Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Santé des autochtones

Émission du 30 septembre 2010

Quand on parle de santé des autochtones, on pense surtout aux problèmes de toxicomanie, d’alcoolisme et de diabète. Nous vous proposons aujourd’hui un portrait bien différent de celui qui est habituellement dépeint.

Dans la communauté de Mashteuiatsh sur les rives du Lac Saint-Jean, nous avons rencontré le DrStanley Vollant. Ce dernier est le premier chirurgien autochtone au Québec et a été directeur du Programme autochtone de médecine à l’Université d’Ottawa. Grâce à des gens comme lui, notre vision de la santé autochtone pourrait bien être appelée à changer.

L’histoire de Stanley Vollant

Dans son village natal, une légende court au sujet de Stanley Vollant : les aînés racontent que c’est sa grand-mère Clarisse qui lui aurait transmis ses dons de guérisseur. Aujourd’hui chirurgien, que pense-t-il de cette légende familiale ?

«Est-ce que j’y crois ? Mon côté amérindien y croit, et mon côté plus cartésien a un peu de misère. Ceci dit, je suis médecin et j’essaie de faire le mieux que je peux.»

Originaire de la communauté innue de Pessamit, sur la Basse-Côte-Nord, Stanley Vollant a vécu sa petite enfance dans un mode de vie très traditionnel : couchant régulièrement en famille sous la tente, il a reçu de ses grands-parents de nombreuses connaissances sur la nature, l’environnement et la spiritualité autochtone.

«La médecine, ce n’était pas du tout naturel pour moi, se souvient-il. J’avais peur du sang pour mourir! C’est arrivé plus tardivement.» Par contre, Stanley Vollant se rappelle aussi qu’il a toujours été motivé par le profond désir de réaliser quelque chose de positif pour sa communauté. Aujourd’hui, il souhaite que son expérience personnelle devienne une source d’inspiration pour quelques jeunes qui s’impliqueront à leur tour dans leur communauté.

L’exemple de Mashteuiatsh

Pour Stanley Vollant, l’avenir de la santé autochtone passe définitivement par une prise en charge des soins de santé par les communautés. Le cas de Mashteuiatsh/Pointe-Bleue est, selon lui, modèle du genre.

«Mashteuiatsh est une communauté qui s’est prise en mains depuis plusieurs années, raconte-t-il. C’est un bon exemple que la prise en charge individuelle et communautaire est une façon de pouvoir améliorer l’état de santé d’une communauté.»

Infirmière au Centre de santé Mashteuiatsh, Mélanie Courtois est fière d’avoir choisi cette voie pour s’impliquer dans cette communauté dont elle est originaire : «Je suis allée travailler en communauté parce que je suis une personne qui vit en communauté, parce que je suis une personne qui désire s’impliquer dans la communauté. Parce que je vis ici, et parce que mon avenir et celui de mes enfants et de mes petits-enfants, ça me préoccupe. C’est important pour moi.»

Enceinte dès l’âge de 16 ans, Mélanie Courtois a découvert très tôt l’univers des soins de santé maternels. Sa tante, elle aussi une infirmière autochtone, a aussi été une mentore pour elle.

«L’avantage d’être autochtone et infirmière, poursuit-elle, c’est de connaître la communauté, de connaître les gens, de connaître les besoins, de connaître la culture. C’est un plus pour moi, un atout.» Selon elle, les infirmières de sa communauté tentent de plus en plus d’arrimer leurs services avec la culture locale.

Nouveaux programmes pour prévenir le diabète et autres maladies, davantage de médecins et d’infirmières autochtones : le centre de santé de Mashteuiatsh met les bouchées doubles pour bien servir les besoins de la communauté. Pour Stanley Vollant, il s’agit définitivement d’un modèle que d’autres communautés autochtones auraient tout avantage à suivre.

«Le niveau socio-économique de Mashteuiatsh est plus élevé que la moyenne des communautés autochtones dans les régions éloignées,» précise Stanley Vollant. Pour ce chirurgien, il est clair que ce niveau socio-économique a un impact sur l’amélioration globale de l’état de santé des habitants de cette communauté. Pour lui, l’éducation et la hausse des conditions économiques sont des composantes très influentes sur l’amélioration de l’état de santé d’une population.

