Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Léa et Jacinthe, un même combat contre la maigreur extrême

Émission du 28 octobre 2010

Léa et Jacinthe, 19 ans, ont toutes deux souffert d’anorexie alors qu’elles étaient de jeunes adolescentes. Si elles n’avaient pas été hospitalisées contre leur gré, elles ne seraient sans doute plus là aujourd’hui pour dénoncer la maigreur extrême et les pressions sociales que vivent les femmes à l’égard de leur image corporelle. Leur parcours est impressionnant.

L’histoire de Jacinthe

En terminant son secondaire 2, Jacinthe Veillette prend la résolution de perdre le plus de poids possible au cours de l’été, afin de commencer son secondaire 3 complètement métamorphosée. Bien décidée, elle coupe non seulement dans le gras et dans le sucre, mais aussi dans l’essentiel de son alimentation. Dès les premières semaines, elle ne mange qu’une pomme par jour.

Deux mois plus tard, elle est hospitalisée, après avoir perdu 35 livres. Elle ne pèse plus que 70 livres. «Ils m’ont rentrée d’urgence à l’hôpital, raconte-t-elle, et c’est là que j’ai réalisé que j’étais peut-être allée trop loin.»

Léa

À 12 ans, Léa Clermont-Dion a elle aussi connu l’enfer de l’anorexie : «J’avais de la difficulté à m’accepter telle que j’étais, et comme beaucoup d’anorexiques, j’étais dans un cercle de performance malsain et qui m’a amenée à être anorexique et à vouloir disparaître. Parce que c’est ça l’anorexie : être tellement mal dans sa peau qu’on est prête à tout pour se faire oublier.»

La solitude et le déni

Tout au long de sa maladie, Jacinthe se souvient qu’elle a éprouvé beaucoup de solitude. Même si tout son entourage savait ou devinait qu’elle souffrait d’anorexie, elle n’osait se confier à personne à ce sujet. Pire encore, elle vivait dans un déni total et pensait que ses proches ne voulaient pas qu’elle fasse de régime parce qu’ils ne voulaient pas qu’elle embellisse : «C’était vraiment dans ma tête que je pensais que moi j’étais correcte et que mon régime était bon pour moi, et c’est à l’hôpital que j’ai réalisé que j’avais vraiment un problème.»

Léa a elle aussi été hospitalisée en raison de ses troubles anorexiques : «Pour une fille de 12 ans, passer un été à l’hôpital, disons que ça m’a appris beaucoup et ça m’a fait grandir énormément.»

Leur démarche militante

Il y a quelques années, se souvient Léa, la mort d’une mannequin brésilienne anorexique a secoué l’opinion publique mondiale et amorcé un mouvement de sensibilisation collective.

«Moi, je me suis dit, pourquoi au Québec on ne fait rien?», raconte-t-elle. À l’époque, elle a d’abord tenté d’en parler avec le Conseil du statut de la femme, mais sans succès, puis elle a choisi d’entamer seule une démarche de sensibilisation populaire.

Sans se connaître personnellement, les deux jeunes filles ont entrepris, chacune de leur côté, des pétitions pour sensibiliser le gouvernement et le public aux ravages de l’anorexie et de l’extrême maigreur. Par l’intermédiaire d’un reportage télévisé, Jacinthe a découvert qu’une autre jeune fille, Léa, menait elle aussi une pétition contre l’anorexie et la mode de l’extrême maigreur. Après une première rencontre, les deux jeunes filles ont choisi d’allier leurs efforts pour leur cause commune.

Leur action commune a porté fruits et les deux jeunes filles ont déposé à l’Assemblée nationale leur pétition pour demander au gouvernement d’adopter une charte pour avoir des modèles plus représentatifs au sein du domaine de la mode. «Le gouvernement a entendu notre appel, raconte Léa. Et c’est magnifique, car chaque jour l’Assemblée nationale reçoit au moins deux ou trois pétitions et ils ont décidé de poser une action concrète suite au dépôt de cette pétition.»

Une nouvelle charte

«La Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée, lancée à l’automne 2008, c’est une première en Amérique du Nord, explique Jacinthe. C’est une charte qui fait la promotion de la diversité corporelle et aussi de l’image des femmes dans les médias.»

Preuve que ce mouvement de sensibilisation a commencé à porter fruits, explique Jacinthe, des magazines féminins populaires comme Clin d’œil et Coup de pouce ont cessé de retoucher les photos de leurs mannequins avec des logiciels comme Photoshop.

«Je pense que ça a pris deux ans avant que ça aboutisse, et j’ai tellement été surprise, s’exclame Léa. Je n’aurais jamais cru que ça puisse arriver, se conclure de cette manière-là, aussi concrètement que ça. Jamais je n’aurais cru ça, à 16 ans, déposer une pétition à l’Assemblée nationale, qu’une charte soit adoptée par le gouvernement et que les gens disent : “Wow, belle initiative!”»