Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Soigner la douleur autrement

Émission du 17 février 2011

Beaucoup de gens au Québec souffrent de douleurs chroniques. On dit d’une douleur qu’elle est chronique lorsqu’elle dure depuis plus de trois mois. Ces douleurs persistantes peuvent avoir des effets dévastateurs sur le sommeil, le travail et le moral. On sait aujourd’hui qu’elles peuvent mener à la dépression et, dans certains cas, jusqu’au suicide.

Trouver un traitement efficace est un véritable casse-tête. C’est pourquoi beaucoup de gens – et de plus en plus de professionnels du milieu médical – se tournent vers les médecines alternatives, une façon de faire qui a permis à une patiente de reprendre le contrôle de sa vie après des années de souffrance.

Une insupportable douleur chronique

Pendant des années, la vie de Louise O’Donnell-Jasmin a été profondément minée par la douleur. Tout a commencé par une intervention chirurgicale dentaire mineure en juillet 2000. Lors de l’anesthésie locale, un liquide neurotoxique a été injecté par erreur dans la branche d’un nerf de sa bouche. Une semaine plus tard, Louise O’Donnell-Jasmin était envahie par une terrible crise de douleur et d’engourdissement qui s’étendait à l’ensemble des dents, de la mâchoire et de tous les muscles du visage, incluant la gorge. «Du jour au lendemain, raconte-t-elle, j’étais incapable de travailler, incapable de fonctionner. J’étais complètement anéantie par la douleur.»

Au départ, le médecin de Louise O’Donnell-Jasmin tente de traiter la douleur avec des antiépileptiques, ce qui s’est avéré un mauvais choix. Deuxième essai : ajouter de la méthadone aux antiépileptiques, un mélange qui a entraîné d’éprouvants effets secondaires. «J’avais l’impression de vivre à côté de mon fantôme», se souvient-elle. À son grand désarroi, elle devra endurer ce supplice pendant trois années. «Même médicamentée, ma vie était totalement anéantie.»

Des médicaments parfois impuissants contre la douleur

Anesthésiologiste à la Clinique antidouleur du CHU Sainte-Justine, la Dre Édith Villeneuve reconnaît que l’approche pharmacologique n’est pas toujours très efficace pour traiter certains types de douleurs : «En douleur chronique, le médicament est une façon de diminuer la douleur, de la rendre un peu plus tolérable, en essayant d’éviter d’ajouter d’autres problèmes, les effets secondaires. Par contre, la plupart des gens rêvent d’une baguette magique, d’un médicament miracle qui va régler toute la douleur sans avoir à repenser son hygiène de vie, ou revoir sa façon de vivre.»

Même si en tant qu’anesthésiologiste, Édith Villeneuve reconnaît que les médicaments antidouleur sont généralement très efficaces en salle d’opération, elle considère qu’ils ne sont souvent pas suffisants dans le traitement de la douleur chronique. C’est ce qui l’a amenée à s’intéresser aux médecines alternatives, ainsi qu’aux approches qui combinent l’activité physique, la physiothérapie, la relaxation et les approches psychologiques.

Utiliser la force de l’esprit

Psychologue spécialisée en douleur chronique à l’Hôpital général de Montréal, Ann Gamsa utilise des techniques de relaxation comme antidote à la douleur : «Quand les patients souffrent de la douleur, leurs muscles sont souvent très tendus, explique-t-elle. Et quand les muscles sont tendus, la douleur augmente. En aidant le patient à se détendre, les muscles de tout le corps relaxent, ce qui entraîne des changements dans la chimie du système nerveux. De cette façon, on peut vraiment réduire la douleur.»

Pour comprendre l’originalité de ces approches, il faut comprendre qu’historiquement, notre compréhension de la douleur nous laissait croire que le signal de la douleur voyageait exclusivement des récepteurs sensoriels jusqu’au cerveau. Or, comme nous l’explique Mark Ware, chercheur à la Clinique de la douleur de l’Hôpital général de Montréal, on sait aujourd’hui que le message de la douleur voyage aussi en sens inverse : «Il y a aussi un système qui descend dans la moelle épinière qui peut contrôler la douleur.» L’efficacité de ce système d’autoatténuation de la douleur se manifeste notamment lorsqu’un sportif blessé réussit à poursuivre une compétition en dépit d’une blessure et que la douleur n’apparaît que quelques heures plus tard.

