Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Maryse Lassonde, une plongée dans les mystères du cerveau

Émission du 7 octobre 2010

Neuropsychologue de renommée internationale, Maryse Lassonde a largement contribué à faire avancer les connaissances sur l’organe le plus mystérieux et le plus fragile du corps humain : le cerveau.

Depuis 1997, elle est la neuropsychologue attitrée des Canadiens de Montréal. Son travail auprès de ces joueurs l’a amenée à s’intéresser aux impacts des commotions cérébrales sur le cerveau des sportifs.

Son parcours personnel

Chercheuse en neuropsychologie à l’Université de Montréal, Maryse Lassonde se passionne pour l’étude du cerveau depuis de nombreuses années.

C’est un drame personnel qui l’a guidée vers ce domaine de recherche, alors que son père a dû lutter contre un cancer du cerveau quand elle n’avait que 13 ans : «Comme c’était une expérience extrêmement difficile pour moi, j’ai pris des livres et j’essayais de comprendre ce qui se passait.» Au fur et à mesure que l’état de santé de son père se dégradait, la jeune Maryse cherchait des clés d’explication. Par exemple, quand son père a perdu l’usage de la parole et est devenu aphasique, elle a cherché à comprendre quelle zone du cerveau était affectée et responsable de cette perte du langage. «À partir de ce moment-là, je suis toujours demeurée intéressée par l’étude du cerveau.»

Poursuivant par la suite des études en neuropsychologie. Maryse Lassonde a découvert un champ de recherche qui la fascinait tout particulièrement : la plasticité du cerveau, soit comment le cerveau peut se réorganiser à la suite d’une atteinte cérébrale. Au travers de cet axe de recherche, elle s’est aussi particulièrement intéressée à un sujet qu’elle étudie encore aujourd’hui : la réorganisation du cerveau à la suite d’un accident tel qu’une commotion cérébrale.

Mais qu’est-ce qu’une commotion cérébrale exactement? «C’est une altération de la conscience provoquée par un coup sur la tête ou sur le corps, explique Maryse Lassonde. On peut voir des étoiles, voir embrouillé, être confus, se sentir étourdi. Ça peut être quelque chose qui paraît banal, mais ne l’est pas en fait.»

Son travail auprès des Canadiens de Montréal

Alors qu’elle était responsable du programme de neuropsychologie clinique à l’Université de Montréal, Maryse Lassonde a reçu un appel surprenant d’un neuropsychologue américain qui voulait qu’elle évalue le cerveau des Canadiens de Montréal. Sur le coup, la chercheuse comprend que cet homme souhaitait faire des batteries de tests à des milliers de personnes, à Montréal, une idée qui lui semblait si farfelue qu’elle n’a même pas daigné retourner l’appel.

Ce n’est que quelques jours plus tard, alors que la même personne a tenté de la rejoindre chez elle, qu’elle a compris qu’il s’agissait d’un malentendu et que cet homme l’approchait pour évaluer non pas un large échantillon de population, mais les joueurs de l’équipe de hockey des Canadiens de Montréal. Cette fois-ci, le défi lui semblait beaucoup plus intéressant et elle s’est empressée d’accepter de le relever.

«Dès qu’il y a une commotion cérébrale, explique-t-elle, on m’appelle et je vais tester le joueur pour voir s’il est affecté au niveau de la mémoire et de l’attention. En général, le joueur ne peut pas retourner au jeu tant qu’il n’a pas retrouvé son niveau de base.» Maryse Lassonde croit que son travail auprès de l’équipe a permis de sensibiliser les joueurs aux effets des commotions cérébrales.

Les effets à long terme des commotions cérébrales

Dans la foulée de ces nouveaux défis professionnels, Maryse Lassonde a décidé d’entamer une nouvelle recherche scientifique pour étudier de manière objective les effets à long terme d’une commotion cérébrale. Pour ce faire, elle a choisi de faire appel à une vingtaine d’anciens joueurs de hockey, âgés en moyenne de 60 ans. La moitié d’entre eux avaient déjà eu au moins une commotion cérébrale au cours de leur carrière sportive, donc une trentaine d’années plus tôt, tandis que l’autre moitié n’en avait jamais eu.

Ses résultats ont clairement démontré que les effets des commotions cérébrales pouvaient se faire sentir à long terme. En effet, l’équipe de recherche a identifié des anomalies sérieuses au sein du groupe ayant eu une commotion cérébrale dans le passé : problèmes de coordination motrice, semblables à ceux que l’on retrouve au début de la maladie de Parkinson, et problèmes de mémoire et d’attention. «Ces problèmes n’étaient pas nécessairement sévères, précise la chercheuse, mais tout de même indicateurs qu’il y a avait peut-être ici un début de trouble cognitif léger, une symptomatologie qui se transforme en maladie d’Alzheimer.»

Impact de plusieurs commotions cérébrales

Pour Maryse Lassonde, il est clair qu’une commotion cérébrale est un accident extrêmement sérieux qu’on ne doit absolument pas traiter à la légère : «Si on a une commotion cérébrale, et qu’on laisse le temps au cerveau de récupérer, ça va bien, explique-t-elle. Mais si on en a plusieurs, très souvent ce qu’on voit qui est normal en électrophysiologie se reflète également au niveau du comportement. Et dans la littérature scientifique, il y a plusieurs cas de joueurs multi-commotionnés qui ont commis un suicide. Et lorsqu’on fait l’autopsie des cerveaux de ces joueurs, on se rend compte qu’ils présentent beaucoup d’anomalies et qu’ils sont très semblables à ce qu’on voit dans un stade avancé de la maladie d’Alzheimer. Donc, dans bien des cas, les commotions entraînent aussi la dépression.»

Épidémie de commotions cérébrales dans le sport

Le problème des commotions cérébrales dans le sport serait aujourd’hui si répandu qu’on parle maintenant d’épidémies de commotions cérébrales. Et avec sa récente découverte sur les impacts à long terme des commotions cérébrales, Maryse Lassonde croit qu’il est primordial de sensibiliser les gens sur la gravité de ces accidents et que ceux-ci peuvent affecter le cerveau à très long terme.

Cette neuropsychologue est tout particulièrement préoccupée par la violence dans le sport. «Non, ça ne fait pas partie du jeu, conclut-elle. Il n’y a rien dans le sport qui justifie la violence.»