Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Dr Jean-Claude Fouron : pionnier de la cardiologie foetale

Émission du 11 novembre 2010

Âgé aujourd’hui de 77 ans, le Dr Jean-Claude Fouron a été l’un des pionniers en cardiologie fœtale au Québec, une discipline qui permet de détecter les anomalies cardiaques chez les foetus et de les traiter alors qu’ils sont encore dans le ventre de leur mère.

Le Dr Fouron est aussi un médecin profondément attaché à son pays d’origine, Haïti.

Né aux Cayes, à Haïti, Jean-Claude Fouron a eu le privilège de grandir dans une famille non seulement bien nantie, mais très engagée au service de valeurs sociales de partage et d’équité. En complément de sa pratique en cabinet privé, son père médecin avait construit un petit dispensaire dans lequel il offrait des soins et de la nourriture aux personnes pauvres : «Le concept d’un centre communal, dont tout le monde parle, il l’avait dans sa cour.»

Admiratif de l’œuvre de son père, Jean-Claude Fouron s’est naturellement dirigé vers des études en médecine. Au cours de ses études, il se découvre un intérêt marqué pour la pédiatrie, tout particulièrement lors de ses stages à l’hôpital général de Port-au-Prince. «Je réalisais jusqu’à quel point j’avais des responsabilités vraiment fondamentales sociales», se souvient-il.

Quitter Haïti

Pour poursuivre ses études et sa spécialisation médicale, Jean-Claude Fouron a choisi de faire un stage d’un an à l’Hôpital Sainte-Justine de Montréal. Pendant ce temps, son père construisait une maison pour ses deux fils qui devaient rentrer à Haïti à la fin de leurs études.

À la fin de son stage, le cardiologue en chef lui a offert de poursuivre en cardiologie pédiatrique. Le Dr Fouron se souvient très bien de cette conversation : «Je lui ai dit : ‘je ne peux pas, docteur, parce que je dois rentrer à Haïti et ça n’a aucun intérêt pour Haïti.’ Ça a été ma première réaction.»

Par la suite, Jean-Claude Fouron s’est ravisé et a choisi de s’établir à Montréal, notamment en raison du climat politique qui se durcissait à Haïti. C’était l’époque où Duvalier commençait à consolider son pouvoir. «On se disait que tout ça allait s’arranger et qu’on pourrait retourner. Tous les Haïtiens disent ça, ont toujours dit ça et continuent de le dire.»

La cardiologie fœtale

Aujourd’hui, grâce à la cardiologie fœtale développée par le Dr Fouron, il est possible de bien étudier la santé cardiaque du fœtus, avant la naissance : «Le cœur fœtal et la circulation fœtale sont bien différents de ce qu’on connaît après la naissance», explique-t-il. Aujourd’hui, grâce à leur expertise et aux nouvelles technologies disponibles, le Dr Fouron et son équipe sont en mesure de déceler des anomalies de structure et de fonction, car même si le cœur n’a pas de problème structurel, il peut aussi être agressé par certains problèmes comme l’anémie ou une infection.

Grâce aux progrès de la cardiologie pédiatrique, il est aussi aujourd’hui possible d’opérer les nouveaux nés d’à peine trois jours pour des problèmes d’arythmie, alors qu’il fallait auparavant attendre trois années de vie.

Déchiré entre Haïti et son pays d’accueil

Malgré toutes les percées auxquelles il a grandement contribué en cardiologie pédiatrique, le Dr Fouron est encore aujourd’hui mal à l’aise avec le fait qu’il ne soit pas retourné pratiquer dans son pays d’origine : «J’ai été formé par une faculté publique, la faculté de l’Université d’État d’Haïti qui est publique. Ça veut dire quoi? Ça veut dire que c’est l’État haïtien, donc le peuple haïtien qui a payé pour ma formation.»

Le Dr Fouron est aussi très sensible aux conditions de vie du peuple haïtien, tout spécialement en ce qui a trait à la santé maternelle et aux jeunes enfants : «Je ne peux pas être insensible à une statistique effarante, intolérable, une statistique qui m’empêche de dormir. Nous sommes en Haïti les champions de toute l’Amérique, du nord jusqu’au sud en passant par l’Amérique centrale, de la mortalité materno-infantile. Six femmes sur cent décèdent à l’accouchement.»

C’est pour ces raisons que le Dr Fouron souhaite pouvoir contribuer à son tour à améliorer l’état de santé des enfants haïtiens. Il rêve tout particulièrement de contribuer à la formation des jeunes médecins pour leur donner toutes les connaissances modernes sur les soins à donner aux jeunes enfants.

«Je me suis toujours dit que j’espère que je ne mourrai pas avant d’avoir fait quelque chose de valable pour ce pays-là et pour me permettre quand même de me regarder dans le miroir et de me dire “la boucle est fermée”. Je suis en train de le faire maintenant et j’espère que le tremblement de terre ne va pas me gâcher les choses. Mais on est en train de le faire maintenant.»

«La pédiatrie, pour moi, est la spécialité médicale fondamentale. On a l’impression quand on fait de la pédiatrie et qu’on s’occupe comme il faut de l’enfant, de bâtir une nation à chaque fois. On bâtit une population saine et on laisse quelque chose en héritage.»

Dr Jean-Claude Fouron