Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Les AVC chez les jeunes

Émission du 4 novembre 2010

Vous avez sans doute déjà entendu parler de l’accident vasculaire cérébral, l’AVC, un problème de santé qui survient généralement sans avertissement et peut entraîner de graves dommages au cerveau.

En général, l’AVC touche davantage les gens âgés de plus de 50 ans. Mais depuis quelques années, on assiste à un phénomène plutôt inquiétant : des personnes plus jeunes sont de plus en plus touchées. On voit maintenant des AVC chez les personnes dans la quarantaine et même la jeune trentaine.

Les signes avant-coureurs d’un AVC sont mal connus du public et on peut facilement les confondre avec d’autres problèmes de santé. La moitié des personnes qui sont frappées ne reconnaissent pas les symptômes et tardent à se rendre à l’urgence.

Pourtant, agir rapidement, c’est réellement la clé pour éviter le pire.

Quand l’AVC frappe

Étourdissements, maux de tête inhabituels ou foudroyants, perte de vision, perte subite de la vue ou paralysie : les symptômes des accidents vasculaires cérébraux sont variés et pas nécessairement faciles à détecter. Surtout pour les patients plus jeunes généralement considérés moins à risque d’être victimes d’un AVC. Mélanie Brisson, 27 ans, et Serge Gareau, 49 ans, ont tous deux eu la mauvaise surprise de subir un AVC dont ils peinent à se remettre complètement.

Pour le Dr Sylvain Lanthier, l’AVC aigu est certainement l’urgence de toutes les urgences : «Chaque minute compte dans la prise en charge d’un AVC aigu, explique le Dr Sylvain Lanthier, neurologue spécialisé en AVC. Quand je reçois un appel, tout s’arrête.»

Les causes de ce nouveau phénomène

«Je n’avais aucune idée que je ferais un AVC jeune, se souvient Mélanie. Je pensais que c’était les vieux qui faisaient ça. Jamais à 25 ans je ne pensais faire ça !» Même idée préconçue chez Serge : «Je n’étais pas au courant qu’un AVC pouvait se faire à mon âge.»

Si les AVC touchent maintenant un plus grand nombre de jeunes personnes, ce serait avant tout imputable aux mauvaises habitudes de vie, croit le Dr Sylvain Lanthier. Tabagisme, abus d’alcool, utilisation de drogues, hypertension, diabète, problèmes de cholestérol : autrefois réservées aux personnes âgées, les maladies liées aux mauvaises habitudes de vie sont maintenant présentes chez les jeunes patients. «Par exemple, on peut avoir un patient de 30-35 ans qui va développer un AVC qui est dû à des plaques de cholestérol, ce qu’on ne voyait pas si souvent que ça autrefois, lorsque les mauvaises habitudes de vie n’étaient pas nécessairement si mauvaises qu’aujourd’hui.»

Dans le cas de Serge, plusieurs facteurs peuvent expliquer son AVC. En 1999, il a été victime d’un infarctus dont il s’est bien remis, mis à part un caillot demeuré dans la partie morte du cœur. Dix ans plus tard, le caillot a remonté et probablement causé son AVC. À cette explication médicale évidente, d’autres facteurs auraient contribué au développement de son infarctus : tabagisme, surmenage, stress, etc.

Pour Mélanie, ce serait plutôt une malformation congénitale qui aurait causé son AVC : «J’ai un réseau de vaisseaux sanguins, au niveau cérébral qui était fragilisé, raconte-t-elle. Je suis née comme ça, sauf qu’il a cédé soudainement à cause de multiples autres facteurs. J’étais une fumeuse, je prenais la pilule contraceptive depuis 10 ans.»

«Les contraceptifs oraux eux-mêmes n’ajoutent pas un très gros risque d’AVC, nuance le Dr Lanthier. Chez la majorité des femmes, il n’y a aucun problème. Mais lorsqu’on ajoute ça chez un jeune, avec par exemple une prédisposition à faire des caillots, à ce moment-là, ça peut faire pencher la balance vers la survenue d’un AVC. Donc c’est plutôt la somme de plusieurs petits facteurs de risques qui peut conduire à l’AVC plutôt qu’une grosse maladie clairement identifiée.»