Prévention du diabète

«La médecine moderne, en général, c’est très bon puisque chaque jour c’est ce qui nous guide dans nos interventions, explique Mélanie Courtois. Mais avoir le côté culturel nous permet d’améliorer nos services.»

Pour contrer les problèmes de diabète, une maladie très répandue dans les communautés autochtones, le Centre de santé Mashteuiatsh a développé une approche des plus originales. Une des cinq infirmières allochtones (un terme utilisé pour désigner ceux qui ne sont pas d’origine autochtone) se rend directement en forêt pour réaliser des camps dits «diabétiques», sur les lieux où les autochtones pratiquent encore aujourd’hui des activités traditionnelles telles que la chasse, la trappe, la pêche et la cueillette. Dans ces ateliers, la prévention du diabète est jumelée au partage des activités traditionnelles.

«On a trois ou quatre fois plus de diabète en communautés autochtones, soutient le Dr Stanley Vollant, et si on ne fait pas un travail de prévention aujourd’hui, on s’en va vers une catastrophe épidémiologique.» Pour lui, le problème est d’autant plus préoccupant que le diabète est une maladie beaucoup plus morbide chez les autochtones, c’est-à-dire qu’il entraîne beaucoup plus de complications par cas, telles que les amputations ou les cas d’insuffisance rénale qui ont des taux beaucoup plus élevés chez les autochtones que dans la population en général. «On s’en va vers une catastrophe si on ne fait rien aujourd’hui, prévoit-il, et les coûts de cette catastrophe vont être énormes.»

Des problèmes de santé des plus préoccupants

À cette épidémie du diabète, poursuit le Dr Vollant, s’ajoutent aussi d’autres problèmes très inquiétants : l’obésité, une importante hausse des maladies cardiaques, une augmentation des maladies respiratoires telles que l’asthme et la tuberculose, ainsi que tous les problèmes liés à la santé mentale (dépression, suicide, détresse psychologique).

Selon Mélanie Courtois, plusieurs problèmes de santé des autochtones s’expliquent par les profonds bouleversements historiques qui ont marqué le mode de vie autochtone : «Les autochtones étaient très nomades, maintenant ils sont devenus sédentaires. L’alimentation n’est pas la même, le style de vie n’est pas le même non plus.»

Stanley Vollant voit le retour à des valeurs traditionnelles comme une clé de l’amélioration de l’état de santé des autochtones. Par sa démarche personnelle de chirurgien, il a pris conscience que les problèmes de santé sont souvent beaucoup plus complexes qu’on pourrait le croire : «Ce n’est pas en enlevant un problème qu’on va le résoudre. C’est vraiment en s’attaquant aux différentes racines du problème : améliorer le niveau socio-économique, l’accès à l’école, le niveau d’éducation, l’accès à l’eau, les conditions d’habitation. À mon avis, en s’attaquant à tous ces facteurs là, on peut améliorer de façon considérable la santé des Premières nations.»

La rencontre de deux médecines

La médecine traditionnelle autochtone est riche d’enseignements. À Mashteuiatsh, on met les aînés à contribution pour transmettre cette richesse aux nouvelles générations.

Les nouveaux professionnels de la santé connaissent d’ailleurs bien l’importance de cette médecine pour les populations autochtones. On sait de plus en plus qu’il est nécessaire de l’intégrer dans les soins de santé de la médecine moderne.

Toujours dans la communauté Mashteuiatsh, Sonia Robertson, fondatrice et consultante à l’Association du Parc Sacré, utilise les plantes et la médecine traditionnelle pour soigner les gens de sa communauté. «À mon avis, les autochtones gagneraient davantage à utiliser la médecine traditionnelle, parce que c’est quelque chose qui nous appartient, qui est en dedans de nous autres, dans le fond de nous autres, et c’est quelque chose qui est proche de ce qu’on est. C’est aussi quelque chose qui est proche de la nature et qui est en harmonie avec elle.»

Le Dr Stanley Vollant est lui aussi d’avis que la médecine traditionnelle est un élément très important pour une communauté autochtone dans la prise en charge de sa santé : «La médecine autochtone est quand même une richesse de 15 ou 20 000 ans. 15 ou 20 000 ans d’essais et erreurs. Je le vois comme un héritage très important, au même titre que la langue innue que je connais et que je parle. Pour moi, c’est une des plus grandes richesses que j’essaie de transmettre à mes enfants et à mes petits-enfants, et ce serait dommage qu’à cause d’un contexte moderne, que la médecine de 15 ou 20 000 ans d’histoire disparaisse dans le tombeau des aînés qui décèdent tranquillement.»

