Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Jacob Suissa remet en question le monde des AA

Émission du 18 novembre 2010

Jacob Suissa est un personnage intéressant. Il enseigne le travail social à l’UQAM et s’intéresse au phénomène des dépendances depuis les années 70. Il a même écrit plusieurs livres sur le sujet. Dans le portrait que nous présentons cette semaine, il émet des opinions personnelles assez tranchées. Il affirme entre autres que l’alcoolisme n’est pas une maladie et il exprime des réserves par rapport à l’approche des Alcooliques Anonymes, un mouvement qui a pourtant aidé des milliers de personnes au fil des années en les sortant de leur isolement et en leur offrant somme toute une approche assez personnalisée, ne serait-ce que par leur système de parrainage.

Né à Casablanca, au Maroc, Amnon Jacob Suissa a aussi passé une partie de sa jeunesse dans les kibboutz en Israël. Arrivé au Québec en 1974, il dit que sa vie l’a emmené à être témoin de graves inégalités sociales qui l’ont par la suite dirigé vers le travail social.

«Pourquoi le travail social? C’est d’abord et avant tout d’essayer de comprendre, réfléchir et pour ensuite voir dans quelle mesure je peux contribuer à ce niveau-là.»

Une synergie d’intérêts professionnels, mais aussi personnels, a guidé Jacob Suissa vers l’étude du phénomène des dépendances. Sa relation avec un cousin aux prises avec des problèmes de dépendance l’a particulièrement marqué : «J’ai accompagné cette personne à distance, car on ne vivait pas dans le même pays. Et j’ai réalisé que cette personne pouvait s’en sortir à distance. C’est toujours agréable de voir des gens qui s’en sortent, sans qu’ils se sentent comme des porteurs de maladies ou de pathologies. Certes des problèmes, mais pas des pathologies permanentes.»

L’alcoolisme, une maladie ?

Contrairement à une pensée très répandue, Jacob Suissa ne croit pas que les personnes dépendantes à l’alcool ou à d’autres substances doivent être considérées comme des malades à long terme : «Le problème de concevoir des dépendances comme des pathologies permanentes, c’est justement cet étiquetage “Une fois alcoolique, toujours alcoolique.” Ça sert à quoi de dire aux gens, maintenant vous êtes malades, vous souffrez de la maladie de l’alcoolisme, etc. C’est quoi l’image que cette personne intériorise? Ça sert absolument à quoi de rester dans cette logique de perte de contrôle? Ce n’est pas une condition permanente d’avoir un problème, c’est un continuum, la vie. Je peux avoir un problème 3 ans, 5 ans, ce n’est pas toute ma vie.»

Pour Jacob Suissa, cette différence de perception de la durée des problèmes de dépendance a un impact important sur le processus de prise en charge des patients.

Contre le mouvement des AA

En plus de présenter une perspective de la dépendance qui détonne avec les idées généralement reçues, Jacob Suissa s’inscrit aussi en faux contre le mouvement des alcooliques anonymes : «Le mouvement des AA, avec tout le respect, ne travaille pas les motifs personnels. Or, les personnes qui développent des dépendances le font pour des raisons qui leur sont propres. Vous ne pouvez pas venir calquer un modèle et dire : “Voilà, le puzzle, c’est nous qui l’avons.”»

Jacob Suissa s’oppose aussi à la doctrine du mouvement des AA selon laquelle les membres doivent être abstinents 24 heures par jour : «Je n’ai rien contre ça, mais en même temps c’est une façon de noyer des questions profondes, philosophiques, mais aussi spirituelles et existentielles, que les gens se posent. C’est un problème d’existence aussi, les personnes qui développent des dépendances, ce n’est pas juste un problème de substances.»

Jacob Suissa ne croit pas non plus que les problèmes de dépendance peuvent se résoudre en 28 jours, comme le prétend le mouvement des AA, puisqu’il s’agit de problèmes qui se développent sur de nombreuses années.

D’autres options

Jacob Suissa recommande aux gens aux prises avec des problèmes de dépendance à l’alcool de s’adresser à des centres de traitement, par exemple, le Centre Dollard-Cormier ou le programme Alcochoix. Ces ressources offrent, selon lui, des approches très intéressantes pour diminuer la place de l’alcool dans le style de vie, en travaillant l’estime de soi ou les zones de vulnérabilité qui ont entraîné les personnes sur la voie de l’alcoolisme.

Des dépendances en pleine croissance

Les dépendances sont-elles en augmentation dans notre société actuelle ? Sans doute, répond Jacob Suissa, car notre contexte social dominé par la vitesse, la performance, l’individualisme et l’affaiblissement des liens sociaux fait en sorte qu’il y a beaucoup de conditions propices au développement des dépendances, toutes catégories confondues. Citant en exemple la dépendance à la chirurgie esthétique ou la dépendance amoureuse, il s’agit selon lui de nouvelles réalités qu’on voit aujourd’hui autour de nous.

Livre

Amnon Jacob Suissa, Pourquoi l'alcoolisme n'est pas une maladie ?, 2007, Fides