«Nous avons un système qui nous permet de diminuer la douleur quand nous devons poursuivre une activité, explique-t-il. Mais, pour quelques patients, le système arrête de fonctionner normalement et ce n’est pas possible d’oublier les messages de douleur.»

C’est exactement ce qui est arrivé à Louise O’Donnell-Jasmin. «Je savais très bien qu’après quelques mois, le nerf atteint était guéri et que ce signal de douleur n’avait donc pas lieu d’être. C’était quelque chose qui n’était pas normal. Mon corps était sain, mais il ne réagissait pas correctement.»

Les récentes percées de la neurobiologie nous permettent aussi de comprendre que le parcours du message sensoriel de la douleur touche à plusieurs zones du cerveau, reliées non seulement à des sensations physiques, mais aussi à des émotions et à des souvenirs. Ces multiples ramifications du réseau de la douleur complexifient le traitement de la douleur, explique Mark Ware. Mais il semble que des approches comme la méditation et la relaxation utilisent les mêmes réseaux neuronaux que ceux utilisés par la douleur.

«La relaxation travaille sur le corps, mais aussi sur le cerveau, l’imagination et les pensées, ajoute Ann Gamsa. Quand on utilise la visualisation et la relaxation avec les patients, on entraîne une distraction de la douleur.»

L’autohypnose

Après des années de douleur, Louise O’Donnell-Jasmin a rencontré un psychologue qui lui a proposé d’essayer l’autohypnose pour soulager sa douleur. C’est ainsi qu’elle a appris que ses pensées pouvaient influencer la perception de sa douleur et qu’elle détenait en elle un puissant pouvoir de guérison. Suivant les conseils de son psychologue, elle a appris à s’imaginer un espace sain, dans lequel elle n’est ni malade, ni souffrante et ni droguée par les médicaments. «Ça a pris trois semaines et, au bout de 3 semaines, je me suis dit “Ça ne se peut pas, c’est de la magie!” Mais ça a continué à bien aller et je me suis mise à voir la lumière au bout du tunnel. C’est là que j’ai compris que j’ai un certain contrôle sur la douleur et que je suis capable de vivre dans cet espace-temps où je ne suis pas malade et où je n’ai pas de douleur.»

Édith Villeneuve nous confirme qu’il est effectivement possible de soulager des douleurs chroniques par la force de l’esprit, mais elle précise qu’il ne s’agit pas d’une panacée pour autant : «Quand on réussit à vivre à côté de la douleur, c’est clair que la douleur peut quelquefois nous empêcher de faire certaines choses, mais on va se sentir beaucoup moins prisonnier de cette douleur. Parce qu’on va développer le sentiment qu’on a repris du contrôle sur notre vie. Mais c’est clair que ça ne se fait pas rapidement, ça ne se fait pas instantanément et ça ne se fait pas avec une approche isolée. Il faut savoir que ce n’est pas magique.»

Une vie nouvelle

Forte de son pouvoir d’autoguérison, Louise O’Donnell-Jasmin soutient qu’elle se sent aujourd’hui bien mieux qu’elle s’est sentie dans les vingt dernières années. Adepte de vélo et marcheuse assidue, elle prend soin d’elle et récolte les fruits de ce nouveau mode de vie. Et surtout, elle ne prend plus aucun médicament et savoure la joie quotidienne de vivre avec toute sa lucidité.

L’acupuncture est sans doute l’approche non traditionnelle la plus prometteuse dans le traitement de la douleur. Les études ont montré qu’elle donnait de très bons résultats pour soulager les souffrances reliées à l’arthrose, à la fibromyalgie, aux maux de dos et aux migraines.

À la Clinique de la douleur de l’hôpital Sainte-Justine, elle fait partie de l’arsenal de traitements pour traiter les jeunes patients.

Soulagée par l’acupuncture

Adepte et championne de gymnastique, Mégan Chrétien souffre de douleurs aux genoux en raison d’une violente chute en gymnastique. À la suite de cet accident, elle suspend complètement ses entraînements pour une durée de 9 mois, le temps de laisser la guérison faire son œuvre et que la douleur diminue. Mais dès qu’elle reprend l’entraînement, les douleurs reviennent et s’aggravent, ce qui oblige Mégan à mettre un terme à sa passion. «Je ressentais que mes ligaments tiraient tout le temps. C’était comme si quelqu’un me donnait des coups de poing à longueur de journée sur mes genoux.»

