Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Camil Bouchard, un psychologue attentif aux enfants

Émission du 25 novembre 2010

Le psychologue Camil Bouchard s’est d’abord fait connaître en 1991 avec la publication d’un rapport qui avait fait beaucoup de bruit à l’époque : Un Québec fou de ses enfants. C’est un rapport qui avait jeté un regard complètement neuf sur le sort des enfants vivant dans des milieux à risque. Après avoir été député du Parti Québécois de 2003 à 2009, il est revenu à ses premières amours : les enfants.

Que faut-il à un enfant pour bien grandir et être heureux? Pour Camil Bouchard, chercheur en psychologie, la réponse est somme toute simple : «Beaucoup de bienveillance, ce qui implique une attention particulière à ses besoins et une capacité de se mettre à sa hauteur. Il faut qu’il ait connu dès les premiers mois de sa vie un monde auquel il peut se fier.»

Un environnement toxique

En parallèle des enfants, Camil Bouchard a une seconde passion : les bélugas. Adepte de kayak de mer, il visite régulièrement ces magnifiques mammifères marins dans l’estuaire du Saint-Laurent. Parmi tous les spectacles qu’il a pu y contempler, il a été particulièrement ému par les moments où il a vu des nourrissons bélugas boire le lait de leurs mamans.

«C’est un spectacle extraordinaire, raconte-t-il. Mais en même temps, ces mères-là qui sont très attentives mettent au monde des enfants dans un environnement extrêmement hostile et toxique, à certains endroits. Là, où le Saguenay trouve son embouchure dans le fleuve, il y a plein de toxines. Les mères qui alimentent leurs bébés les empoisonnent donc en même temps. Pour moi, c’est une image qui me hante parce que j’ai rencontré dans ma carrière de chercheur tellement de parents qui avaient tellement une bonne volonté, mais qui quelque part empoisonnaient la vie de leur enfant parce qu’eux autres mêmes vivaient dans un environnement extrêmement toxique.»

L’importance du milieu

Si on entend malheureusement beaucoup d’histoires d’horreur au sujet d’enfants négligés ou maltraités, Camil Bouchard croit que c’est souvent le fait de parents qui ne disposent pas de ressources matérielles suffisantes pour pouvoir donner à leurs enfants ce dont ils ont besoin : «Ils sont distraits en même temps par leur incapacité, explique-t-il, et ils s’en trouvent honteux. La honte chez les parents, c’est un fardeau très lourd à porter.»

À ce problème malheureusement vécu par trop d’enfants et trop de parents, Camil Bouchard propose un antidote : être fou des enfants, comme il l’a écrit dans son rapport publié en 1991 et qui a reçu beaucoup d’échos. «Si un enfant trouve dans son environnement quelqu’un qui est fou de lui, quotidiennement – et on peut changer de personne –, si l’enfant sent au moins une fois par jour, qu’il y a quelqu’un qui l’aime et qui en prend soin correctement, c’est un enfant qui n’est pas trop mal parti.»

Citant les travaux d’Urie Bronfenbrenner qui a écrit un livre sur l’écologie du développement des personnes, Camil Bouchard explique que si l’enfant grandit dans un certain milieu familial, il existe aussi d’autres milieux qui ont une influence directe sur la qualité de son environnement de développement.

Prenant l’exemple de la poupée russe, Camil Bouchard explique que l’enfant est soumis à l’influence d’organisations où il n’a parfois jamais mis les pieds, comme le milieu de travail de ses parents par exemple. Ainsi, quand un employeur exige d’une employée monoparentale de faire des heures supplémentaires, il influence directement la vie d’un enfant qui doit se faire garder plutôt que de passer la soirée avec sa maman.

Déplorant que les milieux de la psychologie et tout particulièrement de la psychanalyse aient pendant des décennies axés le développement de l’enfant sur le lien maternel, Camil Bouchard croit qu’il est important de comprendre que des décisions du conseil municipal, par exemple, peuvent avoir un impact important sur la qualité des environnements des enfants.

Vingt ans plus tard : un bilan

Vingt ans après la publication d’Un Québec fou de ses enfants, quel bilan peut-on dresser? À cette question, Camil Bouchard se veut optimiste : «Je vous dirais d’emblée que la réponse spontanée qui me vient – mais que je devrai ensuite nuancer pendant deux heures –, c’est que oui, les enfants vont mieux.» Meilleurs services à l’enfance en termes de qualité et de quantité, création du réseau des CPE : ces mesures ont non seulement eu un impact direct sur la qualité de vie des enfants, mais elles ont aussi permis de créer des dizaines de milliers d’emplois et de permettre à des milliers de femmes de réintégrer le milieu du travail. «Les Québécois doivent entendre ce message-là, qu’ils ont été et qu’ils sont encore les champions en ce qui concerne leur générosité de contribuables envers les enfants qui sont en train de se développer en très bas âge.»

Pour Camil Bouchard, deux chantiers devraient être prioritaires au Québec : se donner la meilleure école au monde et construire le système de soins le plus efficient et le plus humain pour les personnes en perte d’autonomie. «On a fait des grands pas au Québec parce qu’on a accepté que le développement des enfants dépendait d’un ensemble d’éléments très loin de sa famille. Mais ce n’est pas encore arrivé avec les personnes âgées.»