«Pour nous, les autochtones, la santé n’est pas quelque chose qui est simplement physique, explique Sonia Robertson, c’est quelque chose qui est liée à ce qu’on appelle l’arbre sacré où on a les quatre aspects de l’être humain qui sont considérés : le spirituel, le mental, le physique et l’émotionnel.»

À son avis, ce savoir ancestral sur la médecine traditionnelle et les plantes médicinales se transmet beaucoup mieux par les familles que de toute autre façon. Pour redonner un accès à ceux qui n’avaient pas reçu cet enseignement de leurs aînés, Sonia Robertson et son équipe ont commencé à organiser des ateliers en forêt.

«Beaucoup de gens de la communauté utilisent encore la médecine traditionnelle, confirme Mélanie Courtois. Entre autres, pour le diabète, j’ai entendu souvent parler des racines de bleuets.» Pour cette infirmière, il est important de savoir si ses patients utilisent ces produits traditionnels, en raison d’éventuelles interactions entre les médicaments modernes et les plantes traditionnelles, même s’il s’agit d’un domaine dans lequel beaucoup de questions demeurent sans réponse.

Un soignant traditionnel aurait-il sa place au Centre de santé Mashteuiatsh? Certainement, croit Mélanie Courtois, puisqu’il s’agit d’un besoin exprimé par la communauté : «On sait que la médecine traditionnelle a ses vertus, et je ne crois pas que c’est un professionnel de la santé, comme une infirmière qui a ces connaissances-là.»

Un nouveau rapprochement

Le Dr Vollant souligne qu’en Ontario, il existe 16 centres de santé holistique, financés par le gouvernement provincial : «Ces centres-là permettent à des médecins de la Faculté de médecine de travailler en collaboration avec des aidants naturels et des guérisseurs traditionnels. Il y a une interaction qui semble positive, et les gens apprennent aussi à se connaître.»

La médecine traditionnelle autochtone n’est pas enseignée dans les facultés de médecine, explique le Dr Vollant, mais on en parle de plus en plus de l’intégrer au corpus des futurs médecins. Il est possible que, prochainement, les facultés de médecine soient obligées d’inclure un volet de formation sur les connaissances autochtones, sur l’état de santé des Premières nations, et sur la possible interaction entre les médecins modernes et les guérisseurs traditionnels.

À son avis, l’intégration entre les deux médecines varie d’une région à l’autre : alors que le mariage entre les deux approches est bien réussi dans certaines régions, la médecine moderne est encore perçue avec méfiance dans d’autres communautés.

Sonia Robertson croit elle aussi qu’il est possible de mieux intégrer les deux approches médicales : «La médecine a sa place, dit-elle, moi j’y crois aussi. Mais au niveau des médicaments, de manière générale, je crois qu’on en prend trop. Et des fois il y a des moyens de se soigner autrement.»

Un retour aux sources

«L’identité culturelle est en train de se reconstruire, perçoit Mélanie Courtois, et les gens tentent de plus en plus de retourner vers leur pratique traditionnelle culturelle, et les gens veulent en savoir plus, veulent en apprendre plus. Je pense que l’avenir de la santé des autochtones va aller de mieux en mieux.» Pour cette jeune infirmière, la fierté identitaire et culturelle peut aussi avoir un impact majeur sur la santé des gens,

Cet avis est partagé par Stanley Vollant qui voit lui aussi des changements majeurs dans le regard que les autochtones portent sur eux-mêmes : «Pendant des années, c’était honteux d’être autochtone, les gens reniaient leurs racines. Aujourd’hui, on voit que cette fierté revient. Cette fierté de savoir qui on est, d’où on vient, d’être fiers de nos racines. Je pense que c’est une des stratégies de pouvoir guérir les autochtones.»

Au Canada, on compte environ 200 médecins et 1200 infirmières autochtones.

Source : Santé Canada

Pour en savoir plus sur Stanley Vollant

Un article du magazine l’Actualité
http://www.lactualite.com/sante/20080506_131927_6396

Un portrait de Stanley Vollant sur le site PaperBlog
http://www.paperblog.fr/1286527/stanley-vollant-medecin-innu-de-betsiamites/