soit le mal du siècle. Je crois que c’est plutôt la sédentarité qui est le mal du siècle.»

En étant plusieurs heures par jour en position assise, que ce soit au bureau, à la maison ou en voiture, nous imposons à notre corps un régime de vie néfaste à notre dos, croit ce médecin. «Je pense que le dos, la colonne, et tout particulièrement le disque, ne supportent pas la position assise et ne sont pas faits pour demeurer assis longtemps. On est fait pour tenir debout, marcher ou rester couchés.»

Selon plusieurs études scientifiques, il semble que certaines personnes seraient aussi prédisposées génétiquement à souffrir de maux de dos chroniques, soutient le Dr Marchand. Des facteurs psychologiques comme le stress auraient aussi un impact sur la chronicité des douleurs lombaires. Les femmes seraient aussi davantage sujettes que les hommes à souffrir de douleurs chroniques, une différence qui pourrait s’expliquer par les hormones sexuelles qui pourraient protéger ou non les individus contre les douleurs chroniques.

Catherine Prévost se souvient que la douleur était, à certains moments, très difficile à supporter au niveau psychologique : «L’effet de la douleur intense, à un moment donné, c’est que ça vient te chercher, et tu te demandes “Pourquoi j’ai mal ? Pourquoi ça ne passe pas?” C’est un combat de tous les jours de ne pas se décourager. Après plusieurs mois, sans vraiment éprouver un sentiment de défaite, j’avais l’impression d’avoir perdu ma bataille.»

Dans toute cette épreuve, le plus difficile pour Catherine fut de devoir se résigner à arrêter de travailler : «C’était pour moi le pire scénario. Psychologiquement, ça a vraiment été dur.» Adepte de sport et de plein air, la jeune femme avait déjà dû renoncer à ses activités sportives et redoutait de perdre son cercle d’amis. Après avoir arrêté le travail, elle craignait maintenant que cette situation perdure pour le reste de ses jours.

Il y a des hauts et des bas dans la capacité à endurer la douleur, croit Serge Marchand, et les facteurs psychologiques sont nombreux à intervenir. Même si la douleur ressentie est réelle, il est clair que le stress et l’anxiété, par exemple, peuvent avoir un effet négatif sur la douleur.

Stress, dépression prolongée, conflits, anxiété, et bien d’autres, tous ces facteurs seraient des amplificateurs de douleur, confirme le Dr Mainville : «Il ne faut jamais oublier que la douleur est un phénomène sensoriel et émotionnel.»

Après un hiver d’inactivité, Catherine Prévost croit avec le recul que son erreur a été de mettre l’accent sur les côtés négatifs et sur ce qu’elle ne pouvait plus faire : «Si mon hiver était à recommencer, j’aurais axé plus sur ce que je peux faire. Je pense que ça aurait été plus facile.»

Les limites de la médecine

Pour des raisons qui demeurent mystérieuses, beaucoup de maux de dos apparaissent et disparaissent comme par enchantement, sans besoin de traitement. Malheureusement pour Catherine Prévost, elle fait partie d’une minorité – entre 2 % et 9 % des gens souffrant de douleurs au dos – qui doivent affronter des douleurs persistantes, qui les empêchent même de fonctionner.

Dans les cas de fortes douleurs, il n’y a pas de recette miracle, d’autant plus que les listes d’attente dans les cliniques de la douleur sont très longues, et les gens doivent trouver eux-mêmes des solutions pour apaiser leur mal. Catherine en a fait l’expérience.

«Je pense que le système médical a des solutions, mais il faut que tu sois patient, lance Catherine Prévost avec un brin d’exaspération. Et quand tu as mal, tu n’es pas patient. Tu n’as pas le goût d’être patient et tu as le goût que les gens t’aident !»

Pour accélérer le processus et avoir des diagnostics plus rapides, Catherine a déboursé de sa poche les frais de scan et d’IRM. En ajoutant tous les frais de chiropraticiens, d’ostéopathes, de médicaments et autres dépenses connexes, Catherine a dépensé en tout et partout un montant total de 2800 $ en 2009.

«La médecine est très mal outillée pour la douleur chronique en général, les lombalgies y comprises, affirme le Dr Serge Marchand. On a des analgésiques, mais chez ceux qui se chronicisent, ou qui se chronicisent depuis longtemps – qui ont mal depuis des années –, on n’est pas très bons en médecine finalement.» Tout en reconnaissant que la médecine fait des progrès et que les médecins sont mieux outillés qu’autrefois, ce neurophysiologiste croit que plusieurs questions demeurent encore sans réponse.