Le problème avec les patients plus jeunes, poursuit le Dr Lanthier, c’est que les facteurs de risque prédisposant aux AVC sont souvent inconnus. Un jeune peut par exemple ignorer que son sang a une tendance à faire des caillots ou que ses vaisseaux sanguins sont particulièrement fragiles.

L’AVC décortiqué

«Un AVC, c’est un déficit neurologique soudain qui est causé par un problème vasculaire, précise Sylvain Lanthier. Il y a deux sortes de problèmes vasculaires : un AVC ischémique, où un caillot bouche une artère au cerveau. Ça, c’est 85 % des AVC. Dans le 15 % qui reste, les AVC sont causés par un vaisseau qui éclate au cerveau. Dans un cas comme dans l’autre, la région du cerveau qui est endommagée ne peut plus remplir sa fonction.»

Qu’il survienne chez une personne âgée ou chez un patient plus jeune, l’AVC se manifeste toujours de la même façon : perte d’une ou de plusieurs fonctions neurologiques ou mal de tête inhabituel. Le personnel ambulancier et hospitalier est d’ailleurs très bien formé pour identifier les cas d’AVC. «Chaque minute compte dans la prise en charge d’un AVC aigu, parce que chaque minute, environ 3 millions de neurones meurent. Imaginez si on attend une heure; ça fait pas mal de neurones qui meurent.»

Jusqu’à tout récemment, le personnel médical disposait d’un délai de 3 heures pour utiliser la thrombolyse, un médicament pour briser le caillot. Maintenant, chez certains patients, cette fenêtre thérapeutique a été prolongée à 4 heures et demie. «Lorsqu’on donne ce médicament-là, c’est du véritable DRANO, explique le Dr Lanthier. Donc, ça nous débouche les vaisseaux sanguins, mais ça peut faire saigner, parce que la pression artérielle se remet dans le vaisseau sanguin qui est fragilisé par l’AVC. Si on débouche le vaisseau, le vaisseau peut éclater et saigner dans le cerveau. Mais malgré ce risque-là, la proportion des patients qui récupèrent intégralement passe de 25 à 37 %.»

Les conséquences de l’AVC

Les séquelles de l’AVC sont diverses, comme en témoignent Serge Gareau et Mélanie Brisson.

«Ma vue a changé et mon champ périphérique est affecté, explique Serge. J’ai des atteintes physiques sur tout le côté droit et j’ai aussi des atteintes cognitives. Par exemple, ma mémoire vive : je ne pourrais pas lire un livre, parce qu’à la deuxième ligne, je ne me souviens plus de la première ligne.»

«Depuis mon AVC, je suis fatigable, même si je suis tout de même assez en forme, raconte Mélanie. Je suis fatigable un peu plus qu’avant, j’en suis consciente. Je boite quand je marche, mais les gens pensent que je me suis foulé la cheville.»

«Beaucoup de patients récupèrent grossièrement, mais sont incapables de retourner travailler, explique le Dr Lanthier. En particulier chez le jeune adulte, la récupération est souvent assez bonne parce qu’ils n’ont pas d’autre maladie qui limite leur capacité de faire de la réadaptation et aussi parce qu’ils sont plus jeunes.» En effet, poursuit-il, un cerveau plus jeune a une plus grande facilité de récupération et permet de fournir l’effort nécessaire pour récupérer.

Repos, entraînement physique léger, meilleure alimentation : Serge suit les conseils que son médecin lui a prodigués pour favoriser sa récupération, ce qui lui permet de faire des progrès presque tous les jours.

L’importance de la motivation

Les accidents vasculaires cérébraux ont des conséquences très variables. Plus de la moitié des gens en gardent des séquelles, 10 % vont récupérer complètement et 15 % vont en mourir.

Récupérer d’un AVC peut exiger jusqu’à 18 mois de réadaptation. Nous nous sommes rendus au Centre de réadaptation de Montréal qui a mis sur pied un programme de réadaptation spécialement destiné aux jeunes victimes d’accidents cérébraux vasculaires.

Le début de la réadaptation

À l’Institut de réadaptation de Montréal, les jeunes patients victimes d’un AVC sont rapidement pris en charge par l’équipe médicale. «Nos patients que nous accueillons à l’intérieur du programme AVC arrivent ici référés par les centres de soins aigus quelquefois après deux, trois ou quatre semaines, dès que leur condition médicale est stabilisée, explique la Dre Nicole Beaudoin. Ils sont jeunes, moins de 55 ans, parce que c’est notre créneau ici.»

