Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Martin Dusseault, le sport pour éviter de décrocher

Émission du 23 septembre 2010

L‘approche de cet ancien joueur de basketball mérite d’être soulignée. Martin Dusseault, travailleur social, a mis à profit son amour du sport pour intervenir auprès des jeunes qui risquaient de décrocher et a obtenu beaucoup de succès.

En plus de stimuler la réussite scolaire, il a mis en échec des problèmes de santé qui auraient pu devenir beaucoup plus graves.

Le basketball, c’est une seconde nature pour Martin Dusseault, travailleur social au CSSS Jeanne-Mance : «Sur un terrain de basket, je me sens vraiment comme chez moi. Ça me rappelle des souvenirs d’enfance et d’adolescence quand, avec les amis, on allait jouer dehors et qu’on avait juste ça à penser.»

À l’école Jeanne-Mance, à Montréal, Martin Dusseault a renoué avec cette passion du basket en créant un programme d’intervention sociale innovateur : Bien dans mes baskets. «C’est un programme d’intervention sociale qui utilise le sport parascolaire, le basketball, comme outil d’intervention, explique Martin Dusseault. Le ballon devient vraiment un outil et un prétexte pour aider les jeunes dans différentes situations, tant sportives, sociales que scolaires.»

Les débuts du programme

Dans cette école de milieu défavorisé du Plateau Mont-Royal, Martin Dusseault explique que ses collègues et lui formaient une équipe déjà révolutionnaire, expérimentant déjà beaucoup de nouveautés en travail social. «Mais on ne réussissait pas à atteindre la clientèle multiethnique, qui est nouvelle dans le quartier, explique-t-il. À ce moment-là, l’école fermait à 15 h 30 et les agents de sécurité mettaient les jeunes dehors et les jeunes qu’on avait justement de la difficulté à rejoindre jouaient au basket dans la cour d’école»

Un après-midi, Martin Dusseault a tenté le coup de sortir sur le terrain avec son ballon et de se joindre au groupe. «J’ai pris le temps d’être là avec eux. J’aimais ça jouer au basket avec eux. Et ce n’est qu’après ça que je me suis mis à penser que ça pouvait avoir un impact sur mon travail.» Par la suite, Martin a rapidement réalisé que le temps passé avec les jeunes à l’extérieur améliorait ses relations avec eux à l’intérieur de l’école.

Entraîneur et travailleur social

L’année suivante, Martin Dusseault a formé une première équipe de basket à l’intérieur de l’école. Même si leurs premières performances sportives n’étaient pas très reluisantes, Martin Dusseault se souvient surtout que 9 des 11 membres se son équipe l’ont consulté en tant que coach dans son bureau de travailleur social. Un premier pas vers le changement.

«On devient la porte d’entrée du CSSS, explique l’entraîneur-travailleur social. Moi, il m’arrive régulièrement de référer des jeunes à des médecins, des infirmières ou des services spécialisés à l’hôpital.» Que ce soit pour une difficile peine d’amour ou pour une dépression plus grave, les motifs de consultation sont multiples et variés. Martin Dusseault se souvient notamment que l’an dernier, il a découvert que deux joueuses de l’équipe souffraient d’anorexie, ce pour quoi il les a référées aux services de l’hôpital Sainte-Justine.

«Comme coach, on est beaucoup moins menaçant qu’un travailleur social.» Martin Dusseault donne l’exemple de nombreuses familles congolaises ou haïtiennes pour qui l’idée d’un travailleur social peut sembler menaçante, contrairement à celle d’un entraîneur.

Améliorer l’alimentation des jeunes

Martin Dusseault aime aussi partager ses heures de repas avec les jeunes membres de son équipe. «On utilise toujours le ballon. On essaie par le ballon de leur inculquer de saines habitudes de vie.»

«Avec les années, on s’est rendu compte que nos jeunes étaient un peu frêles, mais surtout qu’ils ne mangeaient pas très bien, raconte Martin. En discutant avec les gens du programme, on a décidé de travailler sur cet aspect-là qui, on le pense, va avoir non seulement un impact sur leur santé, mais aussi sur leurs performances sportives. Car ce qu’ils veulent entendre, les jeunes, c’est “comment puis-je faire pour m’améliorer sur le terrain ?” À cet âge-là, ils sont dans le ici et maintenant, et c’est ce qu’ils veulent voir.»

Et les résultats parlent d’eux-mêmes : «Peu à peu, ils changent leurs habitudes de vie, on les voit beaucoup plus régulièrement à la cafétéria. Pourtant aux alentours de l’école, c’est rempli de fast-food.»

Le basket contre le décrochage

Dans cette école où le taux de décrochage frise les 40 %, le programme Bien dans mes baskets a eu un impact très bénéfique sur la persévérance académique. Cette année, sept membres de l’équipe de basket terminent leur secondaire et se dirigent vers le cégep.

Le basket comme outil pour construire l’estime de soi

Martin Dusseault croit aussi que l’expérience du basket s’avère aussi un outil extraordinaire pour aider les jeunes à construire leur estime personnelle : «Nous, on essaie de partir avec nos jeunes et de travailler sur leurs forces, pour leur permettre d’être reconnus dans ce qu’ils ont de bon. À partir de là, on construit sur quelque chose, et peu à peu, ça fait un balancier qui fait en sorte qu’on réussit à développer une reconnaissance que les jeunes ont d’eux-mêmes et de leur potentiel.»

Rendre ce qu’il a reçu

Pour Martin, cet engagement auprès des jeunes est aussi une façon de rendre à la société ce qu’il a reçu quand il était plus jeune et qu’il a eu la chance de se développer dans une équipe de basketball. « J’espère être capable de permettre d’allumer certaines mèches et de faire en sorte que les jeunes avec qui je travaille, quand ils vont parler de leur adolescence, vont être contents d’en parler.»

«Je suis vraiment conscient de la force d’une équipe et je suis convaincu que c’est un des plus beaux cadeaux qu’on peut leur offrir d’avoir à l’adolescence un groupe positif qui s’entraide.»