Après avoir consulté sans succès une ostéopathe et une acupunctrice, Catherine a consulté son médecin qui lui a prescrit des antidouleurs et des anti-inflammatoires. Par la suite, une première épidurale de cortisone lui a permis d’améliorer son état de 50 %, mais malheureusement, les deux injections suivantes ne lui ont été d’aucun secours.

Dans plusieurs cas, les patients aux prises avec des douleurs lombaires demandent à leur médecin si une opération serait efficace. Mais la chirurgie est souvent inutile, soutient le Dr Marchand, et plusieurs patients reviennent par la suite avec un retour des douleurs. Le Dr Mainville est lui aussi d’avis que ces interventions se sont souvent avérées inefficaces ou nuisibles, mais dans certains cas, la chirurgie peut représenter le traitement approprié, notamment dans le cas de la compression dite «de la queue de cheval».

Bouger à tout prix

«Le pire, c’est de rester couché», poursuit le Dr Mainville. Selon lui, il peut être normal de demeurer alité 24 heures, si la douleur nous empêche de bouger, mais il est important de rapidement reprendre nos activités habituelles, lorsque la douleur est contrôlée par une médication appropriée, et ce, quel que soit le diagnostic.

Pour soulager les maux de dos, rien de tel que bouger et faire de l’exercice, soutient le Dr Marchand. Et même si certains spécialistes ont longtemps préconisé des exercices spécifiques, la nouvelle tendance se résume maintenant à un mot : bouger ! «Si vous aimez une chose, c’est celle-là que vous devez pratiquer», conseille Serge Marchand. Marcher, nager, danser, peu importe : l’important est de pratiquer cet exercice sur une base régulière, même si ce n’est que pour une quinzaine de minutes ou une demi-heure. «L’exercice, c’est une chose qu’il faut faire, même si dans certains cas, l’exercice va nous faire plus mal, car c’est à long terme qu’on va gagner du terrain.»

Les approches alternatives

Pour Catherine Prévost, c’est la rencontre avec son chiropraticien Paul Paradis qui a été sa planche de salut et qui lui a apporté le plus grand soulagement. «Les chiropraticiens sont un peu comme des mécaniciens pour les problèmes de dos, explique celui-ci. Il y a des structures osseuses, et il y a ce que j’appelle des câblages, c’est-à-dire des structures musculaires et ligamentaires, qui supportent et font bouger des structures.» S’il y a un stress qui a créé une irritation, de l’inflammation et de la douleur, le rôle du chiropraticien est de diminuer ce stress et de laisser le corps guérir, poursuit-il : «Il n’y a pas un thérapeute qui guérit un patient. C’est le corps du patient qui se guérit si on enlève les stress.»

«Les approches qu’on dit alternatives ou les autres qui sont non-médicales en tant que telles ont souvent une place intéressante, croit le Dr Serge Marchand. L’acupuncture, par exemple, ça peut avoir l’air un peu ésotérique, mais il y a de belles études à l’appui que pour la douleur, ça peut être efficace dans certains cas. Des techniques qui peuvent avoir l’air encore plus ésotériques – comme la relaxation et la méditation – sont aussi très efficaces.» Il ne serait toutefois pas facile de séparer le bon grain de l’ivraie, croit ce spécialiste, car il est très difficile de faire la différence entre les approches qui sont validées par des études scientifiques et celles qui ne le sont pas du tout.

Paul Paradis croit que la combinaison entre différentes approches est aussi bénéfique. Plusieurs de ses patients consultent en parallèle un ostéopathe, un massothérapeute ou un acupuncteur. C’est, selon lui, une excellente façon pour les patients d’apprendre à connaître leur corps.

Le Dr Mainville ne voit lui non plus pas de contre-indication à ce que les patients consultent un thérapeute en médecine alternative. Il met toutefois les gens en garde contre les traitements prolongés, signe que l’approche est inefficace.

Vers la guérison

Pour Paul Paradis, il est important de ne pas perdre espoir et de croire en la guérison : «Moi, je dis toujours aux gens, si vous êtes mieux une seconde par jour, ça indique que vous pouvez être mieux. La possibilité existe : il s’agit juste d’agrandir cet espace-temps-là. Et c’est souvent ce qui arrive. Quand on a une porte ouverte à la guérison et au bien-être, on peut nourrir ce bien-être-là.»

Après des mois de douleur, Catherine Prévost se sent maintenant bien engagée sur la voie de la guérison, allant même jusqu’à évaluer sa progression à 7,5 sur une échelle de 10, un progrès encourageant quand on pense à toutes les épreuves qu’elle a dû traverser.

Le mal de dos est la première cause d’incapacité au travail chez les moins de 45 ans.

Source : CSST