Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

L'orthodontie, une mode ?

Émission du 30 septembre 2010

Une mode, l’orthodontie ?

«On ne peut pas dire que l’orthodontie est devenue une mode, mais ce l’est tout de même un peu plus qu’avant, soutient le Dr Claude Remise, chef du service d’orthodontie de la Faculté de médecine dentaire de l’Université de Montréal. Les gens ont maintenant tendance à vouloir faire de l’orthodontie pour l’esthétique beaucoup plus que pour le fonctionnel.»

Mais il faut nuancer, croit le Dr Remise, car il y a des cas qui sont vraiment handicapants. Dans ces cas précis, l’orthodontie peut être très bénéfique, notamment parce que les enfants qui ont les dents croches sont souvent la cible de moqueries à l’école, ce qui peut affecter le moral et le développement personnel de certains d’entre eux : «Quand on replace les dents d’une manière ou d’une autre, l’enfant se développe plus normalement, a une facilité à sourire, une facilité à s’exprimer, nettement meilleure qu’il avait avant.»

Problèmes de malocclusion

En Amérique du Nord, 75 % des jeunes de 6 à 17 ans ont des problèmes de malocclusion. Mais de quoi s’agit-il exactement?

«Une malocclusion, explique le Dr Remise, c’est simplement le fait d’avoir les dents croches, point final.» Pour lui, les dents ne sont souvent pas alignées de manière idéale, et selon un certain courant de pensée, tout ce qui dévie de cet alignement idéal devient une malocclusion. Maxillaire avancé, mandibule tout en arrière, ou les deux qui sont mal placés : il y a des malocclusions de tous les genres et le Dr Remise reconnaît que oui, on peut dire que c’est une nouvelle «mode» en orthodontie de replacer toutes les malocclusions.

La force de la pression sociale

«Les filles veulent être minces comme les filles à la télé, avoir un sourire comme les filles à la télé…» Pour le Dr David Benguira, résident en orthodontie, c’est toute la société qui évolue vers de nouvelles normes esthétiques et qui s’en remet à la médecine pour atteindre cette perfection absolue.

Le Dr Remise est lui aussi d’avis que la pression sociale est aujourd’hui très forte, comme en témoigne l’énorme demande pour le blanchiment dentaire : «Il faut un sourire absolument extraordinaire, le sourire Hollywood comme on pourrait l’appeler.» À son avis, il ne s’agit là que de préoccupations superficielles et il vaudrait mieux se préoccuper de l’intérieur de la personne, de ses qualités personnelles et de ses compétences professionnelles que de la blancheur ou de l’alignement de sa dentition.

Parfois, raconte le Dr Benguira, les patients viennent les consulter pour des motifs si superficiels qu’il est nécessaire de freiner leurs attentes et de carrément leur suggérer de ne pas aller de l’avant avec un traitement en orthodontie. «On peut fonctionner avec des gens super-croches, poursuit-il, on peut avoir d’autres problèmes, mais on a souvent vu des gens de 70-80 ans en super-santé avec des dents croches. Ça existe.»

Les conséquences de ne pas se faire traiter

Contrairement à une croyance répandue, la malocclusion ne cause pas de problèmes digestifs.

«80 % des gens pourraient vivre probablement sans difficulté malgré leur malocclusion, confirme le Dr Remise. La première chose qu’un patient peut craindre si les dents ne sont pas replacées, c’est d’abord et avant tout des difficultés au niveau de l’hygiène.» En effet, comme il n’est pas toujours facile de brosser les dents et de passer la soie dentaire quand la dentition est croche, il peut y avoir des problèmes au niveau des gencives et de l’os de support de la dent.

Si les patients ne digèrent pas bien, c’est souvent qu’ils ne mastiquent pas bien et qu’ils avalent tout rond, poursuit le Dr Remise. Et ça, ce n’est pas nécessairement un problème de malocclusion.

Le Dr Remise admet que certains membres de sa profession sautent parfois trop vite aux conclusions, en offrant un traitement d’orthodontie à un patient sans que ce soit réellement utile. Ou dans certains cas, un orthodontiste peut entamer un traitement trop tôt, tout simplement pour s’assurer que ce client n’aille pas voir un autre orthodontiste au moment où l’intervention sera devenue réellement nécessaire.

Quand débuter l’orthodontie ?

L’âge idéal pour une première consultation en orthodontie est de 7 ans et demi pour une fille et de 8 ans et demi pour un garçon.

Lors du choix de l’orthodontiste, les parents ont la possibilité de se renseigner pour vérifier si l’orthodontiste est bel et bien un orthodontiste certifié, c’est-à-dire s’il a suivi une formation de deux ou trois ans dans une école reconnue.

Changement de mentalité

«Je pense qu’avec temps, il s’est développé tout de même au Québec une pensée positive face aux dents, conclut le Dr Remise. Les gens se sont dit : “Oui, les dents c’est important”. Les grands-parents ont eu des dentiers et ont eu des paquets de problèmes avec leurs dentiers. Et le fait de replacer les dents comme il faut, et d’avoir une santé dentaire valable, je pense que ça s’est développé au fur et à mesure, et maintenant tout le monde a plus ou moins une tendance à vouloir se faire arranger les dents pour avoir des dents si possible toute sa vie.»