Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Burn-out : un mal répandu ?

Émission du 10 mars 2011

«Les cas de burn-out augmentent constamment au Québec, au point où on parle d’une épidémie. Comment en sommes-nous arrivés là?»

Expert invité : Dr Michel Vézina, Médecin-conseil, Institut national de santé publique du Québec (INSPQ)

Une épidémie?

Même si les cas de burn-out sont actuellement en hausse au Québec, s’agit-il pour autant d’une épidémie? Pour le Dr Michel Vézina, les données actuelles ne nous permettent pas de confirmer qu’il s’agit bel et bien d’une épidémie. Par contre, il est clair que les motifs d’absence au travail ont beaucoup évolué depuis 15 ou 20 ans. En 2010, 50 % des absences au travail sont liées à des problèmes psychologiques, comparativement à 20 % au début des années 1990.

Qu’on parle de burn-out ou de détresse psychologique, le Dr Vézina considère qu’il s’agit en fait d’un problème similaire : «Quand on parle de burn-out, on parle habituellement d’un problème plus sérieux que la détresse psychologique, mais dans les deux cas, ce sont des façons de décrire la réalité des troubles psychologiques au travail.»

Les symptômes

- la fatigue. Les gens se sentent épuisés, ils pleurent souvent, ils sont fatigués physiquement et mentalement. Ils peuvent même éprouver des troubles de mémoire ou de jugement.

- tourner les coins ronds. Pour se protéger, les personnes en burn-out vont se distancer de leur travail, par rapport aux clients ou aux collègues. Le Dr Vézina précise qu’il s’agit avant tout d’un mécanisme de défense.

Si le problème persiste, il peut déboucher sur une dépression profonde qui peut entraîner des risques de suicide au travail. Si ce geste extrême demeure exceptionnel, il n’en demeure pas moins que certaines personnes sont si fatiguées et épuisées par leur organisation de travail qu’elles en viennent à passer à l’acte.

Des facteurs de vulnérabilité

Tous ne sont pas égaux devant le burn-out. En effet, des recherches ont démontré que certaines personnes sont plus fragiles en raison de facteurs de vulnérabilité ou de faiblesses individuelles. Par contre, il faut s’abstenir de faire porter le blâme uniquement sur les travailleurs, car certaines dimensions du monde du travail auraient aussi un rôle à jouer dans la propagation de cette épidémie.

- la charge de travail
«On demande de toujours faire plus en moins de temps et avec moins de ressources, explique Michel Vézina. Il y a donc ce qu’on appelle une intensification du travail.»

- l’autonomie et le contrôle
«Pour faire face à ces exigences accrues, poursuit Michel Vézina, il est important d’avoir plus de marge de manœuvre, plus de contrôle, pour pouvoir adapter notre capacité de travail aux exigences qui nous sont demandées.»

- la reconnaissance

- le soutien, l’esprit d’équipe et la collaboration.

Pour illustrer l’importance de ces derniers facteurs, Michel Vézina donne l’exemple des chefs d’entreprise ou des cadres, souvent perçus comme plus vulnérables au burn-out en raison de leurs importantes responsabilités. «C’est sûr qu’ils ont beaucoup de charges de travail, reconnaît Michel Vézina, ils ont beaucoup d’intensité dans leur travail, mais ils ont aussi, pour y faire face, beaucoup de marge de manœuvre et beaucoup de reconnaissance pour les efforts qu’ils font – reconnaissance financière et reconnaissance sociale également. Mais ils ont aussi beaucoup d’autonomie.»

À son avis, les personnes les plus vulnérables au burn-out sont les personnes au bas de l’échelle hiérarchique dans une entreprise, qui ont beaucoup de travail à fournir, mais peu d’autonomie, peu de marge de manœuvre et peu de reconnaissance, comme les cols bleus et les travailleurs d’usine par exemple. «C’est un mélange toxique au niveau de la santé psychologique», soutient le Dr Vézina.

Les femmes plus à risque

Les femmes seraient elles aussi plus à risque de vivre un burn-out, poursuit Michel Vézina, car elles ont généralement de moins bonnes conditions de travail que les hommes. «Elles ont aussi de moins bonnes conditions de vie, parce qu’elles ont accumulé des charges familiales et des charges professionnelles.»

L’avenir

Que nous réserve l’avenir? Une augmentation ou une chute des cas de burn-out? «C’est difficile de répondre, reconnaît Michel Vézina, mais à court terme, si les tendances se maintiennent, si les exigences du travail sont de plus en plus croissantes, on aura plus de cas de burn-out.»

Michel Vézina considère toutefois que la rareté de la main-d’œuvre pourrait possiblement jouer en la faveur des travailleurs. Les entreprises devront donc déployer davantage d’efforts pour rendre leur milieu de travail attirant pour les employés, en leur donnant des conditions de travail favorables à leur épanouissement et à leur accomplissement.

Informations supplémentaires

Le burn-out n’est pas une maladie en soi, et il n’existe pas de critères précis et mesurables pour le mesurer. L’épuisement professionnel ne figure d’ailleurs pas dans le DSM-IV, le grand catalogue des maladies mentales. Il ferait plutôt partie des troubles de l’adaptation.