Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Médicaments et effets secondaires

Émission du 14 octobre 2010

« Est-ce qu’on devrait se préoccuper davantage des effets secondaires des médicaments ? »

Expert invité : Jean-Louis Brazier, pharmacologue

Pour Jean-Louis Brazier, pharmacologue, les gens devraient se préoccuper davantage des effets secondaires des médicaments. En effet, ces effets secondaires sont non seulement bien réels, mais ils peuvent aussi sérieusement modifier la qualité de vie des gens qui consomment des médicaments.

Tous les patients ne réagissent pas de la même façon devant les risques d’effets secondaires : certains ont si peur d’avoir des effets secondaires qu’ils vont éviter de prendre des médicaments, alors que d’autres vont plutôt mettre fin à leur traitement à la suite d’effets secondaires ressentis.
Pourquoi des effets secondaires?

«La plupart des médicaments, ou des molécules bioactives – c’est aussi vrai pour les produits de santé naturels – peuvent induire des effets secondaires, mais qui sont très variables», explique Jean-Louis Brazier. Selon ce pharmacologue, ces effets secondaires se jouent à deux niveaux :

1 – La difficulté d’atteindre une cible thérapeutique unique :

Une molécule qui agit sur l’organisme agit toujours sur une cible pharmacologique, mais cette cible n’est pas toujours unique. Il est possible que la molécule agisse sur d’autres cibles périphériques, entraînant ainsi d’autres effets que l’effet thérapeutique recherché.

Prenons un exemple bien connu : l’aspirine. Principalement utilisée comme anti-inflammatoire, l’aspirine a aussi un effet sur la coagulation sanguine et risque donc d’entraîner des saignements. Et comme l’aspirine joue aussi sur la synthèse du mucus au niveau de l’estomac, elle peut aussi entraîner des brûlures d’estomac.

2 – Des effets secondaires sont liés à l’utilisation même du médicament :

Les cas sont nombreux. Par exemple, même si un médicament est utilisé correctement, il peut y avoir des interactions médicamenteuses, des cas de surdose ou à l’opposé des cas de sous-dose. Des problèmes peuvent aussi survenir lorsque le médicament n’est pas pris correctement, par exemple en même temps que les repas si la prescription l’indique ainsi.

Dans un pays comme le Canada, estime Jean-Louis Brazier, il y a probablement bon an mal an quelques dizaines de décès liés à des effets secondaires de médicaments. Le cas du Vioxx est, selon lui, un bon exemple des risques liés à l’utilisation de certains médicaments, ce qui rappelle l’importance de l’information liée à l’utilisation et à la mise en marché des médicaments.

Le rôle des compagnies pharmaceutiques

Les compagnies pharmaceutiques font-elles tout en leur pouvoir pour protéger le public contre les risques que pourraient représenter les produits qu’ils mettent en marché? Les compagnies pharmaceutiques étudient systématiquement les effets secondaires, explique Jean-Louis Brazier, mais c’est très difficile de repérer un effet secondaire.

Pour y parvenir, les compagnies mettent en oeuvre des études à grande échelle, avec un grand nombre de sujets, pour cibler l’efficacité d’un médicament ainsi que les risques d’effets secondaires, comparativement à un placebo. Quand le produit arrive finalement sur le marché, il est systématiquement accompagné d’une liste d’effets secondaires potentiels qui sont affichés et publiés selon une procédure légalement encadrée.

Après la mise en marché, il est aussi possible de déclarer des effets secondaires d’un médicament, directement à Santé Canada. Les médecins, le personnel soignant et même le consommateur ont en effet la possibilité de déclarer un effet secondaire via le Programme Canada Vigilance, directement sur internet.

Le rôle du consommateur

Et quel est le rôle du consommateur dans tout ça? Pour Jean-Louis Brazier, il est primordial pour le patient de s’informer, en prenant toutefois garde de s’adresser à de bonnes sources d’information. Les informations puisées dans Internet doivent être prises avec vigilance, tandis que celles fournies par le médecin et le pharmacien doivent absolument être bien comprises. Si le patient ne comprend pas quelque chose, ou s’il ressent des effets secondaires, il doit absolument consulter son médecin, son pharmacien ou un autre membre de son personnel soignant.

Jean-Louis Brazier adresse toutefois une importante mise en garde : «Le danger, c’est la conclusion hâtive : “J’ai quelque chose qui ne va pas bien, j’arrête, ou je décide moi-même de changer ma posologie.” Ça, c’est ce qu’il ne faut pas faire. Ce qu’il faut faire, en cas de problème, c’est consulter un membre du personnel soignant. Ensemble, on va travailler, conclut-il. Ensemble, c’est le médecin, l’infirmière, le pharmacien et le patient. Le patient est dans la chaîne de soins, c’est comme ça que ça marche.”»

Un autre facteur important à retenir est que toutes les personnes sont différentes : la même dose du médicament peut donner des effets totalement différents chez une personne comparativement à une autre.

En 2009, près de 30 000 cas d’effets secondaires ont été signalés à Santé Canada, une hausse de 35 % par rapport à 2008.

Une étude de la FDA (Food & Drug Administration) conclut que 27 785 décès et problèmes cardiaques pourraient avoir été causés par le Vioxx entre 1999 et 2004.