Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

La surmédicalisation des aînés

Émission du 18 novembre 2010

«Les personnes âgées consomment-elles trop de médicaments ?»

Expert invité : Dr Fernand Turcotte, Professeur émérite de médecine préventive et santé publique, Université Laval

Les personnes âgées consomment près de la moitié des médicaments prescrits au Canada. Faut-il s’en inquiéter? Pour le Dr Fernand Turcotte, la réponse ne fait pas de doute : «C’est évident qu’il se consomme beaucoup trop de médicaments chez les personnes âgées».

À titre d’exemple, il souligne qu’au Canada en 2008, les personnes âgées consommaient en moyenne sept médicaments chacune et qu’une partie de ces médicaments n’étaient utilisés que dans un but préventif.

La médicalisation de la vieillesse

«La médicalisation de la vieillesse se réfère au processus par lequel on fait des maladies des manifestations normales du vieillissement», soutient le Dr Turcotte. Selon cette logique, poursuit-il, on traite les cheveux blancs ou les rides comme s’il s’agissait d’une maladie.

«Se réveiller à 75 ans, en se sentant raide et courbaturé, c’est normal, explique-t-il, et il en va de même pour d’autres problèmes qui ne sont même pas des maladies. Qu’on pense à la dysfonction érectile : c’est normal d’avoir un amenuisement des appétits sexuels en vieillissant, Dieu merci !»

Pour toutes ces pseudo-maladies du vieillissement, le Dr Turcotte croit qu’il n’y a que deux catégories de médicaments pour les combattre : les dangereux et les inutiles.

Les conséquences de cette surmédicalisation

Mais à qui imputer la responsabilité de cette surmédicalisation ? «Une bonne partie de l’incitation à prescrire ces médicaments nous vient de la clientèle», soutient le Dr Turcotte.

Par exemple, de nombreux aînés s’inquiètent de leurs courtes nuits de sommeil et craignent de tomber malades s’ils ne dorment pas suffisamment. «Ce n’est pas une obligation physiologique de dormir huit heures par jour quand on a 75 ans, Or, c’est ce qu’on cherche à restaurer à coup de pilules pour dormir», nuance le DrTurcotte, déplorant au passage que ces somnifères entraînent souvent une dépendance, de la somnolence et des problèmes d’équilibre.

«Plusieurs travaux de recherche réalisés dans différents types de contextes montrent qu’on prescrit trop, trop longtemps et trop souvent.»

Revisiter le régime médicamenteux des aînés

Pour contrer ce problème, le Dr Turcotte croit qu’il est urgent d’aider les personnes âgées à faire le ménage de leur pharmacie et à revoir à la baisse leurs régimes médicamenteux, y compris les produits qu’on croyait nécessaires pour tout le reste de la vie.

Faut-il pour autant rejeter tous les bienfaits des médicaments ? Non, mais le Dr Turcotte y va d’une nuance importante : «C’est exact que les médicaments ont contribué à l’augmentation de la longévité, mais leur contribution n’est pas aussi considérable qu’on est porté à le croire.» La principale source d’augmentation de la longévité, poursuit-il, serait plutôt l’amélioration de la qualité de la vie, du logement, de l’alimentation, des conditions de travail et de certains facteurs socio-économiques.

En guise de conclusion, le Dr Turcotte y va d’un message optimiste : «C’est possible de rester en santé jusqu’à son 85e anniversaire. Et après le 85e anniversaire, chaque jour qui passe est un cadeau du ciel.»