Il est toutefois important de noter que la réadaptation commence dès les premiers jours qui suivent un AVC, dans les centres de soins aigus. Mais quand la véritable période de réadaptation commence, le patient est pris en charge par une équipe multidisciplinaire : personnel infirmier, physiothérapeute, ergothérapeute, orthophoniste, neuropsychologue, travailleur social, nutritionniste, etc.

La motivation au cœur de la réadaptation

Si le niveau de récupération des patients est variable, une chose est sûre : le niveau de motivation est un facteur clé dans le processus de récupération. «Les jeunes représentent un grand défi, explique Nicole Beaudoin, car ils ont toute leur vie à vivre. Ils veulent reprendre le travail et leurs activités ludiques. C’est un élément de motivation pour toute l’équipe.»

«À tout âge, la question de la volonté est primordiale, poursuit le Dr Lanthier. Si on est décidé à retourner au travail, si on a un objectif, et si on fournit un effort en réadaptation pour récupérer, il y a plus de chances qu’on récupère que si on est plutôt passif dans tout ça.»

Retourner au travail à tout prix

Après son AVC, Mélanie Brisson avait une idée claire en tête : retourner au travail et reprendre son poste d’opticienne d’ordonnance. «C’était important pour moi. J’aime travailler.»

Suivie par l’ergothérapeute Michèle Caron et un intervenant social, Mélanie a eu la chance de faire un stage de réadaptation dans son milieu de travail, ce qui lui a permis d’apprivoiser l’environnement dans lequel elle se retrouvera à son retour au travail. Souffrant au départ de problèmes d’attention et de rétention de consignes, elle a dû faire des efforts supplémentaires pour conserver son efficacité professionnelle, comme prendre des notes lorsqu’elle recevait des appels téléphoniques.

Les psychostimulants

Lors de la période de réadaptation, certains patients présentent des troubles cognitifs, notamment de l’apathie, explique Nicole Beaudoin. Incapables de générer une idée, ou dépourvus d’initiative, c’est un peu comme si le cerveau fonctionnait au ralenti. Pour contrecarrer ce problème, il existe certains médicaments, des psychostimulants qui peuvent éveiller davantage le patient et le rendre plus attentif à ce qui se passe, afin de l’aider à mieux répondre à la réadaptation.

La plasticité neuronale

«La question de la plasticité du cerveau est assez controversée, explique Dr Lanthier. En général, on pense que le cerveau de l’enfant et du jeune adulte dispose d’une certaine plasticité qu’on ne retrouve pas nécessairement aussi bien chez la personne âgée, mais ça reste à être démontré de façon convaincante.»

La vie après l’AVC

Serge n’a pas eu la même chance que Mélanie et jusqu’ici, il n’a pas réussi à retourner au travail. Se définissant lui-même comme un éternel optimiste, il souhaite y retourner un jour tout en demeurant conscient qu’il y a de fortes chances que ce ne soit pas possible, tout spécialement en raison des séquelles cognitives de son AVC.

Si tous les patients ne retournent pas au travail, plusieurs d’entre eux se découvrent toutefois une nouvelle vie après leur période de réadaptation, souligne Nicole Beaudoin. En plus de retrouver leurs rôles dans leur vie familiale, ils retrouvent souvent un certain plaisir en participant à des activités ludiques et de loisirs.

Preuve vivante que le bonheur est possible, même après un AVC, Serge se dit aujourd’hui plus heureux qu’avant.

Chaque année au Canada, 50 000 personnes sont victimes d'un AVC. 1 victime sur 10 a moins de 50 ans.

Source : Fondation des maladies du cœur du Canada

À retenir : les signes avant-coureurs d’un AVC

– faiblesse localisée, par exemple un bras ou une jambe qui devient plus faible que l’autre
– perte de la parole, de la capacité de s’exprimer ou de comprendre ce qu’on nous dit
– changement de vision dans un œil ou dans une partie du champ visuel
– mal de tête violent, soudain et inhabituel
– perte d’équilibre soudaine, surtout si elle est accompagnée d’un des symptômes précédents

Si vous éprouvez un seul de ces symptômes, rendez-vous immédiatement à l’urgence pour consulter un médecin. Rappelez-vous qu’avec les AVC, chaque minute compte !