Une pilule une petite granule

Émission disponible en haute définition
Diffusion :
jeudi 20 h
Rediffusion :
lundi 23 h, mercredi 11 h
Durée :
60 minutes

Du 8 septembre 2014 au 23 mars 2015

Dossier de la semaine

L'acupuncture

Émission du 5 octobre 2006

Une pratique millénaire : populaire mais encore méconnue

Comme les autres médecines alternatives, l’acupuncture est de plus en plus utilisée au Québec, par des gens qui recherchent une solution de rechange à la médecine occidentale. Au Québec, il y a environ 600 acupuncteurs certifiés, dont une quarantaine de médecins formés en acupuncture qui la pratiquent parallèlement à leurs consultations conventionnelles par l’Ordre des acupuncteurs. Les acupuncteurs pratiquent pour la plupart en clinique privée. 

Bien que pratiquée au Québec depuis seulement une trentaine d’années, l’acupuncture est connue en Chine depuis 2 500 ans. L’acupuncture est l’une des 5 branches de la médecine traditionnelle chinoise, une médecine essentiellement préventive. Elle vise à maintenir le bon équilibre  et l’harmonie des énergies responsables de la bonne santé, fondées sur le yin et le yang, composantes du qi : l’énergie vitale. 

L’acupuncture s’exerce à partir de méridiens, dont 12 méridiens principaux, canaux énergétiques à travers lesquels le qi voyagerait dans tout le corps.   Les méridiens relient les différentes parties du corps et connectent les viscères enfouis dans l'organisme aux points d'acupuncture situés à la surface du corps. Ils ne semblent pas être constitués de matière, pas davantage que l'énergie vitale qu'ils véhiculent. Ils ne forment pas une structure observable comme les nerfs ou les vaisseaux sanguins, et l'idée même de leur existence constitue un paradoxe aux yeux de la science moderne. Ces méridiens sont reliés aux organes, et on peut les atteindre grâce à 360 points de contact - ce qu’on appelle aussi points d’acupuncture. Ces points ne sont pas utilisés uniquement en acupuncture mais aussi dans des techniques de massage.  En insérant de fines aiguilles dans ces points, on équilibrerait la circulation du qi au sein du réseau, tout en déclenchant un processus d’autoguérison.

Pour choisir les points à stimuler, l’acupuncteur questionne longuement le patient, observe la langue, prend le pouls d’une façon plus détaillée que les médecins occidentaux, (rythme, régularité, force, profondeur et qualité de la pulsation) et observe les postures de son patient.  

Selon Denis Umbriaco, acupuncteur, quand on insère une aiguille, on cherche une réponse instantanée du tissu. Il y a une stimulation des nerfs locaux. On sent que le corps «prend» l’aiguille en quelque sorte. Dépendant des techniques acupuncturales, on s’attend donc à avoir une réponse du corps. Le patient parle souvent de sentir un courant, ou de la chaleur ou encore du froid. Le traitement n’est toutefois pas sensé être douloureux. 

L’acupuncture – efficace?

La médecine occidentale tente de prouver l’efficacité de l’acupuncture en ne s’occupant que de ses effets physiologiques, en laissant tomber croyances et concepts ésotériques. En 1997, une étude publiée aux États-Unis par le très sérieux National Institute of Health affirmait l’efficacité de l’acupuncture pour soulager les nausées post-opératoires, relatives à la grossesse ou à une chimiothérapie et pour soulager les douleurs suivant une chirurgie dentaire. Elle affirmait aussi qu’on pouvait envisager l’acupuncture comme traitement complémentaire prometteur pour les douleurs post-opératoires, les migraines, les crampes menstruelles, les douleurs musculaires ou articulaires, l’asthme, la dépendance à la drogue, les séquelles d’accident vasculaire cérébral. Un an plus tard, une étude de la British Medical Association ajoutait à cette liste les douleurs dorsales chroniques.

Pourtant, pour certains scientifiques, l’efficacité de l’acupuncture est assimilable à l’effet placebo. Il est vrai qu’une étude de 2004 a démontré que dans le cas de douleurs chroniques, l’insertion d’aiguilles à des points autres que ceux de l’acupuncture a été efficace dans 33 à 50 % des cas. Il faut cependant noter que des traitements véritables, dans les vrais points d’acupuncture, soulageraient les douleurs dans 55 à 85 % des cas.
 