Guylaine Chrétien, sa mère, se sent complètement impuissante devant les douleurs de sa fille, d’autant plus que les médecins ne réussissent pas à en identifier la cause. Le seul remède qu’on lui propose se résume à de la glace, combinée à des comprimés d’Advil pour réduire la douleur. Bien décidée à ne pas laisser sa fille souffrir indéfiniment, elle se met en quête d’une nouvelle approche, ce qui l’a menée au cabinet de Pascale Tremblay, acupunctrice.

Après quelques semaines, les traitements portent leurs fruits et les douleurs commencent à s’estomper.

Le pouvoir des endorphines

De plus en plus de recherches scientifiques confirment l’efficacité de l’acupuncture. Édith Villeneuve explique cette approche doit en grande partie son efficacité à sa capacité de stimuler la production d’endorphines, notamment en raison des courants électriques appliqués sur les aiguilles.

«Les endorphines qu’on sécrète dans notre corps, précise-t-elle, c’est l’équivalent d’une morphine qu’on prendrait en comprimés. C’est un produit qui est naturellement sécrété par notre système nerveux qui va nous aider à contrôler la douleur. C’est d’ailleurs pour ça qu’on a des récepteurs pour la morphine. Ce ne serait pas logique que l’homme de Cro-Magnon ou un homme du Moyen-Âge ait eu des récepteurs pour la morphine, alors que la morphine va apparaître dans les années 1900. Ce sont des questions que les chercheurs se sont posés : pourquoi avons-nous dans notre corps des récepteurs prêts à répondre à l’effet de la morphine? C’est ce qui leur a permis de découvrir qu’on sécrète naturellement des produits qui circulent dans notre corps et qui vont aider à soulager la douleur par nous-mêmes.»

Loin d’être un simple placebo, l’acupuncture permet en effet de libérer toute une gamme de substances antidouleur, comme des molécules endogènes et des anti-inflammatoires locaux, soutient le chercheur Mark Ware. Cette approche permet probablement aussi d’impliquer des régions du cerveau dans le contrôle de la douleur. C’est pourquoi un nombre croissant de médecins s’intéressent à cette approche et la proposent à leurs patients.

L’acupuncture et les enfants

Si l’acupuncture est bénéfique pour les patients de tous les âges, Pascale Tremblay souligne que les enfants réagissent particulièrement bien à cette approche. «Pourquoi ça fonctionne vraiment bien chez les enfants? C’est parce qu’ils ont vraiment une bonne énergie, explique-t-elle. Ils sont en pleine croissance, leur métabolisme fonctionne en accéléré. De la même façon, quand on fait un traitement, leur réaction va être très rapide, ce qui fait qu’ils ont généralement besoin de moins de séances qu’un adulte.»

De manière générale, les acupuncteurs s’entendent pour dire que l’effet bénéfique devrait commencer à se manifester au plus tard après 3 ou 5 traitements. Si ce n’est pas le cas, il est préférable de songer à essayer une autre approche.

Retrouver sa qualité de vie

Après seulement 3 ou 4 traitements d’acupuncture, Mégan a commencé à sentir que sa douleur diminuait. Elle peut désormais dormir sans que la douleur la réveille et elle a repris la majorité de ses activités physiques, à l’exception de la course à pied. Sa mère avoue qu’elle serait surprise que la douleur disparaisse un jour à 100 %, mais elle considère que le problème est rétabli à 90-95 %.

Édith Villeneuve reconnaît d’ailleurs que dans le traitement des douleurs chroniques, peu importe le traitement choisi, il est rare qu’on réussisse à éliminer complètement la douleur. «Ce qu’on va surtout essayer de faire, précise-t-elle, c’est de redonner à la personne un maximum de qualité de vie et d’activité, malgré la douleur qui peut rester.»

À voir Mégan sauter avec brio sur un trampoline, il est clair que, dans son cas, cet objectif est franchement atteint.

Au Québec, 1 200 000 personnes souffrent de douleur chronique.

Source : Réseau québécois de recherche sur la douleur

Informations supplémentaires

D’autres approches non traditionnelles ont aussi fait leurs preuves dans le soulagement de la douleur chronique, notamment la massothérapie, la chiropraxie et le yoga.

Site Web du National Centre on Complementary and Alternative Médecines (NCCAM)
http://nccam.nih.gov/health/pain/chronic.htm

Association québécoise de la douleur chronique
http://www.douleurchronique.org/

Réseau québécois de recherche sur la douleur
http://www.frsq.gouv.qc.ca/fr/centregroupereseau/reseaux/reseau_douleur.shtml