Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Rebecca Heinisch parle de santé mentale aux enfants

Émission du 30 septembre 2010

Rebecca Heinisch est l’auteure d’un livre pour enfants qui aborde un sujet important et peu connu : avoir un parent atteint de maladie mentale.

Dans Anna et la mer, Rebecca Heinisch raconte en partie son histoire personnelle : sa mère souffrait de dépression sévère alors qu’elle était enfant. Avec ce livre, elle a été la première à briser le silence sur le drame de ceux qu’elle appelle «les enfants invisibles». Invisibles parce que le plus souvent, ils sont ignorés par le système de santé et très peu informés de la maladie de leur parent.

La maladie mentale est déjà difficile à comprendre quand on est adulte. Imaginez quand on a 7 ans…

Des drames vécus en silence

Au cours de sa carrière d’enseignante, Rebecca Heinisch a souvent rencontré des enfants dysfonctionnels, profondément affectés par la maladie mentale d’un de leurs parents. Malheureusement, comme ces maladies demeurent encore très cachées et taboues, les intervenants du milieu scolaire sont souvent tenus dans l’ignorance de ces situations extrêmement dramatiques.

Selon ses estimations personnelles, Rebecca Heinisch évalue que sur une vingtaine d’enfants, au moins 4-5 d’entre eux seraient touchés par cette difficile réalité. «Quand on travaillait avec ces enfants-là, se souvient-elle, même avec nos équipes multidisciplinaires, on n’arrivait même pas à savoir ce qui ne marchait pas avec eux». Gênés, les parents n’en parlent pas et n’avertissent pas le milieu scolaire, et les enfants vivent leur drame en silence.

Son histoire personnelle

Rebecca Heinisch connaît bien la douleur de ces enfants affectés par la maladie mentale d’un de leurs parents, car elle l’a elle-même vécue : «J’ai un souvenir marqué à jamais dans ma mémoire, raconte-t-elle. Lorsque j’avais à peu près deux ans et demi, ma mère est revenue à la maison. Elle sortait de l’hôpital. Je ne savais pas qui était cette personne qui revenait. Je n’avais pas de souvenir que ma mère était partie. Je ne comprenais pas ce qui se passait.»

«À certaines périodes, se souvient-elle, ma mère sombrait dans une dépression profonde. Elle devenait non-fonctionnelle.» Rebecca Heinisch se rappelle aussi que sa mère était souvent couchée et qu’un jour, alors qu’elle était encore toute jeune, elle allée s’agenouiller à côté du lit de sa mère pour la supplier de ne pas être malade.

De manière inconsciente, la jeune Rebecca éprouvait un sentiment de responsabilité et croyait que si elle était plus gentille et plus performante à l’école, l’état de santé de sa mère s’améliorerait.

Taboue, la maladie mentale de sa mère n’était jamais évoquée. Rebecca vivait dans le silence et l’ignorance. À une seule reprise, lorsqu’elle avait 14 ans, sa grand-mère lui a demandé de s’asseoir sur le lit et lui a parlé rapidement : «Si jamais tu ne files pas Rebecca, tu vas me promettre que tu vas aller voir quelqu’un pour te faire soigner.» C’est le seul moment où Rebecca Heinisch se souvient que le sujet a été abordé.

Les ateliers Anna

Pour Rebecca Heinisch, les enfants qui vivent des situations semblables sont des «enfants invisibles». Pour cette raison, les ressources pour les aider sont inexistantes : «Au Québec, on a articulé beaucoup de services pour entourer les personnes malades. Mais pour les enfants, il n’existait pas d’association destinée à ces enfants-là.»

Pour pallier cette lacune, Rebecca Heinisch a fondé «les ateliers d’Anna», des activités spécialement conçues pour aider les enfants à traverser ces épreuves extrêmement difficiles : «Dans les ateliers d’Anna, les enfants fabriquent une boîte de navigation. On dit que c’est pour “naviguer sur la mer”, parce que la mer est houleuse quand on a un parent qui souffre de maladie mentale.»

Qu’est-ce que je dois faire pour que mon père arrête ses crises? Qu’est-ce que je dois faire pour que ma mère prenne ses médicaments? Rebecca Heinisch reçoit toutes les questions des enfants et tente de les guider dans leur navigation difficile.

Faire cadeau de la résilience

«Je crois qu’on peut vraiment modifier leurs circonstances, croit Rebecca Heinisch, pas dans le sens qu’on peut changer la vie de leurs parents, mais on peut rendre les enfants beaucoup plus résilients. On peut faire en sorte de déblayer la cour. Leur cour est pleine. Ils ont tellement d’inquiétudes, ils sont tellement seuls…»

«Nous, comme adultes, quand on vit une peine ou une difficulté, poursuit-elle, ce n’est pas tellement difficile pour nous d’aller chercher de l’aide. On peut se confier à un ami, on peut aller prendre un verre avec notre gang, on peut consulter de façon officielle. Mais un jeune qui est seul dans une famille comme ça est pris en otage.»

Dans les ateliers d’Anna, les enfants apprennent à nommer des sentiments, à identifier les craintes qu’ils ressentent. Ils développent aussi une complicité avec d’autres enfants qui vivent des problèmes semblables aux leurs : c’est tout un réseau qu’ils bâtissent. Ils sont aussi capables de comprendre leur parent malade et ses symptômes, et de faire une différenciation entre ce parent et eux.

«Ces enfants ne se donnent pas le droit d’être heureux, explique Mme Heinisch. Nous, ce qu’on essaie de faire avec les ateliers d’Anna, c’est de défaire ça et de dire “non, au contraire, ton devoir est d’être heureux!”«

Ce devoir d’être heureux est d’ailleurs le message culminant de Gustave le crabe, dans le livre Anna et la mer : «Anna, tu es importante. Ne t’oublie pas. Même si ton parent souffre, même si ton parent est malade. Toi, tu es un trésor et il faut que tu t’occupes de toi. Tu dois continuer à être tout ce que tu es, et devenir tout ce que tu es appelé à devenir.»

Les ateliers d'Anna

Les ateliers d’Anna ont vu le jour en mars 2005. Destinés aux enfants de 7 à 12 ans à raison de 8 ateliers de 2 heures chacun (2 par mois), ils permettent aux jeunes de discuter de ce qu’ils vivent en participant à différentes activités. Le programme est offert dans 23 villes du Québec et les enfants sont souvent référés par le réseau des intervenants pour la jeunesse : CLSC, DPJ ou travailleurs sociaux. Une contribution de 30 $ est demandée pour défrayer le coût du matériel utilisé lors des ateliers, mais les difficultés financières ne sont pas un obstacle pour que les enfants suivent ces ateliers.

Vous pouvez commander le livre Anna et la mer en téléphonant au 819 693-2841.

La Société québécoise de la schizophrénie a fait différentes brochures pour les jeunes qui vivent avec un parent atteint de schizophrénie, de dépression ou de trouble bipolaire. Info@schizophrenie.qc.ca