Des études menées par l’Université Harvard montrent que la stimulation de certains points d’acupuncture active des voies nerveuses qui bloquent la douleur et désactive des zones du cerveau qui perçoivent la douleur. Ce qui ne se produit pas avec de faux points d’acupuncture.

L’acupuncture en soutien aux femmes enceintes

Les acupuncteurs travaillent en salle d’accouchement depuis 10 ans au Québec. L’acupuncture en obstétrique est pratiquée dans deux hopitaux à Montréal, (Lasalle et Saint-Luc). C’est le seul domaine à part les cliniques de la douleur, où l’acupuncture est présente en milieu hospitalier. 

Jean Lévesque est acupuncteur en obstétrique à l’hôpital Lasalle depuis 6 ans. Ses clientes sont des patientes déjà suivies par l’équipe d’obstétriciens de l’hôpital Lasalle. À l’hôpital Lasalle, on travaille à la préparation à l’accouchement, à la prévention et à la correction de problèmes qui ne sont pas réglés par la médecine conventionnelle. D’autres traitements consistent à aider à «retourner» les bébés qui se présentent par le siège.
 
L’acupuncture ne vise pas à soulager directement la douleur pendant le travail. Elle favorise la détente pour que les contractions soient plus efficaces. On peut aussi travailler à favoriser la descente du bébé, à la dilatation du col, etc. Des études ont démontré que l’acupuncture peut diminuer la durée des accouchements de 4 à 6 heures. L’acupuncteur travaille en collaboration avec l’équipe médicale et module son traitement en fonction de la situation. C’est un travail d’équipe. 

L’acupuncture pour traiter les toxicomanes

L’acupuncture est aussi utilisée pour traiter les toxicomanes, au Centre Dollard-Cormier, ainsi qu’en réadaptation au Centre Lucie Bruneau.

La seule formation en acupuncture au Québec se donne depuis 1986 au Collège de Rosemont, où les étudiants obtiennent un DEC technique. Chaque année, 6 finissants du programme vont faire leur stage au Centre Dollard Cormier, à Montréal, un centre de traitement pour toxicomanes. Les finissants y offrent des sessions d’acupuncture aux gens en désintoxication, qui souffrent de dépendance à la drogue, à l’alcool ou aux médicaments. 

Les clients sont référés par leur psychologue ou leur intervenant. Tout se fait sur une base volontaire. L’acupuncture aiderait à contrer la dépendance physique et à diminuer les périodes de «craving», soit les poussées de besoin de drogue. En outre, elle aide à diminuer le stress et l’anxiété et traite les inconforts et divers malaises des clients. 

Encore une fois, il n’y a pas de données disponibles sur l’efficacité des traitements. Madame Alice Granger, responsable du programme d’acupuncture, dit qu’elle reçoit toujours de bons commentaires de la clientèle, notamment sur la détente procurée par les traitements. Une partie de la clientèle revient d’ailleurs année après année. 

L’état de la recherche sur l’acupuncture 

Selon l’acupuncteur Denis Umbriaco, il faudra que se manifeste une volonté d’investir en recherche et en formation pour voir l’acupuncture se développer au Québec, comme cela se fait déjà aux États-Unis.  

L’acupuncture demeure une pratique sécuritaire pour laquelle les praticiens québécois en règle sont bien formés. Force est de constater que, souvent malgré le manque de preuves scientifiques à l’appui, l’acupuncture semble efficace dans le traitement de plusieurs conditions. Deux mille cinq cents ans de pratique doivent bien y être pour quelque chose! 

Ressources:

Ordre des Acupuncteurs du Québec

www.ordredesacupuncteurs.qc.ca

Centre Dollard-Cormier- Centre de réadaption - alcoolisme, toxicomanie, jeu excessif

www.centredollardcormier.qc.ca

Collège de Rosemont - département d'acupuncture

http://www.agora.crosemont.qc.ca/dacu/